‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 183 sur 346 · Ribard, pp · texte numérisé non relu

Ribard, pp

trois de mariés et qui ont tous trois des enfants, je t'en rends grâces éternelles, ô mon Dieu, et te supplie du plus profond de mon âme que tu veuilles être leur garde et leur appui, et les conserver contre tous dangers. Et surtout. Seigneur, fais lur [leur] la grâce qu'ils puissent rentrer dans ton bercail, et sortir de la Babylone, dans laquelle mes péchés les ont malheureusement jetés, et qu'ils puissent encore te louer dans ta Sion et dans ta vérité. Pardonne-moi, mon Dieu, mes fautes et mes péchés qui ont attiré ton courroux sur moi, et qui sont la cause de tous les maux qui nous sont arrivés ; fais, mon Dieu, que ma repentance soit sincère, et que mes péchés soient lavés par le précieux sang de ton fils Jésus-Christ, qui est mort pour mol, et qui est ressucité pour ma justilication. Tire-nous, Seigneur, de cet état déplorable dans lequel nous sommes, et viens à notre secours ; redonne-nous ta parole et tes sacrements, et de bons et fidèles pasteurs, qui nous la prêchent dans sa pureté, et fais. Seigneur, que ces enfants se repentent de leurs crimes, et qu'ils te louent sur cette terre des vivants, afin que eux, moi et leur mère, pour laquelle aussi je t'adresse mes vœux et mes prières, te puissions louer tous ensemble dans le paradis de ta gloire. Ainsi soit-il.

Après quoi, Lézan ajoute :

Afin que mes enfants se puissent souA'enir que la religion que nous professons, et dans laquelle ils étaient entrés par le baptême, est toute pure et toute sainte, je m'en vas leur faire un abrégé très sincère de ce que nous y professions et de ce que nous y croyions, afin qu'ils se conservent dans cette pureté, et que lorsque Dieu leur voudra faire cette grâce de les tirer de la religion dans laquelle ils sont malheureusement entrés, ils ne fassent pas la sourde oreille à la voix de Dieu qui les appellera sans manque, comme il fit autrefois au peuple d'Israël après 70 ans de captivité. Et pour cet effet, je leur vas faire un abrégé de notre croyance, et ensuite leur ferai voir ce que l'Eglise Romaine croit qui n'est point du tout conforme à la Parole de Dieu, ni à la cro^'^ance des anciens Pères de l'Eglise, au lieu que la nôtre était conforme à cette divine Parole et au sentiment des anciens Pères. Le Seigneur me veuille assister dans cette œuvre, et fasse qu'elle soit en édification à ma pauvre famille.

Nous avons transcrit, dans la première partie de notre ouvrage, la courte profession de foi qui suit ces lignes, et aussi les quelques phrases de controverse qui l'accompagnent, et qui concernent le culte des saints, l'usage du latin, et la messe.

Moins capables de dire ou de raisonner leur foi, la plupart des Nouveaux Convertis se contentaient de suggestions plus générales. Ils inculquaient tout au moins à leurs enfants une répulsion farouche pour l'Eglise catholique. Les jeunes êtres,

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soumis à un pei-pétuel entraînement, fermentaient d'un bouillonnement de révolte. Ils sentaient dans leur âme, comme le raconte de lui-même le prédicant Gorteiz, «un souverain rebut pour tout ce qui était émané tant de la part de M. le Curé que du régent d'école, et cela, sans en savoir la raison »'. Ils détestaient la messe de tout leur cœur, conmie le rapporte Antoine Court, qui parle également de sa propre enfance : « Etait-ce par connaissance ou par préjuges? L'un y avait beaucoup plus de part que l'autre... »', mais soit connaissance, soit prrjugés, ils n'y assistaient pas du tout, et soulTraieut les coups de leurs camarades, plutôt que de s'y laisser traîner par eux. Les quelques livres pieux échappés aux perquisitions, étaient clandestinement sortis de leurs cachettes, et donnés en pâture à cette nouvelle génération avide.

Il se tenait encore, en certains quartiers, quelques petits cultes'. Un protestant instruit priait dans sa maison, devant ses voisins. Près de Saint-Hippolyte, le S"" de Ginestoux passait, en 1699, pour réunir chez lui des assemblées secrètes*. Quelques derniers successeurs de Bas, de Lapiei're ou de Roman, formaient de petits conventicules de hameau. Villaret et Pin, dont nous avons dit les noms, n'étaient pas seuls en 1699 à s'exercer encore à la prière et au culte publics. Ces humbles, à la parole convaincue, comparables aux plus petits des prédicants de 1686, formaient parfois, comme ceux-ci, des disciples qui les dépassaient.

A la fin de 1699, ou en 1700, au pied du Mont-Lozère, dans la paroisse de Castagnols, où Roman et Bas avaient passé si souvent, un jeune homme de 19 ans, Pierre Corteiz, du hameau de Nojaret, lils dun ancien du Consistoire, tint à continuer leur œuvre ^ Formé par la lecture des sermons de Pierre Du Moulin, du Dialogue d'un Père avec son fils..., de J. de la Place ; ayant

1. Mémoires de Corteiz (voir plus loin). Jurieu dit en 169S (Relation de tout ce qui s'est fait..., p. 37) : On traîne les enlauls aux églises, et ces entants, jusques aux pieds de ces profanes autels, pleurent et se lamentent de manière à tendre le cœur le plus dur. Mais on les bat, à la présence du Dieu qu'on veut leur faire adorer.

2. Mémoires d'Aut. Court (Ed. Edm. Hugues, Toulouse, 1883, p. 22).

3. Sans parler des dernières assemblées d'Olivier, que nous ignorons.

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