‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 151 sur 346 · BROUSSON DEVANT BAVILLE · texte numérisé non relu

BROUSSON DEVANT BAVILLE

Schomberg" et d'« autres officiers du roi d'Angleterre )). Peu importe, d'ailleurs ; tous ces faits sont amnistiés depuis quelques mois. Brousson proteste encore de la nullité de la procédure, et refuse pour la quatrième fois de parapher la pièce.

L'audience est suspendue, afin que le greffier puisse rédiger les réponses qui précèdent. Les signatures sont apposées.

L'interrogatoire reprend : « Où allait-il quand il a été arrêté ? » Le ministre renchérit ici sur les sentiments pacifiques qu'il a manifestés devant Piuon. Il veut, pour obtenir la clémence du roi, que rien dans son ministère présent ne conserve une apparence de sédition. « Considérant que depuis quelques mois les choses semblaient se disposer à une nouvelle guerre, son dessein était de sortir d'abord du royaume, afin qu'on ne croie pas qu'il y fût venu pour y causer du trouble ».

L'audience est suspendue à nouveau. Brousson, au moment de signer le procès-verbal de la réponse unique quïl vient de faire, pense à rédiger une protestation en forme. Il écrit : « Je déclare », puis biffe les deux mots, et signe.

Bâville reprend ses questions sur l'assemblée de Toulouse, de mai 1683, et sur la lettre séditieuse. Brousson échappe encore à des réponses directes '. Il nie avoir eu connaissance « des billets saisis dans les Cévennes, lorsque M. de Schomberg s'avança dans la province pour faire prendre les armes [en 1692] ».

La séance est enfin terminée. Bâville écrit au bas du procèsverbal : « Et en signant ledit interrogatoire, ledit accusé nous a requis de lui donner du papier et de l'encre pour dresser une Requête, qui contiendra plus amplement les raisons de sa conduite ». La séance, commencée à sept heures du matin, prenait fin à deux heures de l'après-midi.

L'intendant fit garder à vue son prisonnier (qui n'était point enchaîné), par son hoqueton et par le capitaine des gai'des de M. de Broglie, qui se relevaient, et il défendit absolument de le laisser voir à personne. Il lui fit porter à manger de sa table, non pas tant peut-être, par humanité, que par prudence'.

Le soir même, il vint le soumettre à un nouvel interrogatoire. Celui-ci portait sur les assemblées tenues dans le Languedoc, que mentionnaient les dossiers communiqués à Pinon. Mais,

1 . Il n'y a pas eu d'assemblée « de ministres » à Toulouse. Dans l'assemblée, « on n'a pas parlé en particulier >> de prêcher sur les ruines du temple de Saint- Hippolyte.

2. «On prétend qu'il lui témoigna toujours beaucoup d'estime, le traitant de Monsieur ».

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« pour ne pas blesser son honneur, sa conscience, et le devoir de son ministère », Brousson persista dans son mutisme en tout ce qui concernait ses hôtes, les anciens qu'il avait établis lors de l'assemblée des Sognes (1691), la visite qu'il aurait faite chez le S"" de Montredon avec Vivent (1G92), que, dit-il, « il n'a rencontré que quelquefois dans les bois et dans les cavernes, l'exhortant continuellement à ne commettre aucune violence ». Relativement à l'assemblée de Brignon [Colorgues], de 1693, il reconnut « avoir prêché l'Evangile dans ledit lieu, où il se trouva plus de monde qu'il n'avait donné ordre d'en appeler, quoiqu'il eût pris sur ce sujet de grandes précautions », ce qui était exact.

Bàville nomma enfin dix prédicants de 1692 : Saint-Paul, La Jeunesse, Dauphiné, les trois Plan, la Bouvière, Grevou, Labric, Henri, demandant à Brousson s'il avait eu commerce avec eux? ce A répondu qu'à l'égard de quelques-uns d'entre eux, il n'en a aucune idée; à l'égard des autres, il peut les avoir rencontrés quelquefois à la campagne, ou dans les assemblées. Qu'en particulier, à l'égard dudit Henri, si c'est celui de Saumane, il a accompagné le répondant depuis le commencement de 1690 jusqu'en 1692, durant lequel temps il lui a paru toujours fort sage et fort modéré ».

Pendant que Brousson se défendait ainsi, Guillaume Ducros, et Jacques Fabre, de Montredon, témoignaient, dans une information parallèle au procès, sur les assemblées tenues par le pasteur en 1691 dans le vallon de Lasalle, et des experts, commis par Bàville, affirmaient que la lettre à Schomberg était de la main de l'accusé'. Le lendemain (l" novembre), Bàville écrivait à Fléchier que Brousson serait jugé au jour marqué. Il était surpris. Les prédicants dont il avait déjà instruit le procès lui étaient apparus comme des soi'tes d'innocents, et en même temps comme des forcenés, qui niaient contre l'évidence. Brousson l'étonnait par son mélange de candeur, de puissance et de subtilité. « Il me donne assez de peine, non par son habileté, mais par une prolixité épouvantable dans ses réponses. Il

1. Le rapport des experts, rédigé le 1"' novembre, nous a valu de connaître la date probable de la lettre signée du 1" octobre 1689, et l'origine de la lettre de Brousson à sa femme, conservée dans les Papiers Vielles. Il est probable, bien que le fait ne soit pas mentionné au rapport, que Bàville lit remettre aux experts, comme spécimen de l'écriture de Vivent, la lettre au S' ïérond, de Valleraugue, que nous avons retrouvée, sans aucun signe otticiel, dans le dossier de Brousson. Nous serions porté à croire que la lettre de Vivent, signée de lui, et conservée également dans les Papiers Vielles, provient aussi du même dossier.

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