Cela signifie que Roman refusa de prêter serinent
ROMAX A BOUCOIRAN 289
dit que la question me ferait Ijien parler autrement. Je suis disposé, réparlis-je, à la soufï'rir pour l'amour de Jésus qui me fortifie, et en qui je puis toutes choses . . .
On était au soir du 10 août. Dumas remit au lendemain la suite de rinterrogatoire, et laissa le prisonnier sous la garde des archers. Le prédicant fut étendu, tremblant de fièvre et de souffrance, sur le lit à l'antique qui meublait la chambre \ les bras et les jambes attachés aux quatre colonnes, et une corde fixée transversalement, « lui passant par-dessus l'estomac ». L'un des archers. Jacques Sagnier, ancien protestant, insultait encore à sa misère, et lui répétait que c'était être fou que de s'exposer à la mort, pour soutenir un aussi misérable parti que celui des huguenots. « Dites la vérité, rétorqua le prisonnier, vous êtes de la religion où vous trouvez à manger ? ». Sagnier répondit en s'assurant du pardon du Pape, et le prédicant amorça une nouvelle controverse, « touchant la pierre sur laquelle Jésus bâtit son Eglise ; et de là il pi'it occasion pour parler un peu de l'ignorance des papistes, et de la cruauté qu'ils exerçaient contre les réformés ». Par une dernière dérision, les archers observèrent : « qu'il devait bien faire pleurer ses auditeurs ! » Ils se mirent ensuite à jouer, pendant que Roman « parlait à son Dieu par des paroles entrecoupées, avec tant de zèle et d'ardeur, qu'il lui semblait voir le ciel ouvert ».
Un bruit violent, du tumulte, « des cris et des menaces capables d'étonner les plus hardis », arrachèrent les archers à leur jeu et le pasteur à sa prière. Les archers sautèrent sur leurs armes.
La nouvelle de l'arrestation de Roman s'était vite propagée. A la foire de Lédignan, tenue le 10 août, les protestants du quartier, et d'autres aussi de la région environnante, s'étaient concertés pour l'enlever. Le chef de l'entreprise était un certain Rouvière, jardinier d'Anduze. Rendez-vous fut pris pour le soir même, « à la Pierre plantée, sur le chemin de Roucoiranà Ners, à la croisée du chemin d'Anduze ». Jean Périer, de Ners, fut député à Roucoiran, pour savoir comment le prédicant était gardé. A son retour, dans la nuit, les premiers attroupés « se rangèrent en haie », afin de passer une sorte de revue, et le « baile " » de Gaujac leur distribua des feuilles de papier, qu'ils