‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 253 sur 346 · C. 1G5. VoirI · texte numérisé non relu

C. 1G5. VoirI

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du Seigneur ; et pour vous en donner toute l'intelligence dont nous pourrons être capables, nous considérerons ces deux points le plus brièvement que nous sera possible : au premier nous verrons qui est cet homme quç l'Eternel maudit ici, et en second, nous verrons la raison pourquoi il le maudit » '. La division est toujours indiquée avec la même netteté, et précédée exactement de la même phrase.

Un sermon sur Jean. XVI, 33, comprend trois points. « Au 1^'' nous verrons l'avertissement que notre Sauveur nous donne ici quand il dit : Je vous ai dit ces choses afin que cous aj^ez paix en moi, et en 2^, le partage (s/c) que nous devons avoir dans ce monde, afin d'être les participants de cette paix ; en 3^ et dernier, la confiance que nous devons avoir en Dieu, car après avoir dit que nous aurions angoisse au monde, ajoute : mais ayez- bon courage, f ai vaincu le monde y). Colons encore la division du sermon sur Malachie, IV, 2. Elle comporte également trois points : « Au I". nous verrons quels sont ceux à qui parle le Prophète quand il dit : Or, à vous qui craignez l'Eternel, se lèvera le soleil de Justice, et en second, nous verrons quel est ce soleil, et en troisième et dernier, les grandes facultés qu'il a en lui, c'est que la santé est dans ses ailes ».

Mais lordonnance de ces débuts ne se soutient pas. Le prédicant, après sa division, continue par une phrase où il rappelle « le premier de ces points », mais poursuit son discours, sans développer strictement les idées successives qu'il a annoncées. La division nest, pour son inexpérience, qu'une façon de résumer les vérités contenues dans le texte choisi. L'exorde d'un sermon sur le Psaume GXXVI, 5, annonce deux points : « Au premier nous verrons l'elTet que produisent ces larmes, et en second et dernier, l'avantage et l'utilité que produisent ces larmes : nous moissonnerons avec chant de triomphe y». Le sermon entièrement écrit, Rocher a jugé bon d'écrire sur une feuille volante une division nouvelle : « En premier nous verrons quelles sont ces larmes dont nous parle ici notre Prophète, en 2^ et dernier les fruits et les avantages que nous devons recueil-

1. L'orlliographc de Rocher, à peine défectueuse, n';i pas été respectée dans les extraits qui suivent, pas plus que dans les citations des autres prédicants dont il sera question. Les discours sont faits pour être lus à haute voix, et les singularités de l'orthographe n'apprendraient rien sur leur valeur. Nous n'avons rig-ourcusemcnl conservé que les incorrections qui trahissent l'influence du patois, et grâce auxquelles il est possible parfois de restituer à ces fragments leur « accent » vérilaljle.

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lir de ces larmes. En premier nous vous ferons voir d'où doivent procéder ces larmes, et à l'occasion de quoi elles doivent être versées, et après nous vous ferons goûter, avec l'assistance de l'Esprit du Seigneur, la joie et la consolation qui en reviennent». Il est évident que malgré la modification apportée à la phrase d'introduction, le sermon devait demeurer intact.

Le plus curieux des sermons de Rocher (sur Jean XII, 33), est celui qui paraît le plus ancien. L'écriture en est la plus effacée, et lorthographe la plus défectueuse. Tout le début est d'une naïveté délicieuse et d'une franchise qui désarme toute critique. Ce chrétien convaincu, qui reconnaît son insuffisance, et qui cependant sait bien qu'il offre à ceux qui lécoutent la vraie nourriture de l'àme, cet homme un peu plus cultivé que la masse de son auditoire, qui, parlant sur la lumière^ croit devoir dire tout ce qu'il sait sur le soleil, « ce bel astre », et sur la lune, fingéniosité, l'habileté et l'à-propos de son exorde, tout dans cette page charme et ravit celui qui consent à s'y livrer simplement'.

