P. Gachon, LXXXYI, p
4. C'est ce dont le loue l'abbé Rouquette, dans son opuscule: Vahbè du Chayla et le Clergé des Cévennes, p. 22. Il déclare que Louis XIV, par ses domi-mcsurcs, plaça le Clergé dans une situation intenable.
278 LES PUKDICANTS PROTESTANTS
L'honneur du roi, la sécurité de la province, les garanties d'une administration régulière, étaient pour lui engagés dans l'affaire. Quelques passages de l'un de ses Mémoires essentiels, montrent à quel point la violence lui apparaissait indispensable pour unifier et pacifier le Languedoc. De ce plaidoyer, « l'un des plus vigoureux et des plus complets qui aient jamais été faits en faveur de la raison d'Etat dans les affaires de la religion'», nous laisserons les considérations théoi'icjues, pour ne retenir que les arguments de fait. Ils sont dictés à Bàville par le souvenir de la lutte qu'il soutient, depuis treize ans, à la fois contre les prédicants et contre leurs inspirateurs de la Hollande ou de la Suisse.
C'est folie à l'Eglise et au roi, de s'imaginer qu'ils ont devant eux, comme sous l'édit de Nantes, des foules hérétiques, religieusement dévoyées sans doute, mais soumises aux lois, dociles, accessibles à des mesures persuasives, qu'on peut traiter comme on fait les hommes libres et raisonnables. Les Nouveaux Convertis sont aujourd'hui des révoltés".
II ne faut plus rcg^ardcr les huguenots en France comme un peuple qui, jouissant paisiblement du libre exercice de la religion sur la foi d'un traité avec son roi, lui rende le service et l'obéissance que les sujets doivent à leur souverain. Il faut les regarder comme un peuple irrité, qui a le cœur aigri, qui ne renferme son ressentiment que par faiblesse, qui, se voyant privé par autorité, de temples, de ministres, de sacrements, d'assemblées, et d'exercices de religion, supporte avec regret cette violence, et qui, s'étant persuadé qu'on lui a fait une injustice, de lui avoir ravi contre la foi des Edits ce que les hommes ont naturellement de plus libre et de plus cher, croit aussi qu'il doit à son tour manquer de fidélité et de patience.
Brousson n'a jamais prononcé un jugement plus sanglant contre la politique ecclésiastique de Louis XIV. S'il était permis de prendre au sérieux la parole de Bàville que cite Rulhière, sans que nous sachions de quels termes elle était entourée : «Je n'ai jamais été d'avis de révoquer l'édit de Nantes»', il faudrait voir dans la dernière phrase de l'intendant une Ironie aiguisée.
1. J. Lemoine (dans Gachon, LXXXVI, 55). Voirie texte, J. Lemoine, p. 322. (Le Mémoire a été écrit un peu avant le 16 nov. 1698.) Quelques fragments en avaient été publiés déjà par Rulhière, p. 140.