UotU-rdam
i. « M. Roman, (jui a servi si longtemps TEglise de Dieu sous la croix, et qui a demeuré volontairement plusieurs années exposé aux souHranccs et à la mort pour la défense de la foi ». Douen, II, 387.
320 LES PRÉDIGANTS PROTESTANTS
Suisse», le munit d'une attestation olïlcielle pour son Eglise, et pour le comte Ferdinand Maximilien d'Ysenburg et Budingen, qui devenait son souverain'. Roman arriva k Waldeusberg au début de novembre 1701 avec sa femme, née « Madeleine Cazaille », et un enfant.
La colonie, logée dans des baraques, s'organisait non sans diflicultés. Le prédicant, pendant douze ans, avait exposé sa vie en France ; il trouva en Hesse des contrariétés qu'il endura sans patience. Il est plus facile d'être un héros que d'avoir bon caractère. Les pasteurs Vaudois des environs, qui avaient déjà constitué un Synode, ne voulurent pas le reconnaître comme un ministre, « parce qu'il n'avait pas étudié, n'avait pas passé d'examen, n'avait pas été régulièrement ordonné ». Ils refusèrent même de le consacrer. Roman se tourna vers le Comte, et lui écrivit, pour solliciter sa protection, une letti'e désolée, qui n'est pas de la même orthographe que la Relation sommaire... parue sous son nom la même année :
A Valdenberge, ce 19 O^re 170I.
Monseigneur,
Jean Roman vôtre (idele et très obéissant seujet Remontre en toute humilité à votre Excellence que du Jjou plaisir de dieu il a prêché l'espace de douze ans sous la croix en france au grand péril de sa vie où la providence la conservé diverses fois par des Manières qui tiennent parfaitement du miracle. Et votre Excellence sait comme la volonté de dieu a Eté de la conduire sous vôtre douce domination de sorte qu'il demande vôtre protection charitable pour pouvoir exercer toutes les fonctions de son ministaire puis que par la grâce de dieu Il est au gré de l'église que vos entrailles et votre compassion a Reculie a Valdenberg. Le seujet de la demande du supplient est que les ministres vaudois font dificulté de lui confirmer sa vocation à cause qu'il est Extraordinaire, n'ayant pas fait ses Etudes en forme.
1. Tout ce qui suit est fondé sur une Hisloire de la Colonie Vaudoise de Waldensberg-, par M. Heihnann, pasteur à Gôtting-en (Hug. Verein, XII, iv à vi, avec P. J. eu français), faite d'après les documents originaux. Waldensberg était un village voisin de Wàchtersbach, entre Francfort et Fulda, près de Gelnhausen. A. Court, dans sou résumé de la vie de Roman, a écrit, par erreur, Waldenbourg au lieu de Waldensberg. Waldenjjourg est en Wurtemberg, au nord-est de Stuttgart. Nous donnons ici, cl en P. J., quelques lettres inédites de Roman, extraites des Archives du Prince d'Iseuburg Biidingen, à Wàchtersbach. M. le pasteur Heilmaun nous en a communiquée une. Nous devons les autres à l'obligeance de M. le pasteur Fuchs, de Wiichtersbach.
"2. Nous reviendrons, en parlant de la discipline, sur cette phrase el sur ce chiffre.
ROMAN A WALDKNSBERG 327
Se pendant le supplient a Reçu les mains de société du glorieux défunt martyr Brosson et depuis se tamps là, le dit Roman a toujours aminislré les Sacremens en France les passe de 'i ans-. II ne dépent que de vôtre Kxcellance, comme souverain dans ses Etats, de disposer de luy a vôtre volonté.
Davantage, comme le supplient a desain de l'aire battir une maison accès considérable a Valdemberg, demande ([ue s'il estoit du bon plaisir de vôtre Excellance <le lui l'aire asij^^ner une i)lasse et des terres pour faire travailler, lui et les siens vous Uandront toujours l'honneur et le tribut qui vous apartient, faisant tous les jours de sa vie des veux très ardans à dieu pour la santé et prospérité de vôtre Illustre famille et en particulier pour vôtre personne et pour votre Etat.
.Ieax Romax.
Agréés, Monseigneur pour marque de ma Reconnoissance une dimi douzene de marteaux d'armes que je vous oll're de tout mon cœur'.
Roman reçut le conseil de se tenir tranquille, d'accomplir ses devoirs avec zèle, pour se soumettre ensuite à un examen du Synode. Les pasteurs Vaudois consultèrent les professeurs de Genève, de Marbourg, de La Haye, afin de savoir s'ils pouvaient confirmer un homme à qui seulement les Ecritures étaient familières, qui ne savait ni les langues, ni la philosophie, ni la controverse. Roman osa, malgré l'opposition de ses anciens, célébrer un mariage et un baptême; mais il n'alla pas jusqu'à distribuer la Gène, et fit venir en janvier, pour cela, le pasteur Archer", d'Ysenburg. En février, combattu dans son Eglise, et suspecté par ses collègues, il adressait au Gomte des plaintes indignées :
Valdenberg, ce 12 février 170'2.
Monseigneur,
Je remontre en toute humilité à vôtre Excellence que je ne puis en consience exercer les fonctions de mon ministère sans le secours de vôtre authorité souveraine, puis que le peuple qu'il a pieu a vôtre charité chrétienne établir sous vôtre douse domination, na nulle crainte de dieu ni des exortations qui leur sont faites. Lassé de patience, je suis forcé de déclarer a vôtre Excellence que je suis
1. Des produits sans tloule de riiidustrie des Vaudois de Waldensberg. Comme adresse : « A son Excellence Monseiffueur le Conte (rYscmbourc et hudingen, à Wechtersbach ». (l'ubl. par A. Ileilmann).