‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 249 sur 346 · JEAN ROQUES · texte numérisé non relu

JEAN ROQUES

Teissier, de Durfort, afïirmait courageusement, devant Bâville, « qu'il avait prêché comme un bon ininisti*e ». Les tièdes ne les admiraient point, surtout quand ils devaient exprimer leur avis devant un juge. Bonfils a prononcé un jour une « belle prédication », suivant l'un de ses auditeurs, mais un autre a trouvé « qu'il n'avait dit que des sottises, ne parlant qu'à travers champs, et ne se suivant pas dans ses discours ». Rien ne nous est parvenu de Manoël. Nous savons seulement qu'au Clauzelet, les D"" de Belcastel s'accordèrent à trouver qu'il prêchait fort mal .

Après le bouillonnement passionné des premiers mois, les admirateurs des prédicants, et les prédicants eux-mêmes, sans perdre leur vertu ni leur zèle, étaient revenus à un état d'esprit moins exalté. On n'entendit plus dans les airs, dès le mois de mars 1086, ni des roulements de tambour, ni le chant des anges. Du jour oii l'émotion fiévreuse des Cévenols ne soutint plus les improvisations de leurs nouveaux pasteurs, ceux-ci sentirent mieux leur insuffisance, et s'appliquèrent avec plus d'exactitude à prononcer des sermons pareils à ceux des ministres exilés. La prédication, d'abord tumultueuse, prit des allures plus régulières, et revint, extérieurement du moins, à la forme classique. Un « exorde » était suivi d'une « division », énonçant les parties successives du discours. Si Meirueis, d'Anduze, illettré, ce disait tout ce qui lui tombait dans la pensée », et se contentait d' « exciter les autres à prier, en répétant les passages de l'Ecriture Sainte qu'il savait », d'autres, plus instruits, utilisaient les souvenirs qu'ils conservaient des prêches d'antan.

Les dossiers de l'intendance du Languedoc vont nous permettre de préciser nos affirmations. Une étude d'ensemble des sermons qui nous restent n'offrirait pas d'intérêt. Il est plus instructif d'examiner successivement les prédicants dont les papiers nous sont restés.

§ 2. — Jean Roques.

L'ébauche la plus informe qui nous ait été conservée, fait partie du dossier de Jean Roques, l'ancien établi par Vivent au Pré de Montvaillant. Nous pouvons le mettre ici au nombre des prédicants, car certainement, si le supplice n'eût interrompu son activité, il aurait, comme Manoël qui mourut avec lui, prononcé des discours. Roques (juin 1687) fut trouvé porteur de

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« petits Psaumes », d'un livret couvert de parchemin (que nous n'avons plus) et de quelques feuillets de papier, sur lesquels il avait écrit « des prières, et un commencement de sermon »'.

L'une de ces prières, inachevée, était une oraison à l'usage des iïïgitifs\ Roques déclara que « ce que le juge appelait un sermon, était une lettre qu'il avait commencé de composer pour envoyer aux fidèles de Montpellier et de Nîmes ». Il n'est pas douteux un instant, en effet, que nous n'ayons là une composition originale. Il en subsiste deux fragments mutilés.

L'un commence par des éloges : « Vos belles vertus [et votre. . . ^] charité, sont la cause que [je prends] la plume pour vous témoigner [la douleur que j'ai] qu'il y a encore des gens

dans ce lieu [qui persistent dans] l'erreur, et l'idolâtrie »

Après ce début, Roque rappelait les soufl'rances « de ceux qui, aux dépens de leurs biens et de leur vie, font tout leur effort. . . pour retirer ceux qui malheureusement par une timidité et une lâcheté horrible ont abandonné la doctrine de Dieu et des Prophètes et Apôtres ». On notera, dans les mots qui suivaient, la douloureuse vérité de la phrase que le prédicant consacre à sa famille. 11 avait alors un frère aux galères, sa mère et ses sœurs erraient dans les bois, et la maison paternelle de Sainte-Croix de Caderles, avait été rasée*.

. ... Mesmes, nous voyons tous les jours souffrir tant de fidèles, les uns en prison, les autres en gafère, tes autres exilés, les autres hérans çà et là dans les montagnes, dans les cavernes, dans les trous de la terre, dans les lieux les plus reculés du commerce des hommes pour esviter leur rage. . . Je me puis mètre de ce nombre, en ayant ma famille dispersée. . . à la garde du bon Dieu, et il n'y a point de cruautés exercées contre nous, soit pjar enlèvement de biens ou prisons ou galères que les gens de ce lieu ne soit coupables, et surtout ceux qui exercent la justice et la police. Gela est espouvantable que ceux qui avet charge dans l'Eglize du Seigneur et quy avoit promis avec serment de l'édilier, soit ceux qui la persécutent

1. C. 16G. Le havresac de Roques ne fut pas saisi. Voir I, p. 203.

2. « Seigneur nostre bon Dieu et nostre bon Père, lu nous traites aujourd'huy comme autrefois le Père des croyants, quand tu luj' comandas de quyter son pays et son parantage pour aler au lieu que tu luj' avois préparé. Seigneur, tu nous en fais de même. Dispose nous, grand Dieu, afin que nous te suivions par tout de la manière que tu le demandes de tes véritables enfans ; donne nous. . . »

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