‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 145 sur 346 · BAVILLE ET PINON · texte numérisé non relu

BAVILLE ET PINON

S'il ne dit rien des fidèles, peut-être parlera-t-il des pasteurs ? A la demande de l'intendant : « S'il sait qu'il y ait actuellement en France d'autres ministres comme lui, qui courent pour le même dessein ? — Il a ouï dire, répond-il, qu'il y en a quatre ou cinq qui ont été arrêtés à Paris, et que depuis peu ils ont été mis en liberté ; entre autres les S" Mathurin, Gardien et Malzac ». A moins que Brousson (ce qui nous paraît peu probable), n'use ici d'un artifice, pour obtenir de Pinon qu'il le libère à son tour, il faut supposer qu'il rapporte un bruit public qu'il aurait recueilli dans son dernier voyag-e. La nouvelle, hélas, était fausse. Mathurin, Gardien, et Malzac étaient enfermés, dans le plus absolu secret, au donjon des Iles Sainte- M arjj^uerite. Mathurin seul, l'ami de Papus, devait en sortir en 1715. Gardien (de son vrai nom Givry) allait y mourir, peut-être après avoir pei'du la raison, et Malzac y péi^it à son tour en 1725, après trente-trois ans de soufi'rances\ Le supplice de Brousson devait être moins long.

Tandis que Pinon annonçait la prise du ministre à la fois à Paris et à Montpellier, un religionnaire de la ville de Pau s'acquittait de la triste mission d'informer en Hollande le pasteur Olivier, de « l'arrestation de ce ministre Brousson ou Broussard, dont la femme est à La Haye, que l'on vient de transférer à Pau, sans même que ses coreligionnaires l'osent aller voir » ^ La lettre est écrite dans l'espérance qu'une intervention est encore possible : « Je serai dans une grande inquiétude d'apprendre si l'on remuera quelque chose pour lui ; je ne doute pas que vous ne vous y employiez de tout votre pouvoir, vous demandant toujours d'unir vos prières aux nôtres pour demander à Dieu notre délivrance ».

Bàville éclata de joie.

« C'est seulement. Monsieur, pour vous confirmer la bonne nouvelle que Brousson est pris, écrivit-il le 3 octobre, à Fléchier ''. Je meurs de peur que ce malheureux, qui est bien fin, n'échappe. Il a fait beaucoup de mal, et en eût beaucoup fait encore. Jamais fanatique n'a été plus dangereux ».

Bàville craignait donc la « finesse » du prisonnier. Il redoutait en lui non seulement l'ancien avocat, rompu aux subtilités

1. Douen, I, 248, Zî>9, 400 (Corrigé en ce qui concerne Mathurin par Buil. XXXI, 330>.

'2. 2-2 septembre. Dans YAhrégé de la Vie de Cl. Brousson. (Bibl. du Prot., copie du temps).

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