‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 16 sur 346 · Bull. XXXIX, 37i · texte numérisé non relu

Bull. XXXIX, 37i

MANIFESTE DE SCIIOMBERG 3"î

d'Angleterre étant garants de l'Edit de Nantes par la paix de Montpellier et plusieurs autres traités, Guillaume croit être obligé de le faire rétablir. A cet égard tous les bons français le doivent aider, « On espère môme que Messieurs du Clergé. . . seront bien aises de témoigner. . . qu'ils n'ont eu aucune part à la violation de l'Edit et aux cruautés qui l'ont suivie » '.

Les protestants, on le voit, étaient à peine mentionnés. Ils savaient cependant que l'expédition avaient été entreprise pour eux, et sur les instances de réfugiés notoires. Le correspondant parisien de la Gazette de Haarlem prévoyait de grands troubles si l'armée continuait sa marche en avant. Les Nouveaux Convertis de Paris, les plus riches du moins, levaient déjà le masque. Le bruit courait en Provence que le roi allait donner la liberté aux prisonniers détenus pour cause de religion '.

Dans le Languedoc, les succès de Schomberg provoquèrent une eflervescence singulière au milieu d'un groupe de zélés protestants. Le 17 août, un certain nombre « de frères et de sœurs » qui ne doutaient pas que la délivrance ne fût venue, écrivirent une lettre collective au prédicant de Lasalle Antoine Bringuier, sorti de France avec Vivent en 1687, et qui était alors réfugié à Amsterdam, tandis que sa femme vivait encore dans le royaume. Ils lui demandaient de se joindre à l'armée victorieuse, et de leur réserver désormais les secours de son ministère pastoral. C'était comme une paroisse qui d'avance se choisissait un ministre. La lettre fut envoyée par un « faiseur déformes [de chaussures] », Jean Destampes, natif de Serres en Dauphiné, qui résidait depuis longtemps à Nîmes. Il y avait fait abjuration, mais comme il dit, « il avait toujours resté dans sa religion, laquelle il avait sucé avec le lait », et il correspondait avec des parents ou des amis qui s'étaient volontairement exilés ^.

Le même jour Destampes et son ami Servière, de Lunel, écrivaient au gendre de ce dernier, Bardel, serrurier à Berne : « Nous serions bien malheureux si nous n'étions pas délivrés dans six mois ». Ce n'étaient plus les réfugiés qui donnaient les

1. Agnew, Protestant exiles from France. (Ed. de 1886, I, 309). Voir nos P. J. Le roi Charles I" était iiitcrvenn dans le traité de pacification de 1626 qui consacrait l'inviolabilité de Tédit de Xantes. Brousson usera plus tard du même argument juridique pour faire appel à Guillaume (l)oucn. II, 285).

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