‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 254 sur 346 · ANTOINE ROCHER · texte numérisé non relu

ANTOINE ROCHER

VOUS ne pourrez quclombcr dans les ténèbres. Notre Seigneur Jésus nous y avertit dans les paroles de notre [texte]. Encore un petit de tempft, dit-il, la lumière est avec roHs, cheminez tandis que vous avez la lumière, (te peur que les ténèbres ne vous surprennent, car qui chemine en ténèbres ne sait oit il va. Voilà, mes frères, les paroles que nous avons choisies pour servir de sujet à cette présente méditation, moyennant l'assistance de l'Esprit du Seigneur. Et pour vous en donner toute rinlelligcnce dont nous pourrons être capables, nous y considérerons ces trois points le plus brièvement qui nous sera possible. Au pnnnier, nous verrons raverlissemenl que Notre Sauveur nous donne ici, quand il dit : Encore pour un petit de temps la lumière est avec vous. Et en second, les avantages cjne nous devons recueillir, conçus en ces mots : Cheminez tandis que vous avez la lumière. Et en troisième et dernier, il nous veut faire voir pourquoi nous devons marcher en cette lumière ; c'est afin que les ténèbres ne vous surprennent, car, dit-il, qui marche en ténèbres ne sait où il va.

Après avoir commencé sur un ton si simple, le prédicateur vers la fin du sermon, hausse la voix, et c'est encore lui qui nous fournit l'exemple le plus frappant de la vigueur avec laquelle les prédicants surent fouetter les consciences rebelles. Combien sur ce point Bringuier nous paraît inférieur à lui !

O mon Dieu, lue direz- vous, que nous dites-vous ? Pounjuoi nous voulez-vous artliger de cette manière ? Pourquoi ne nous donnezvous de meilleures espérances ? Mes frères, ne a^ous flattez pas sur cela. Si vous méprisez la patience du Seigneur, il est certain qu'il retirera entièrement sa grâce de vous... Et ainsi, lîdèles, je vous annonce aujourd'hui de la part de Dieu, que si vous ne prolitez pas de cet avantage qu'il vous fait, de vous illuminer de sa lumière, vous serez enveloppés par les ténèbres. Etant dans les ténèbres, que pouvez-vous attendre que de tomber dans les abîmes de la mort et de la condamnation éternelle ? car les gages du péché, cest la mort.

Oui, misérables que vous êtes, vous qui allez à la messe, vous cruciliez votre Sauveur, vous qui ne vous contentez pas d'y aller, mais encore, au lieu de détester cette idolâtrie, allez encore vous présenter devant ces faux docteurs, pour aller confesser vos péchés, et encore êtes bien si aveugles que de croire de ne faire pas péché. Vous ne pouvez pas dire que vous n'alliez contre le commandement de Dieu, qui dit : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et travaillés et Je vous soulagerai. Vous ne pouvez pas ignorer que lorsque vous vous présentez devant ces gens là, que vous ne commettiez une grande idolâtrie ? car vous dérobez la gloire de Dieu, pour la donner à l'homme ! Vous servez à la créature et abandonnez le Créateur ! Et ainsi, éveillez-vous, misérables, ouvrez vos yeux et voyez : les ténèbres vous ont déjà surpris. Je vois, si vous n'y prenez pas garde, que

VOUS VOUS précipitez dans l'abîme de la mort éternelle. Et ainsi, mes frères, aujourd'hui que Dieu vous fait voir la lumière de sa loi, par lequel vous pouvez voir vos taches, lavez ces taches par des larmes de votre repentance, afin de nettoyer toutes vos laideurs.

Vous qui n'avez pas encore confessé, et qui ne vous êtes pas présentés devant ces séducteurs, gardez-vous bien d'en approcher et regardez-les comme des anges de Satan qui travaillent à vous entraîner dans les abîmes. N'en faites jamais rien, quand il vous en faudrait perdre la vie et tous vos biens.

