‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 245 sur 346 · LA DISCIPLINE DE BROUSSON EN · texte numérisé non relu

LA DISCIPLINE DE BROUSSON EN

l'administralion des saints sacreiuenls : Ir Baplciue et la Sainte Cène,

Promièreincnt. nous déclarons qu'il y a deux sortes de vocation des pasteurs. L'une qui |estj ordinaire, se fait par l'examen de la doctrine et des mœurs de l'homme qui prétend à la charge du Saint Ministère et par l'imposition [des mains |, comme celle de Timothée et Tite par l'apôtre Saint Paul.

La vocation extraordinaire est de deux sortes. L'une qui vient île Dieu immédiatement, comme celh; de Moïse, de tous les autres Prophètes et des Apôtres de Jésus Christ. L'autre vocation extraordinaire est lorsque un peuple se trouvant entièrement privé de pasteurs pour lui prêcher l'Evangile et lui administrer les sacrements, il choisit dans quelqu'une de ces assem])lées faites au nom de Notre Seigneur, quelque personnage instruit dans la Parole de Dieu, el de bonnes mœurs, auquel par la pluralité des voix [il] donne la puissance et la charge de lui prêcher la vérité de l'Evangile, de lui administrer les sacrements du Baptême et de la Sainte Cène, conformément à l'institution du Seigneur. C'est de cette vocation dont {sic) se servirent de pieux et frumentieux [lire : Mérapius et Frumentius], deux marchands qui annoncèrent l'Evangile dans les Indes.

En troisième lieu, nous déclarons que Pierre Coriès, du lieu de Nougaret, paroisse de Vialas, diocèse d'Uzès, dans les Cévennes, nous a paru un personnage de bonnes mœurs et suflîsant [suflisamment] instruit dans les Saintes Lettres pour ce temps plein de calamités, et que les fidèles, de quelque nation qu'ils soient, peuvent légitimement, à la gloire de Dieu et pour l'édification de son Eglise, lui donner la puissance de leur prêcher l'Evangile et leur administrer les saints sacrements, et d'exercer la discipline ecclésiastique conjointement avec les anciens élus aussi à la pluralité des voix, en attendant qu'il plaise au Seigneur de rétablir dans son Eglise désolée le ministère ordinaire du saint Evangile.

Fait le 13 mars mille sept cent cinq.

Sagniol, ci-devant ministre en France. Bresse, ci-devant ministre en Dauphiné. Malplacii, ministre aussi en France. Gaspard Gresse, ministre en France.

Les quatre pasteurs de Lausanne avaient cherché des exemples de vocations extraordinaires dans l'histoire de l'Eglise. Ils auraient pu alléguer à côté de Mérapius et Frumentius, apôtres de l'Abyssinie. Brousson lui-même et ceux aussi qui lui avaient montré la voie'. Les prédicants gardent l'honneur d'avoir sauvé

l. Le mot de Mérapius, emprunté sans doute à ce document, se retrouve dans les Mémoires d'Antoine Court (édition E. Hugues. Toulouse, 1883, pp. 143 et l'i"). « [En 1718] quelques personnes entreprirent de contester l'authenticité de leur mission [de Corleiz et de Court]... Corteiz qui était muni de quelques vieux parchemins qui contenaient l'approbation que quelques ministres réfujriés lui avaient

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de la ï'uine le protestantisme du Bas-Languedoc, pai* des moyens empruntés aux principes religieux les plus authentiques de la Réforme. La gloire de Brousson, tout particulièrement, est d'avoir fourni la théorie du ministère irrégulier, et codifié une Discipline, seule possible dans les temps de crise. Chaque fois que l'Eglise, persécutée, ou infidèle, sera ai'rêtée dans son œuvre, si ses pasteurs réguliers manquent à leur devoir, les protestants, revenant aux Prophètes, aux Apôtres, aux premiers Réformateurs, aux Pasteurs du Désert, revenant au Christ lui-même par-dessus les interprètes infidèles de sa Parole ou de son Esprit, retrouveront toujours, dans les inspirations directes de Dieu, l'impulsion irrésistible qui restaurera chez eux la communauté chrétienne et la foi\

donnée d'aller prêcher en France [c'est l'original de la copie ci-dessus], voulut les montrer. Mais Court s'y opposa, et prenant lu Hihle... dit que cetait là leur lettre de créance... Cependant comme de telles contradictions pouvaient être de conséquence... nos deux prédicateurs formèrent dès lors le projet de passer dans les pays étrangers pour demandera quelque Académie l'ordination en forme. Et pour s'affermir dans ce dessein. Court fit remarquer à son collègue qu'Edesius et Frumentius en avaient usé de même : qu'après avoir converti les Indiens ils avaient été à Alexandrie demander à Saint-Athanase l'ordination, et qu'après l'avoir reçue ils s'en étaient retournés auprès de leurs convertis pour affermir leur foi )'.

1. Il vaudrait la peine de comparer avec les conceptions de Brousson sur le ministère extraordinaire, les idées et l'œuvre de Wesley et de Whitctield, et celle des principaux artisans du « Réveil » religieux dans les pays de langue française au début du xix" siècle. César Malan, Félix ?s'eft", Ami Bost, Henri Pyt. D'autres rapprochements s'imposent, en des temps plus proches de nous. Qu'on lise les Fraternités de demain, de Tomy Fallot (1901). Ces quelques sermons, composés par un pasteur à l'àmc prophétique, à la veille de la Séparation des Eglises et de l'Etat, préconisent, par opposition à l'Eglise timide et mondaine, la constitution de conventicules, où tous les fidèles seront égaux et se partageront les charges d'un ministère dont ils assument la réalisation. Si différentes que soient les idées religieuses de Brousson et celles de T. Fallot, il est indéniable que les deux pasteurs se meuvent dans le même plan.

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