Bull. XXXIX
3. C. 172. Dossier Destampes. En 1692 il avait un frère cordonnier à Nouchàtel, un autre, taffetalier à Zurich, un beau-frère cadissier dans le Brandebourg, un autre cordonnier en Angleterre, et l'un de ses amis était serrurier à Berne.
3i LES PRKDICANTS PROTESTANTS
nouvelles aux protestants du royaume. Les rôles avaient changé : Nîmes criait ses transports à Berne. Le projet préparé avec tant d'efforts par les pasteurs de la Suisse et de Londres, tenté par Vivent, repris par Durand et Dautun, puis encore par Vivent et par Brousson lui-même, allait donc enfin se réaliser! Mais Vivent était mort, et ses ambitions belliqueuses avec lui. Brousson ne voulait plus user qued'armes spirituelles. Les Cévenols n'allèrent pas à travers le Vivarais tendre la main aux Vaudois qui s'avançaient vers eux. La Provence ne bougea pas, ni même le Dauphiné. Les N.C. les plus proches de l'armée ennemie n'eurent pas la velléité seulement daller assister aux cultes des ministres de M. de Schomberg. Ils protestèrent de leur loyalisme auprès des olJiciers du roi, et les réfugiés envahisseurs eux-mêmes «désertèrent fort pour revenir chez eux » '.
Le duc de Savoie touiba malaile de la petite vérole. Gatinat occupa un des défilés qui gardaient l'armée en communication avec le Piémont ; l'armée navale d'Espagne ne fit pas sur les côtes de Provence la diversion attendue. Les gens du Dauphiné, dans une guerre de partisans, massacrèrent « tout ce qui s'écartait pour piller » '. Les alliés manquèrent bientôt de vivres. Il leur était impossible de prendre en P'rance leurs quartiers dhiver. Le duc et Schomberg reprirent donc vers le milieu de septembre la route de Turin, après avoir brûlé, démoli ou ravagé 70 villes, bourgs ou villages. L'expédition avait échoué, au grand désespoir des réfugiés de Londres, qui avaient fondé sur elle leurs plus sûres espérances'.
1. Un déserteur fut iutcrroîïc à Nîmes le 20 septembre. Mais il venait des Flandres. Maximilicn Calmel (18 ans), sorti de France en 1GS8. et devenu cadet dans le régiment Hollandais de Tilly avait abandonné son i)Oste après Steinkercjne. l'n passeport lui avait été accordé à Xainur. Il revenait en France « fort repentant de sa mauvaise conduite » pour prendre du service avec ses deux frères, otiiciers dans le régiment Limozin. Son père, ancien ministre, apostat pensionné, était mort depuis peu, «bon catholique». (Le pasteur Jacques Calmel, de \'alfrancesque avait d'abord demandé en 1683 un passeport pour lui. sa femme Nimphe de Manuel et quatre de ses enlants : Mellac, Marie, Hermon (?) et Ferdinand). C. IVa. Dossier Calmel.
2. Nous ne prononçons pas le nom de Pliilis de la Charce. Sur elle et sur sa légende voir A. Mailliet (Bull. LVIII, 25).
3. Voir De Chambrier, p. 193, une lettre que Dubourdieu, de retour à Turin, écrit à Mirmand(alors à Wesel). Il attribue l'insuccès de la campagne à la mollesse des chefs, qui n'ont pas fait passer les Alpes à tous les réfugiés disponibles, et aussi aux cruautés et aux pilleries des soldats, qui ont répandu la terreur autant chez les Nouveaux Convertis que chez les catholiques. «Vous diriez que c'était ici [à Turin] et non pas à Versailles que l'on appréhendait un soulèvement du Dauphiné ». L'expédition avait simplement décidé 230 protestants du Dauphiné à sortir de France. Mais les troupes alliées «ne leur avaient laissé que la chemise» et ils risquaient de mourir de faim en Savoie. (10 octobre 1692. Pap. Court, 17, M).
LETTRE DE BRIiNGUIER 33
En réponse à la lettre qu'il avait envoyée à Berne, Destampes reçut de Bardel de tristes paroles* : « Je voudrais bien, mon ami, te pouvoir donner quelque nouvelle, mais nous n'apprenons rien de nouveau. Seulement je te dirai que M. de Chomber a passé à Berne il y a dix ou douze jours, qu'il vint de Piémont. L'on croit qu'il s'en va en Angleterre, sans savoir s'il reviendra. Cela ne vous donne pas une bonne odeur pour le Piémont. L'on parle fort et l'on prépare le monde pour des colonies que l'on fait pour le printemps -, Monsieur le marquis d'Arzeliers et les ministres français travaillent pour cela. . . Je ne te veux pas faire perdre courage, mais nous ne voyons point de jour pour notre retour ».
Bardel, une fois de plus, conseillait à Destampes de s'expatrier, comme il l'avait fait lui-même : « Quoique ta conscience soit en repos, ne te flatte point là-dessus. Ne te fàclie point; ce n'est que la grande amitié que j'ai pour toi qui ne me donne point de cesse, et l'envie que j'ai de t'embrasser dans ces heureuses contrées. Oh! que cette journée serait consolante pour moi, si je te voyais avec mon cher beau-père . . Nous aurions sujet de nous écrier avec le prophète royal : La voici, Vheiireiise journée ! »
La réponse de Bringuier à ses frères de Nîmes, datée d'Amsterdam, était un sermon entier% interminable, où le prédicant prenait la liberté d'exhorter ses chers amis « de se réveiller de leur léthargie spirituelle, eux qui dormaient depuis si longtemps dans le feu de l'abominable religion torture (sic) pécheresse et adultéresse » et dans leur apostasie. En ce qui concernait l'appel qui lui avait été adressé, Bringuier, dès le début de sa lettre, répondait par un refus, enveloppé d'efl"usions pieuses.
J'ai reçu celle qu'il plut à votre grande bonté de m'écrire le 17 du mois d'août dernier et je ne vous pourrais jamais assez exagérer la joie que m'a donné votre lettre tant à moi qu'à un grand nombre de ministres et autres bonnes âmes à qui je l'ai faite voir, jugeant qu'elles en étaient dignes. Nous a tous donc grandement réjouis de voir que vous avez de salutaires sentiments et des bonnes espérances en Dieu qui est le Dieu des bontés et le rocher des siècles. Persistez dans ces