‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 241 sur 346 · LETTRE SUR LES ANCIENS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES ANCIENS

se jette sur vous par la mortalité ou par Vêpée, comnio les Israélites le disaient au roi d'Egypte qui voulait les empêcher de servir Dieu selon ses commandements. {Exode, V, 3) '.

Qui présidera les assemblées? Brousson a déjà laissé entendre ce que chaque fidèle pouvait faii*e dans sa propre maison. En vue de réunions plus considérables, il fournit des instructions particulières, touchant l'établissement à' Anciens et de Diacres.

Puisqu'il est nécessaire d'établir quelque ordre parmi vous, vous devez vous assembler et principalement les chefs de famille, pour choisir ceux d'entre vous qui seraient jugés les plus propres pour veiller sur la conduite de leurs frères, pour les. . . édifier et par leur parole et par leur exemple. . ., pour faire des censures à ceux qui ne se conduiront pas bien, pour consoler les allligés..., pour secourir les pauvres (ce qui est particulièrement le devoir des diacres), pour présider dans les saintes as.scmblées, pour y lire la Parole de Dieu, pour y faire les prières publiques, pour y lire aussi les Commandements de Dieu et quelques sections du Catéchisme, et faire remarquer à leurs frères, et surtout aux jeunes gens et aux personnes qui ne savent pas lire, les choses qui sont enseignées dans chaque article..., pour les interroger même là-dessus avec douceur, après que chaque article aura été lu. . . Par ce moyen..., l'Eglise de Dieu sera maintenue et édiliée, et toutes choses se feront par ordre dans la maison de Dieu.

Si important que fût le devoir des anciens, de censurer les vicieux ou de rejeter les incorrigibles, celui de présider au culte était de plus grande conséquence. Aussi Brousson avait-il rédigé une Instruction pour les exercices de piété des Eglises Réjormées de France, qui sont sous la Croix -, complément nécessaire de la Lettre Pastorale précédente. Pour les assemblées ordinaires, il conservait Tordre adopté par les pi-édicants du Languedoc : Confession des péchés. Psaume chanté ou lu, prière (composée par lui), lecture biblique. Psaume. «Si l'on a quelque Sermon, on pourra le lire, sinon on pourra continuer la lecture de l'Evangile et le chant des Psaumes ». Deux longues « Prières pour la fin de l'exercice », s'ofl'raient au choix des lecteurs. Pour les dimanches, Brousson demandait deux cultes, un le matin, lautre l'après-dînée : « Il faut que chaque exercice

1. Au débat de sa Lettre Pastorale. Brousson a déjà l'ail allusion à la mortalité «'ffroj'able qui avait accompagné en France la famine de Kil)'».

'2. Publiée dans les Opuscules, p. 217.

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soit, pour le moins, de trois heures ». Ces cultes dominicaux ne comportaient pas une Liturgie diflerente des assemblées de la semaine. Au dimanche, seulement, était renvoyée la lecture d'une ou deux sections du Catéchisme «. d'une manière posée, afin que chacun y fasse bien réflexion », la lecture aussi des Commandements de Dieu, empreinte de la même gravité, celle d'un ou deux Psaumes en prose de la Sainte Bible, comme étant très propre pour entretenir et augmenter la piété. Une liste de divers chapitres de l'Ecriture, ou de Psaumes tendant à l'instruction, la sanctification, l'humiliation ou la consolation des fidèles, accompagnait le tout. Pour les jeûnes enfin, dont la date demeurait à la discrétion de l'Eglise ou de la famille, Brousson avait préparé une série de prières, de chants, ou de lectures, qui ne comprenait pas moins de 105 strophes de Psaumes et de 37 chapitres de la Bible (tous choisis dans l'ilncien Testament). Il est vrai qu'il déclarait « qu'il y avait même en cela plus de raatièi'e qu'il n'en fallait pour un jour déjeune ». L'originalité de l'exercice ainsi proposé, consistait dans la lecture (faite et écoutée à genoux) des Psaumes oi, 74, 09, 70 et 71, 143 et 102, en prose, « en changeant le singulier au pluriel, c'est-à-dire en disant nous au lieu de moi : O Dieu, aie pitié de nous selon ta gratuité ; selon la grandeur de tes compassions eflace nos forfaits, etc. ». Chacune des lectures ainsi modifiées devait s'achever par quelques mots de piété, suivis de l'Oraison Dominicale. A cette Liturgie des jours de jeûne. Brousson emprunte les principaux éléments du culte qui doit accompagner la désignation des anciens'. « Réunis dans un esprit de paix, de chasteté, d'humilité, même avec jeûne, s'il se peut », les chefs de famille, après s'être abaissés devant Dieu, écouteront les instructions de l'Ecriture, relatives aux ministres de l'Eglise". Une prière spéciale demandera à Dieu d'inspirer lui-même le choix des personnes les plus propres pour gouverner le troupeau désolé. L'élection aura lieu ensuite. Avant de recueillir les voix, il conviendra de laisser chacun libi'e de proposer les hommes qu'il jugera les plus dignes. Brousson rappelle que dans le Nouveau Testament, le mot original que l'Eglise a traduit par « ancien », signifie en idéalité « le plus ancien », et conseille, en conséquence, d'investir de la charge sacrée, des personnes âgées. Les diacres peuvent être plus jeunes. L'élection achevée,

