LE MARIAGE
mais l'Eglise Romaine exigeait, pour célébrer la cérémonie, que les conjoints se fussent confessés. Les N. C. furent rebelles à des exigences qui leur coûtaient trop'. Ils ne se marièrent pas devant le prêtre, soit qu'ils aient volontairement retardé les unions projetées, dans l'espoir que la liberté religieuse leur serait enfin rendue, soit plutôt qu'ils aient jugé un contrat notarié ou un consentement familial provisoirement suffisants pour léo-itimer devant Dieu la vie commune de deux fiancés. Les nécessités de la loi civile, qui ne reconnaissait pour authentiques que les unions inscrites sur les registres curiaux, amenèrent peu à peu les religionnaires à de nouvelles concessions. Brousson, dans lEpître que nous avons citée, condamnait le mariage catholique aussi durement que le baptême. Lorsque en 1G94, Papus, à son retour en France, constata (|ue ses coreligionnaires n'hésitaient plus à demander aux curés la bénédiction nuptiale, il s'adressa aux lumières du pasteur Clarion, pour obtenir de lui une nouvelle condamnation du scandale. De la Lettre que le ministre de Lausanne composa alors, et dont il était satisfait, nous n'avons plus qu'un fragment, qu'il avait recopié pour l'adresser à un protestant de Nîmes".
Clarion n'admet point que l'on aille au mariage catholique comme à une (ares politicay>, où la conscience n'est point engagée ' :
Mais prenez-y garde vous-niùmes, si vous me croyez, et n'ayez point de part à des relâchements si épouvantables, car Dieu ne regardera point à ce que le mariage est bon de la nature, et qu'il peut être administré par des ministres qui sont approuvés par le magistrat, dans des pays où l'on se peut trouver et où il n'est pas possible d'en pouvoir user autrement. Mais je vous déclare que Dieu vous punira pour les crimes énormes qu'il faut commettre infailliblement pour pouvoir obtenir la bénédiction de ces sortes de mariages, et pour la lâcheté que vous avez encore de reconnaître pour des légitimes ministres les ministres de l'Antéchrist qui sont les seules personnes à qui vous êtes obHgés de vous adresser pour en recevoir la l)énédiction. Et soyez assurés que Dieu ne laissera pas imimnie
1. Le Regfislrc cath. de Lasallc, du 15 oclobrc- 168.") au 311 dt-cembrc 1687, ne raeulionnc qu'un mariage entre Nouveaux Convertis.
2. C. 174. Dossier Papus. Voir plus haut, II, tlO. La lellre est du milieu de septembre 1694.
3. L'expression (qui nest point dans la lettre de Clarion) avait été employée par les premiers docteurs luthériens. Luther avait dit : « Le mariage est une chose temporelle. Il n'intéresse l'Eglise qu'en ce qui touche la conscience ».
378 LES PRKDICANTS PROTESTANTS
une semblable lâcheté, et que vous ne sauriez éviter d'en être reniés éternellement devant ses anges, pour avoir eu la lâcheté de le renier encore si malheureusement et si scandaleusement ou si volontairement devant les hommes. Je n'en dirai pas davantage, parce que cela doit suffire ou pour votre condamnation, si vous n'en profitez pas, ou pour votre bonheur éternel, si vous savez en profiler comme il faut.
Trois mois plus tard, le « Synode » de Montpellier examinait la question'. Mais rien ne montre mieux comment l'assemblée n'était en réalité qu'une sorte de conférence entre quelques prédicants, et combien elle était peu soucieuse de rétablir la stricte Discipline dans les Eglises. Malgré l'Epître de Brousson, et la Lettre de Clarion, les ministres furent contraints de céder au courant. La résolution qu'ils prirent supprima toutes les discussions : les pasteurs du Désert devaient refuser de bénir les mariages contractés entre religionnaires. La raison alléguée était que les contrats enregistrés chez les notaires, portaient la formule : « Ayant embrassé la R. G. A. etR., y veulent vivre et mourir «.
Nous ne savons pas d'ailleurs si, en 101)4, un prédicant avait encore béni un mariage dans le Bas-Languedoc. Roman est, à notre connaissance, le seul ministre qui ait uni deux époux suivant les formes de la Liturgie réformée, et c'était en 1G9G. En 1700, la situation ne s'était point modifiée. Les fiancés N. G. ne demandaient pas la bénédiction nuptiale à leurs prédicants. D'autre part, les prêtres catholiques ne leur accordaient celle de l'Eglise qu'à des conditions que les âmes rebelles jugeaient inacceptables. « On trouve, dit un Rapport de 1700, qui concerne le diocèse de Mende, un grand nombre de concubinages publics et scandaleux, parce que ne pouvant leur administrer le sacrement de mariage sur le peu de marques qu'il donnent d'une sincère conversion, après avoir passé le contrat de mariage ils habitent ensemble comme mari et femme ». A Sainte- Groix (Valfrancesque), Henri Blanc et Françoise Bonniol sont fiancés depuis quatre ans. Ils vivent ensemble depuis ce temps, et ils ont un enfant, « sans que tout ce qu'on leur a pu dire et faire ait été capable de les séparer ))'. Un Rapport relatif au
1. Bull. L, 345. Il y a là une nouvelle preuve que la lettre de IGOo n'est pus un document snpi)osé.
2. Rouqnette, I, p. 24 (p. 18). A la tin de 1697, Servières, de l'Hôpital (Pont de Montvert) est accusé « d'avoir une fille qui a eu un entant, pour dire qu'elle n'est pas mariée à l'éj^lise «. C. 176. Dossier de TAss. de Montcuq.