‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 21 sur 346 · MEURTRE DE LAM15ERT · texte numérisé non relu

MEURTRE DE LAM15ERT

vite*. Le gouverneur d'Alais venait de la signaler quelques heures auparavant aux consuls d'Anduze comme étant réfugiée chezLissorguesse, où peut-être l'avait amenée Julien, Lambert, second consul et lieutenant de bourgeoisie, avait fait fermer les portes de la ville, réuni des miliciens (qui, on va le voir, firent assez mal leur devoir), mais il avait tenu à entrer seul dans la maison suspecte. Gavanon, interpellé, répondit se nommer Bousquet. Sa résolution fut vite prise.

D'abord on peut juger en quel état je pouvais être, sachant que l'on me cherchait partout et que l'on m'avait mis à prix. Me trouvant dans un tel embarras, je pris le parti de sauver ma vie si faire se pouvait, et au lieu de me servir d'un pistolel et d'un sabre que j'avais sur le lit de la veuve, je mis la main dans ma poche, et je me servis d'un petit couteau à gaine que lorsqu'il me vouhit arrêter pour sortir, je lui plantai au bas du petit ventre. Ayant lait un grand saut en arrière pour mettre l'épée à la main, je m'avançai vers lui, et lui, voyant qu'il ne pouvait se défendre, prit le parti de m'embrasser, de sorte que l'ayant traîné jusquà la porte, j'ouvris le loquet. Nous nous jetâmes tous les deux du degré en bas-, tellement que je me trouvai dessous lui. Mais la demoiselle qui m'avait insinué d'entrer en ville fut si adroite, qu'elle me l'ôta de dessus^, et ayant fait encore des efforts pour sortir hors la porte d'en bas les degrés, ou [lire et] pour descendre les degrés pour être dans la rue S je me trouvai encore dessous lui, dans la rue. Mais la même demoiselle fit le même coup, en me l'ôtant de dessus, quoique bonne parente dudit Lambert.

Le malheureux consul faisait retentir la rue de ses gémissements et de ses appels. Il s'était cramponné aux bras de Gavanon qui essayait vainement de se redresser. Le jeune homme n'avait pas lâché son couteau. Il en taillada la main de Lambert « et en même temps, dit-il, il me lâcha, et tomba à mes talons, sans jamais plus parler » '. Mais Gavanon n'était pas

1. Le nom exact de la femme Vignes (détenue depuis la lin de juillet) et celui de sa comi)ag'ne, Grandesse, de Lédignan, nous est fourni par Jeanne Laporte (G. 180) qui était avec elles aux i)risons d'Alais (elle avait été arrêtée après la mort de Vivent). Elle ne voulut pas les suivre dans leur évasion, dit-elle, « craig-nant de souffrir étant fugitive, ce qu'elle lit pourtant dans la suite ».

2. G'est-à-dire jusqu'au bas de l'escalier qui conduisait à la porte extérieure.

3. La Relation imprimée Bull. XL, 530, dit : « G'était la demoiselle Jarosson d'Anduze, sœur d'une autre qu'on appelait Marion >>. Aucune des deux n'est mentionnée dans les enquêtes.

4. Les dernières marches, qui joignaient la porte extérieure de la maison à la rue.

5. Les médecins d'Anduze constatèrent sur le corps « une plaie de deux travers de doigt d'haut en bas jusqu'au foie, et trois petites plaies sur la main gauche, faites avec beaucoup de violence par un couteau ou une baïonnette ».

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