1. Nous revenons ici à la Lettre Pastorale mentionnée plus haut.

2. I. TimotlKk«, III ; IV, 7 à 16 : Tite, I, II : I. Pierre, IV.

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l'un des anciens, par une prière, dont Brousson propose encore les termes, demandera pour ses collcp^ues et pour lui-même, l'assistance de l'Esprit de Dieu.

Le corps des anciens, une fois élu, ne se recrutera point luimême, comme l'exigeait l'ancienne Discipline. Brousson rappelle la mondanité et la tiédeur des derniers Consistoires réguliers, pour attribuer leur décadence aux conditions défectueuses selon lesquelles leurs membres étaient élus. « Tous les chefs de famille n'ont pas moins le droit de choisir les nouveaux que les premiers, et l'un n'est pas moins important que l'autre ». Lorsque l'Eglise, d'ailleurs, aura fait choix de « bons anciens », il ne faudra point les changer sans une grande nécessité.

K Chaque Eglise, écrit le ministre au bas de ses instructions, est exhortée à communiquer cette Lettre aux P]glises voisines, et à en faire des copies exactes et lisibles. Il est nécessaire qu'elle soit lue de temps en temps dans l'assemblée des fidèles, jusqu'à ce que les avis qu'elle contient aient été suivis. »

Une seconde Lettre Pastorale, annoncée dans la première, et plus importante encoi-e, concernait le Pouvoir cl' administrer les sacrements '. » Depuis plus de dix ans, les enfants dem.eurent sans baptême, ou sont consacrés aux idoles, et tout le peuple est privé de la Cène du Seigneur, qui est le sceau de la rémission de nos péchés et le gage de notre salut. « Ce n'est pas ainsi que le peuple de Dieu doit vivre. Si Dieu permettait que son Eglise fût encore persécutée durant 20 ou 30 années comme dans le siècle passé, faudrait-il qu'elle demeurât toujours dans ce désordre ? Non sans doute ! Il faut, dans le besoin, recourir aux moyens que Dieu nous donne pour pourvoir à notre éducation. »

L'article 31 de la Confession de foi déclare d'abord que les pasteurs et anciens doivent être établis par élection, a c'est-àdire choisis par l'assemblée des fidèles ». En ce point il est coniorme à l'enseignement apostolique (Actes, XV, 23). Il légitime ensuite le ministère extraordinaire, et la Bible lui donne également raison.

Lorsque les pasteurs de l'Eglise disracl et de Juda furent tombés dans ridolàtrle, Dieu suscita extraordinairement les Prophètes... Lorsque les pasteurs de l'Eglise judaïque furent devenus mondains

i, C. 191. De la main de Brousson, cotée 32, par Pinou : Lettre d'un sereiteiir de Dieu à l'Eglise de Dieu qui est sous la Croix. Sur le pouvoir d'administrer les sacremens. Publiée in-e.\:tenso. L. Nèjîre, p. 177.

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