Frères bien aimés en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous savez sans doute comme autrefois le peuple d'Israël deniura catif en Egitte l'espace de quatre cents ans ; mais après que le temps que Dieu avait déterminé pour la délivrance de ce peuple fut accompli. Dieu envoya son serviteur Moïse pour parler au roi Pharao, pour lui dire de laisser aller son peuple en liberté. Mais ce roi barbare et cruel ne volut point obéi au commandement que le Prophète lui faisait de la part de f Eternel ; au contraire, il endurcit son cœur de plus en plus, et Dieu, voyant l'ingratitude de ce roi, envoya une armée de sauterelles qui broutèrent toutes les campagnes des Egyptiens, mais encore cet impie tyran ne volut point obéi à la parole de l'Eternel, et Dieu irrité de cela le châtia de plusieurs autres plaies, comme de mouches, de grenouilles, de poux, et les ténèbres qu'il fit venir sur tout le pays d'Egitte ; mais encore ce monarque ne pouvant être dompté par ces plaies, Dieu envoya l'ange destructeur qui lit mourir tous les premiers nés d'Egitte tant des hommes que de . bètes, même jusques au lils du roi qui, après lui, devait être assis sur le trône. Mais de toutes ces jilaies dont Dieu visita ce peuple il n'y en avait pas de plus triste que celle de ténèbres que Dieu envoya sur ce pays. Il n'y en avait pas, soumisemble-, de plus ailligeantes

1. Quelques-uns des fragments qui suivent ont été publiés déjà par M. Lelièvre (De la Révocation à la Révolution, p. 408) à qui nous les avions communiqués. D'autres par \). Benoit {Evangélisle, 8 nov. 19(11), qui a dépouillé le dossier de Rocher.

i. Ce me semble. Eu patois : Aisso mi semble.

que celles de la privation de ce bel astre que Dieu leur avait donné pour les éclairer. Vous voyez que lorsqu'il arrive quelque jour qui se lève de brouillards ou de vapeurs, qui empêchent que ce soleil ne peut répandre ses rayons sur notre horizon, nous sommes tout pleins de chagrin et d'inquiétude dès que ce bel astre ne nous éclaire pas de sa lumière. Il semble que la terre soit en deuil dès qu'elle n'est pas illuminée des rayons de ce soleil. Outre encore que le soleil a la faculté de faire produire la terre et de la rendre fertile, car sans le soleil la terre ne produirait point de fruits. La lune aussi ne donnerait aucune lumière, car la lune n'a point de clarté qu'elle n'ait empruntée au soleil. C'est donc ce soleil qui fait produire la terre, qui fait croître les plantes et qui leur fait produire et leurs fruits et leurs fleurs. Jugez, mes frères, si les Egyptiens n'avaient pas suzet d'être aflligés, se voyant privés d'un si grand et d'un si glorieux avantage. Il est vrai qu'il y avait un endroit qui s'apellait la terre de Gossen, que Dieu avait choisi pour retirer son peuple, où Dieu les faisait encore jouir de la lumière du soleil, tandis que TEgitte était en ténèbres.

Voilà, mes frères, un emblème de ce qui nous arrive aujourd'hui dans la France. Il est vrai que les ténèbres de l'Egitte étaient bien différentes de celles de la France, car en Egitte ils n'étaient privés que du soleil de la nature, dont nous jouissons encore. Ils n'avaient pas cet avantage d'être éclairés de la lumière divine, mais nous, dans la France, nous avions ce soleil de Justice, Jésus-Christ Notre Seigneur cet Orient d'en haut qui portait la santé en ses ailes. Mais maintenant s'est éclipsé du milieu de nous. Il ne donne plus sa lumière et ne nous favorise plus de ses grâces. Ces villes et ces lieux qui autrefois éclairaient tout en gloire et en esplendeur, maintenant sont devenus des Egiltes ou des Sodomcs tout enveloppées de fumée ; on n'y entend plus la voix de l'époux ni de l'épouse, on n'y entend plus la voix de la vérité. Le mensonge y crie à plein gosier, et semble qu'il triomphe tout à fait de la vérité. Il est vrai, mes frères, qu'il y a encore ici comme une autre Gossen, où Dieu fait encore jouir de quelque petit rayon de cette lumière divine. Non pas qu'il éclaire de toute sa force, car c'est comme quand le soleil est otfusqué par le nuage. Je veux dire que nous, qui sommes ici, qui vous prêchons cette Parole, nous ne pouvons pas vous entretenir de matières de théologie. Je veux dire que nous ne pouvons pas vous expliquer cette sainte Parole comme autrefois vos menistres. Mais suivant les lumières que Dieu nous en a données, nous vous entretiendrons de sa Parole. Nous sommes comme de petits lugminions (sic) fumants, mais il ne reste pas que par le moyen de cette lumière, si vous la voulez suivre, que vous ne parveniez au Royaume desCieux ; si vous suivez cette lumière, vous pouvez vous conduire dans le désert de ce monde, en attendant que Dieu rallume ce divin flambeau. Autrement, si vous ne suivez cette lumière qui vous éclaire maintenant

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