Et vous, pauvres âmes qui avez été si malheureuses que de vous présenter -devant ces gens là pour leur ouvrir votre cœur, pleurez incessamment votre péché, afin que par ce moyen vous puissiez faire votre paix avec Dieu. Ne vous endormez pas sur cela, car vous n'avez qu'un pas à faire pour passer plus outre. Vous ne pouvez que tomber tout à fait dans la sécurité charnelle. Si vous passez plus avant, et que vous vous portiez à cette extrémité de prendre cette hostie, il ne vous faut plus attendre de grâces du ciel, car vous aurez péché contre le Saint-Esprit, et vous savez que le péché contre le Saint-Esprit n'est point pardonné, ni en ce siècle ni en celui qui est advenir. Ainsi, fidèles, ne passez pas plus outre ; arrêtez-vous sur le seuil d'une maison si dangereuse, afin que par ce moyen vous puissiez encore être regardés de Dieu comme ses enfants, et être du nombre de ceux qui ont droit à l'héritage des Saints en la lumière '.

Rocher portait sur lui, avec ses sermons, tout un cahier de longues prières qu'il avait copiées sur quelque livre de piété ■. Sur un second cahier, il en avait transcrit une autre, entièrement composée de paroles bibliques, choisies particulièrement dans les Psaumes. Mais sa piété pouvait se passer de ces appuis extérieurs. Ses prédications se terminaient par une courte prière, où il savait ramasser en quelques requêtes pressantes toutes les instructions du discours. A'^oici comment s'achève le sermon sur Le Soleil de justice (Mal., IV, 2).

Nous te remercions. Seigneur, de la grâce que tu nous fais, de pouvoir entendre ta sainte et divine parole. Grave-la profondément

1. On trouvera aux Pièces Justificatives, un extrait du sermon sur Jean, XVI, 33, et l'exorde et quelques développements du sermon sur le Psaume CXXVI, 5, tout aussi caractéristiques. Les cinq sermons que nous avons mentionnés, bien que dans quelques-uns la dernière phrase demeure en suspens, sont cependant achevés. Le dossier contient les exordes de deux prédications sur Luc, XIX, 41, 42 et sur le Psaume CXXV, 1.

2. Sur la connaissance et le repentir de nos péchés ; Pour écarter les malheurs que nos péchés méritent ; Pour demander une ferme foi ; Pour l'humiliation du cœur sous la Providence dioine ; Pour la délivrance et le repos de l'Eglise ; Pour un malade ; Pour dire avant de participer à la Sainte Cène ; Elévation d'esprit à Dieu dans la maladie: el quelques autres.

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dans notre cœur, afin que, pur ce moyen, nous soyons portés à t'aimer et à te servir dans tout le temps de notre vie. Puisque tu viens de nous apprendre, ô notre bon Dieu, (pi a ceux qui craignent ton nom se lèi'era le soleil de justice, et santé sera dans ses ailes, faisnous cette grâce, ô bon Dieu, que nous ayons cette sainte crainte, afin d'être favorisés de cette glorieuse lumière, afin d'être guéris de notre maladie spirituelle, puisque ce soleil a la faculté de porter la santé en ses ailes. Fais, grand Dieu, que ses divins rayons percent entièrement nos ténèbres, (pi'il dissipe tous les obstacles et tous les empêchements qui se pourraient opposer à notre salut. Détruis tous les conseils et toutes les entreprises de nos ennemis, lorsqu'ils consultent notre perte et notre ruine, et nous fais cette grâce d'être toujours secourus et aidés par ton Saint-Esprit.

Rien n'est plus sain, dans son respect de la tradition protestante, que cette foi éclairée et vécue. Les pasteurs des Gévennes qui avaient formé leurs chantres à une telle piété, méritaient mieux que les violents reproches dont Brousson en 1688 poursuivait leur activité passée. Les prédicants qui remplaçaient les ministres exilés, disaient encore avec quel sérieux ceux-ci avaient nourri leur troupeau de la Parole de vie.

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