‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 161 sur 346 · Abrégé de la Vie... Appendices · texte numérisé non relu

Abrégé de la Vie... Appendices

SUITES DU l'ROCÈS DE BROUSSON 2G9

Bàville avait eu beau dénoncer, dans le justement, qu'il fit afficher dans le Languedoc, « un projet de la main de Brousson, pour faire entrer des troupes étrangères dans le royaume », ni les protestants de France, ni les exilés, ne consentirent à voir dans le héros tombé un autre homme que le prédicateur pacifique, « qui n'avait jamais donné occasion au moindre tumulte ». L'accusation de sédition devient bientôt « une fausseté des plus insignes ». Dans son triomphe du moment, l'intendant laissait trop volontiers « les dévotes » seules, « pleurer Brousson »*, assuré qu'il ne ferait plus de mal. Le mal était fait. L'œuvre que le pasteur du désert avait accomplie, en ranimant la foi défaillante de ses coreligionnaires, il la continua par l'exemple de constance et de sérénité que leur laissa sa mort. Sa calme fin, et son supplice, « rappelaient en même temps la mémoire de tant de martyrs et de confesseurs qui avaient souffert pour leur religion, et pour donner un bon exemple à leurs frères » ^ La légende populaire, fondée d'ailleurs sur un sentiment vrai, garda du martyr une image transfigurée. Elle ne voulut pas que son héros eût été vaincu par la force brutale. Niant contre l'évidence, elle propagea la nouvelle que « cet homme tout de Dieu, avait converti à sa mort ses persécuteurs qui étaient jésuites, et qui l'accompagnaient'». Bàville même, disait-on, depuis la mort de sa grande victime, refusait sans exception de s'occuper des procès faits aux Nouveaux Convertis \

C'était connaître bien peu l'intendant du Languedoc. Bàville, au contraire, prit en main l'organisation des mesures de police ou de justice qui suivirent la conclusion du procès. Il adressa à la Cour les Mémoires saisis sur Brousson, qui firent arrêter quelques religionnaires jusque sur les bords de la Loire ou dans la généralité de Soissons^ Il fit payer aux autorités du Béarn la prime par lui promise pour la capture du pasteur. Le 20 décembre, Pinon la disputait encore au juge d'Oloron.Pinon

Page 1