Ribard, p
5. Mémoires de Pierre Carrière dit Corteiz (publiés par Baum. Strasbourg, 1871), p. 11 ; £t Jaccard, p. 56. Corteiz prêchait le dimanche de dix à onze heures, dans un ruisseau, à un quart d'heure de Nojaret. On l'invita à aller prêcher de nuit dans les autres villages, le mercredi ou le jeudi.
réussi à mettre la main sur une Bible, et soutenu par son père, qui le voyant méditer, avait tiré de leur « cache », pour lui, quelques ouvrages défendus, il suivait assidûment les assemblées d'un prédicant, Jean Felgerolles [ou FigeroUes], du lieu de Runes (Fraissinet de liOzère), dont nous ne sa:vons que le nom, et par Corteiz lui-même. Un soir, Felgerolles n'étant pas venu présider un culte convoqué en son nom à Nojaret même, quelques personnes, avec qui Corteiz avait eu de fréquentes conversations sur des sujets de religion, « le prièrent avec des instances réitérées, de ne pas laisser retirer cette assemblée sans leur donner quelques paroles de consolation». Et tout à coup, dit Corteiz, « je me trouvai rempli de courage, et je parlai avec beaucoup de fermeté de la Parole de Dieu». La vallée de Vialas se trouvait alors dégarnie de soldats. Les quatorze hameaux de la paroisse demandèrent bientôt leur part de la manne spirituelle que dispensait le jeune prédicateur. Deux mois après, de petits cultes étaient célébrés partout, de nuit ou de jour, qui afTermissaient Corteiz dans son audace et dans son ardeur à la méditation.
Corteiz recommençait l'histoire des premiers prédicants. Suscité dans les mêmes conditions qu'eux, inspiré des mêmes livres et de la même foi, il devait être plus tard, à côté d'Antoine Court, le restaurateur du protestantisme français, et contribuer avec lui à former deux générations de « ces bons et fidèles pasteurs », que souhaitait Pierre Lézan, héritiers légitimes des ministres du xvii'' siècle. Ses premiers efforts apparaissent ici comme les heureuses prémices d'un renouveau. On aurait pu prévoir alors, que dans le plat pays comme dans les Cévennes, son exemple allait être suivi : que des prédicateurs extraordinaires, pareils aux derniers prédicants exilés, se lèveraient, pour reprendre leur tradition encore vivante. Mais, soudainement, le protestantisme du Bas-Languedoc entra dans une voie qui fui était jusqu'alors entièrement inconnue. Vers le milieu de 1700, la vague montante du « fanatisme » y fit irruption.
Les prophètes que Brousson avait a'us dans les Boutières à la fm de 1G97, n'avaient point été paralysés dans leur activité par les poursuites qui suivirent sa mort. Quelques condamnations de plus ne pouvaient pas les faire taire, car elles ne pouvaient pas les guérir.
IRRUPTION nu PROPIIKÏISME 305
Uue fille du Vivarais*, tailleuse d'habits, dont nous ignoi'ons le lieu d'origine, fut gagnée par la contagion. Gomme les premiers inspirés, elle disait « avoir le Saint-Esprit», et posséder le privilège de le communiquer à quiconque saui'ait « crier Miséricorde » à Dieu. Poussée par son zèle, elle parcourut les environs de Vallon et des Vans, semant sur son passage le mal étrange, et parut enfin vers Saint-Ambroix, suivie d'un jeune homme de Vaguas (près de Vallon), Daniel Raoul, devenu lui aussi un ardent propagateur du don divin, Bâville apprit (fin septembre 1700), que deux assemblées s'étaient tenues dans le quartier : la nuit du t^ au 30 août, au bois de Tharaux et d' Avéjan, le soir du 30, au bois de Rochegude. Les Psaumes avaient été chantes, une fille avait prêché, un prédicant de mème^. Il semblait qu'il n'y eut là qu'une simple continuation des assemblées qu'il avait longtemps pourchassées, mais il fut bientôt détrompé, par la rapidité même avec laquelle les Cévennes et le Bas-Languedoc furent agités d'un frémissement mystérieux. Après avoir vibré quelques mois vers Uzès, le tremblement se propagea avec uue irrésistible violence. Il secoua d'abord (le fait est absolument caractéristique), les jeunes gens et les enfants, la génération née depuis 1685, ou qui, trop jeune à cette date, n'avait pu recevoir l'éducation religieuse des pasteurs réguliers. Elle avait grandi dans la fournaise des persécutions, et ne trouvait pas dans ses souvenirs, le solide appui d'une instruction raisonnée, qui seul lui aurait permis de soutenir le choc.
Le 13 juin 1701, le roi « informé que depuis quelque temps il s'était trouvé dans le diocèse d'Uzès et lieux voisins des gens qui aftectaient de paraître fanatiques, dans le dessein de troubler le repos public », fut obligé de revenir à l'ancienne pratique dont Bà ville avait vainement demandé le maintien. Par une ordonnance spéciale, il substitua lintendant au présidial, et commit Bâville pour faire le procès en dernier ressort aux inspirés ^ Mais le fanatisme poursuivit ses exploits.
Pendant que la faculté de Montpellier examinait doctement, aux prisons d'Uzès, sans y rien comprendre, les crises d'hysté-
i. La Baume, p. 34. Bâville ne sut pas son nom. I.a Baume dit « une vieille DUe ». Une information porte au contraire « une grande lille, de 20 à 25 ans. du Vivarais ».
-i. G. 180. Informations du 13 sept. 1700 à Uzès.