LA PLAINTE DE BAA ILLE
Il n"a su voir dans les manifestations les plus dignes et les plus sereines de la conscience indomptée, qu'une rébellion contre le l'oi. Il ne voit qu'une autre rébellion, plus bizarre, dans les accès de folie religieuse qui crispent maintenant tous les quartiers de sa province. Les prédicants n'ont été pour lui que des séditieux qui cherchaient des complices, et les prophètes nouveaux sont des prédicants comme les anciens. La même méthode de coercition sera applicable à tous. La répression sanglante recommencera donc avec la même fureur qu'en 1G8G et en 1689. Les soldats tireront sur les protestants assemblés. Des centaines d'enfants seront emprisonnés, battus de verges, quelques prédicants prophètes suppliciés. Mais les Gé venues étaient totalement infestées, ni le fer ni le feu ne devaient guérir une contagion frénétique ; les cruautés de 1701 hâtèrent seulement la convulsion suprême qui tordit les Gévennes, lorsque Laporte, après la mort de l'abbé du Ghayla, forma la première troupe de Gamisards.
En 1701, l'intendant, aveugle, inflexible et sec, poursuit son chemin sans appréhensions.
Au moment où va se déchaîner une révolte sanguinaire, qu'il n'a pas su pressentir, qu'il a même tout fait pour préparer, et qu'il sera impuissant à abattre, il lui échappe cependant un soupir. Il ne gémit ni sur ses victimes, ni sur le sort de sa province, ni sur les exigences politiques de son Eglise ou de son roi, mais simplement sur la monotonie de son rôle de justicier. L'exécuteur ne se plaint que de la lourdeur de la hache. Le 4 novembre, après les cinq condamnations à mort qu'il vient de prononcer contre les prisonniers du Yivarais, il écrit à Fléchier, en lui annonçant également que Rouergas « sera bientôt expédié » '. «J'ai condamné aussi une célèbre prédicante [du Yivarais] au fouet et à la fleur de lys. Malis ingrave^centihiis, dit la loi, pœnœ exacerbandœ '. Il faut voir quel sera l'effet du remède. Je ne ferai aucune grâce aux prédicants. Triste et ennuyeux emploi quand on l'ajait dix-sept ans! »