BROUSSON DEVANT B.WILLE
employés à Pau quelques semaines auparavant'. Il affirma n'avoir pas « vu » la Déclaration de 168G, interdisant aux pasteurs, sous peine de mort, de revenir en France. Quant à la Déclaration spéciale de 1603, qui remettait à Bàville le jugement des ministres rentrés dans le Languedoc, il dit « n'en avoir pas eu connaissance », et la déclara juridiquement nulle : « Les réformés, lors dudit arrêt, n'ont été ni ouïs ni défendus, et depuis, ils ont continué d'adresser au roi de très humbles remontrances, pour lui faire connaître leur innocence et la pureté de leur culte ».
L'intendant aborda le principal chef de l'accusation : « S'il ne s'est point mêlé d'autre chose que de prêcher, comme de faire des prêches pour soulever les peuples, et introduire des troupes étrangères dans le royaume?» Brousson, comme s'il tenait à se disculper de toutes les accusations qu'avaient suscitées ses initiatives diverses, feignit de comprendre que Bàville lui reprochait les mouvements de 1G83, et exposa longuement quelle avait été sa conduite en cette affaire. Il n'en regrettait rien, — que le manque de foi dont avaient fait preuve alors ses coreligionnaires.
«A répondu qu'il n'a jamais fait aucun projet pour soulever les peuples. Que s'il a été lait quelques projets pour prier Dieu, c'est une chose abolie par une amnistie eni-e^istrée au Parlement de Toulouse, qu'il na jamais conseillée ni approuvée, et que, sans se départir de l'exception de ladite amnistie, il représente, pour l'édilication publique, que pendant qu'il était avocat au Parlement de Toulouse, où il était chargé de la difficulté d'un grand nombre d'Eglises Réformées, et continuellement consulté par les députés desd. Eglises, considérant que, selon les principes de ceux de lad. Religion, et la connaissance qu'il pouvait avoir de leurs sentiments, il n'était pas possible d'arracher lad. Religion de leur cœur, et que cependant ceux qui surprenaient l'équité de S. M. lui faisaient entendre qu'on pourrait facilement les ramener de la ReUgion P. R., et engager par là insensiblement l'autorité de S. M. à faire une grande brèche à son royaume, il représentait à ceux qui le consultaient là-dessus qu'il croyait qu'il était nécessaire, pour leur repos et le bien de lEtat, qu'ils fissent connaître l'attachement qu'ils avaient pour leur religion, en demeurant, comme toujours, dans les termes du respect et de la lidélité qu'ils devaient à leur prince, et souffiant patiemment comme des agneaux. Qu'il ne doutait point que d'abord le roi ne fit voir son indignation contre ceux qui résisteraient à sa volonté, mais
1. Ce premier interrogatoire est daté «du dernier octobre 1698».
qu'il était persuadé que dix à vingt personnes n'auraient pas plutôt souffert la mort, pour sceller de leur sang la vérité qu'ils professaient, que S. M. ne voudrait pas pousser les choses si loin, et désoler son royaume ; au lieu que s'ils prenaient le parti de dissimuler leurs sentiments, l'autorité de S. M. s'engagerait <le plus en plus à détruire la R. P. R. dans ses Etats, et qu'ensuite, les consciences venant à se réveiller, tout sei'ait dans la dispersion ou dans la désolation.
A cette ample défense, aux phrases étudiées, et où Brousson couvrait habilement la part prépondérante qu'il avait eue dans l'organisation d'une manifestation générale, Bâville répliqua par un coup droit. La longueur des discours du pasteur le fatiguait déjà. Il mit la main sur la pièce accablante du dossier, la lettre à Schomberg, et « interpella l'accusé de déclarer si cet écrit était de sa main ou s'il n'en était pas ».
A cette question, répétée jusqu'à trois fois, d'abord avec netteté, puis, on le se sent, avec impatience, par son juge, Brousson refuse obstinément de répondre par le oui ou le non qu'on attend de lui. Comme devant Pinon, et par les mêmes mots, il excipe de la paix de Ryswyk, et déclare qu' « il ne peut être fait aucune procédure, sur un fait qui est incontestablement dépendant de la guerre terminée ». Néanmoins il supplie très humblement qu'on lui permette « d'expliquer au long tout ce qu'il a à dire pour la justification de sa conduite », et il expose, tout en atténuant la réalité, comment, a étant dans la province du Languedoc, il fut sollicité par M. de Schomberg, général des troupes du roi de la Grande-Bretagne, de recevoir les troupeg qu'il voulait conduire dans la province ; qu'un homme, de plus, vint l'en solliciter. Il fit connaître à cet exprès qu'il souhaitait s'attacher uniquement à prier Dieu. Et quand même dans le trouble et l'extrême danger où il se trouvait, il aurait, dans quelque moment, prêté l'oreille à ces sollicitations, la chose se trouverait terminée par la paix et la déclaration de Sa Majesté».
Il consent à quelques aveux. L'exprès était Hue, du Vigan, qui fut tué à la bataille de la Marsaille. La lettre a été écrite pour M. de Schomberg. Brousson refuse de dire si elle a été confiée à Pourtal, et adressée au ministre Pictet. Il accorde avoir reçu une pension des Etats de Hollande, comme ministre réfugié', mais rien, dit-il, de l'Angleterre. Une dernière question l'amène à reconnaître qu'il a eu commerce avec M. de
l . Quatre cents florins, à quoi « ce qu'on appelle la Société de la Haye, ajoutait cent cinquante florins ».