‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 206 sur 346 · OLIVIER ET ANTOINE COURT · texte numérisé non relu

OLIVIER ET ANTOINE COURT

été conservée. En même temps qu'elle narre les misères de ses dernières années, elle nous explique pourquoi nous ne pouvons pus lire ses Mémoires '.

Monsieur mon très-honoré frère, je profile avec plaisir du peu de tems qne me donne le portenr de la présante pour vous assurer de toute mon estime, Dieu vous ayant fait la grâce d<> vous employer à l'œuvre du S' Ministère, et en particulier pour la consolation de nos frères en france, dans laquelle il ma aussi fait la grâce de m'employer selon mes foiblesses, l'espace de dix années-. Béni soit Dieu qui ne se laisse jamais sans témoignage envers ses enfants, et (jui fait t(mjours son œuvre, malgré les oppositions du démon et de ses émissaires.

Au reste j'ai bien receu en son tems les trois lettres que m'avez fait l'honneur de m'écrire ; si je n'y ai pas répondu, ne vous pleigniez pas de mon silence, il m'a été impossible : à la réception de votre première, j'avois la fièvre qui m'a tenu l'i mois, par ainsi je n'en étois pas encore quitte à la réception de la seconde. Votre dernière m'a trouvé en parfaite santé autant qu'un homme de G6 ans le peut-être ; elle m'a été rendue le mois dernier par le S"" Bastide^. Je voi par elles le louable emploi que vous avez pris de continuer l'histoire de la Révocation de l'Edit de Nantes. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous fasse la grâce de réussir dans votre temps. Je souhaiterais de pouvoir vous fournir de bous mémoires, surtout de ce qui s"est passé pendant mon séjour en France. Mais ma volonté surpasse mes forces. Il est vrai que j'avois fait un recueil de ce que Dieu avoit fait en ma faveur pendant que j"avois été sous la croix et à plusieurs autres. Etant allé faire un voyage en Angleterre par ordre de notre souverain prince, pour le bien des colonies de ce pays, je pris avec moi mes mémoires ; ce voyage me fut fort onéreux, j'eus le malheur de faire naufrage après avoir essuyé une tempête de sept jours, et de perdre tous mes papiers. Par ainsi je n'ai plus que des Idées bornées et confuses de tout ce que je pouvois avoir de circonstancié. A présaut, accablé d'années et de chagrin, je désert une Eglise qui n'a point de pention, ni de moyens pour mon entretien, depuis que 34 familles qui étoient membres de cette Eglise, y venoit faire leurs dévotions, contribuoient à l'entretien du pasteur — ne le ont plus depuis qu'elles ont obtenu un exercice libre à Stoutgard, et cela depuis Tan 1727 ; celles qui sont restées ici au nombre d'une

1. l'ap. Court, n» 1. tome X, 181. Orth. originale. Nous ponctuons.

2. Dans sa Requête aux Etats Généraux, du 4 mai 1702, il dit seulement qu'il est « resté en France durant cinq ans », pour la consolation des opprimés.

3. Un Cévenol, sans doute. Peut-être Pierre Bastide, arrêté avec Bauzon et Dombres, envoyé aux galères, puis libéré, qui le 8 juin 1732 a dressé pour Court un Mémoire de ses souvenirs. (Pap. Court, 17, B, 18'J).

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vingtaine sont pour la plus grande partie dans l'indigence, et par consequant hors d'état de contribuer à l'entretien du Ministère. Elles s'étoit adressées dès l'année dernière à Leurs Excellences de Zuric pour obtenir quelque assistance, mais le député de leurs Excellences de Berne s'y oposa fortement ; par ainsi je me vois dans une triste situation, outre cela les allarmes dans lesquelles nous sommes ici. Dieu veuille inspirer aux puissances de sentimens de paix et d'union. Si Dieu me donne la santé et la force, je me rapelerai ce que je pourrai rassembler dans ma mémoire, et vous le ferai tenir le plutôt qu'il me sera possible. En attendant que je puisse vous écrire plus amplement, j"ai l'honneur de vous assurer que je suis avec une parfaite considération, Monsieur mon très-honoré frère, votre très humble et très-obéissant serviteur :

J. Olivier.

Canstatt le 24 mai 1735.

Olivier, le seul ministre qu'on eût trouvé dans la Hollande disposé à porter aux insurgés des Céveunes, en 1703, la promesse d'un secours étranger, s'adressait dans cette lettre à Antoine Court, directeur à Lausanne d'un séminaire où les jeunes pasteurs n'étaient reçus qu'avec la vocation du martyre, entretenus dans l'horreur de la rébellion, pour être ensuite l'envoyés dans le l'oyaume avec l'ordre de ne point porter d'armes. C'était comme un dernier disciple de Vivent, qui correspondait avec un descendant fidèle de Brousson.

Parmi les protestants de France la résignation héroïque l'avait, en 1735, définitivement emporté sur le « fanatisme » justicier. « Le son coi et subtil de la prédication de l'Evangile, laite avec un esprit de douceur et de charité », résonnait seul dans les garrigues du Bas-Languedoc, ou sur les pentes des Gévennes. « Le feu » s'était éteint, « d'indignation et de vengeance, dont plusieurs serviteurs de Dieu avaient été enflammés ». Antoine Court, avec moins de sévérité que Daniel Bas, désavouait en somme les Camisards\ Le symbole de l'Eglise persécutée était celui que Brousson avait emprunté au Cantique des Cantiques : « La Colombe (mystique) qui se cache aux fentes des rochers ».

Vivent, « le lion », et après lui Rolland et Cjavalier, ses héritiers authentiques, qui furent même, à certaines heures, eux ou

d. Voir à ce sujet un épisode très curieux de Tannée 1745. A. Court consentait ;i imprimer, au nom des protestants de France, que la guerre des Camisards <c excitait toute leur horreur et leur indignation ». Ce fut un Comité d'Angleterre <(ui jirotesta contre la phrase. (La révolte des Camisards justijiée, par Ch. Dardier. Etrennes Chrétiennes, Genève, 1889).

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