E. Hugues, Les Synodes du Désert, 1881. I, pp
qui lui offraient l'hospitalité, ou qui prenaient soin de lui dans les déserts, «faisait trois grandes prières», le matin, à trois heures de l'après-midi, et le soir. Vivent, aux environs de Lasalle, réunissait pour la prière, ceux de ses amis qui venaient le visiter et lui apporter des vivres. Les troupes de prédicants vivaient elles-mêmes dans l'accomplissement rigoureux des devoirs journaliers de la piété.
On sait que la Discipline réformée défendait, « pour prévenir toutes superstitions », qu'il se fit aucune prière ou prédication aux enterrements. Nous ne voj'ons point, par conséquent, qu'aucun prédicant soit intervenu dans des circonstances de ce genre. En revanche, le devoir d'exhorter les malades et les mourants était impérieux. Chaque fidèle, assurément, pouvait s'acquitter de cet ollice. La Liturgie de IG80, ictrouvée chez Grouzil, contenait un chapitre sur la « Visitation des malades », et dans les procès faits aux cadavres, les juges ne manquaient pas de s'enquérir si quelqu'un de l'entourage du mort avait prononcé quelque parole pieuse suivant l'usage de la R. P. R.'. Les prédicants étaient particulièrement propres à cet office. Dans l'été de 1681), Anne Baudoin ayant un accès de fièvre à Caderles, la femme de Lafont l'informe que Grevou est chez elle, et que, si elle veut, «elle le lui amènera pour lui faire la prière». La tante d'Anne Baudoin refuse, et quelque temps après la jeune lille s'entend dire « qu'elle aurait été charmée» d'entendre le prédicant. Vivent fut conduit chez Done Malignosse, de Monoblet, et l'exhorta, comme eût fait un pasteur.
L'instruction des enfants était, au xvii« siècle, une des charges des ministres. Ils expliquaient dans l'après-dînée du dimanche les « Sections » successives du Catéchisme de Calvin, que le régent, pendant la semaine, avait apprises à la jeunesse. Après la Révocation, les parents durent se consacrer à une besogne pour laquelle manquaient les maîtres, et que les prédicants n'eurent pas le temps d'assumer". Quelques enfants furent instruits dans les bois. Jean Cabrol, quitte Nîmes à dix ans, et pen-
1. Voir par exemple C. 173, l'information dirigée contre la mémoire de Diane des Vignolles, lille du S' Tournier, vig'uier de Lasalle, le 7 février 1694. Un témoin rapporte qu'Eléonor Jallaguiére « disait à la malade de demander miséricorde à Dieu, de songer que Jésus-Christ était mort pour elle, et autres choses semblables, n'ayant pas vu qu'on eût fait aucune prière ».
2. Quelques maîtres d'école essayèrent de poursuivre clandestinement leur apostolat. Un certain Jean Cappon, ancien régent, chassé de Lussan en 1689, va à Nîmes, où il apprend à lire aux enfants des N. C. et leur lait réciter les prières ordinaires. C. 170.
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dant cinq ans erre dans les Hautes-Cévennes avec son père et sa mère. Il redescend ensuite avec eux vers Brignon. Ses parents lui ont donné « la connaissance delà R. Réformée », si bien quil communie pour la première lois au Désert, après avoir été probablement interrogé par le ministre sur le Catéchisme ' . En 1098, Fléchier déplorait l'influence des « catéchistes domcsticiues », qui détruisaient le soir îi la maison ce que les maîtres catholiques ou les prêtres avaient édifié dans la journée'. Brousson, nous le verrons, pour former l'esprit à la fois des enfants et des parents, voulait que le Catéchisme ordinaire fût lu, par sections, au culte familial.
L'Eglise romaine pensait du moins mettre son sceau sur les nouveaux-nés par le moyen du baptême. Les prêtres lirent valoir auprès de leurs nouveaux paroissiens une considération de nature à les toucher, à savoir que les réformés reconnaissaient la validité du baptême catholique, puisqu'ils n'avaient pas eu dans leurs temples l'habitude de rebaptiser leurs prosélytes. Mais l'horreur pour Rome était si forte, qu'en 1680, à la Bêbe, des religionnaires baptisèrent eux-mêmes un de leurs enfants, plutôt que de le porter au curé de Saint-Jean. Ils avaient d'ailleurs, sur ce point, enfreint la loi de leur Eglise, car d'après la Discipline, « le baptême administré par celui qui n'avait point de vocation, était entièrement nul »'. Les prédicants furent appelés plus d'une fois à administrer le baptême. Avant 1690, Jean Mazel avait baptisé quatre enfants, et dans des régions fort diverses'. En 1691, Brousson, Vivent et Gazan baptisent autour de Lasalle, et, selon l'usage réformé, pendant la célébration dun culte public'. En 1696, Roman fait de même dans une maison de Campis.