‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 234 sur 346 · LE CULTE PUBLIC · texte numérisé non relu

LE CULTE PUBLIC

Vivarais fournit la liste de 208 conjoints, « qui, après avoir passé des contrats de niariaj^e, habitent ensemble sans avoir voulu reconnaître les curés comme leurs pasteurs, ni se mettre en état de recevoir la bénédiction nuptiale » '.

Les autorités civiles entraient dans le fouillis inextricable de dillicullés, dont devait seulement les libérer, eu 1787, le célèbre Edit de Tolérance.

§5. — Le Culte public. — Les Abjurations. — La Cène.

La célébration du culte public était la raison d'être des prédicants. Pour consoler leurs frères dans des assemblées, pour leur prêcher la Parole de Dieu, pour leur distribuer la Cène, ils acceptaient une existence de misères et de dangers. Nous rappellerons simplement ici ce que ces cultes, pour la plupart célébrés la nuit, et presque toujours k la campagne, aux lieux les plus isolés et les plus sauvages, comportaient de saisissant, dimprévu, souvent de tragique. Les assemblées tenues dans la garrigue de Montpellier ou de Nîmes, dans les rochers et les chênes verts de Verfeuil ou de Lussan, sous les châtaigniers de Lasalle, du Yigan ou de Sainte-Croix de Caderles, dans les grottes de Cournonterral, de Rouville ou de Vébron, au fond des ravins inaccessibles du Clauzelet ou de la Pauparelle, sur les sommets du Pereyret, du Plan de Las Fourques, de la Lozère, du Bougés, du Liron ou de l'Espérou, et jusque dans les prairies de Meyrueis. se sont présentées à nos yeux déjà par leurs côtés mystérieux, pittoresques ou ellroyables. 11 nous reste à savoir dans quelle mesure elles ressemblaient aux services religieux auxquels les réformés du Bas-Languedoc avaient, jusqu'en 1685, assisté dans leurs temples.

Les « lecteurs », qui cheminaient porteurs de quelques sermons imprimés ou manuscrits, s'astreignaient, semble-t-il, dans leurs assemblées, à un ordre liturgique immuable. Pourtal % débutait par la Confession des Péchés, qu'il trouvait dans la Forme des Prières ecclésiastiques, imprimée d'ordinaire à la suite des Psaumes de Marot. Il chantait avec les assistants un des Psaumes, que les auditeurs savaient par cœur depuis leur

1. C. 273. Ou trouve dans le même carton le nom de cinq femmes du Vivarais « perverties par leurs maris nouveaux catholiques », qui n'entrent plus dans leség-lises depuis leur prétendu mariage.

i. Jielat. des Mcn-., p. 44.

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enfance, pi'ononçait ensuite une prière « pour implorer le secours du Saint-Esprit dans la méditation qu'ils allaient tous faire de la Parole de Dieu », lisait quelques chapitres de l'Écriture, puis un sermon, et terminait par une véhémente exhortation où il paraphrasait ses lectures. Il achevait par «une belle prière, qu'il prononçait avec une piété et une ferveur d'esprit admirables ». L'auteur de la lettre de 1693 mentionne exactement les mêmes éléments : une prière improvisée, la lecture de la Bible et d'une prédication, puis une « prière par méditation, en forme de paraphrase sur le sujet du sermon », qui s'achève par une intercession en faveur de l'Eglise désolée et des auditeurs réunis *.

Des assemblées de cette sorte étaient en tout conformes à la Discipline. Rien, dans leur célébration, ne pouvait inquiéter les soucis orthodoxes des pasteurs du refuge. Ils auraient même voulu que les prédicants n'en tinssent jamais d'autres.

Les assemblées qui provoquaient leurs inquiétudes étaient celles où les ministres du Désert prononçaient non plus seulement des prières, mais des sermons de leur composition ; celles surtout où ils distribuaient la Cène. Ils redoutaient de voir ces ouvriers inexpérimentés, malgré leur zèle et leur bonne volonté, gâter aussi bien la Doctrine que la Discipline. Certains détails, sans doute, surtout pendant les premières années, durent choquer leur amour de l'ordre. Ces prédicants qui surgissent entourés d'hommes armés, et qui, l'exercice religieux achevé, repartent le fusil au col, ces assemblées tumultueuses où le ministre « fait lever la main » à toute la foule, « qu'elle n'ira plus à la messe », ces cultes qui se déroulent, protégés par des sentinelles, cette table sainte dressée devant des apostats, qui peut-être sortent de l'église et y retourneront demain, étaient pour agiter et surprendre des ministres, dont l'attitude et les dévotions revêtaient la gravité méthodique du Grand Siècle. Cependant les prédicants, surtout quand Brousson devint leur inspirateur, apportèrent dans leurs cultes une régularité de nature à satisfaire les plus délicats. L'auteur de 1693, en décrivant minutieusement l'ordonnance d'un service public de Sainte-Cène, savait qu'il rassurerait pleinement son correspondant timoré ".

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