Aux p. J
2. Vivent avait prêché, nous le savons, sur le même sujet en août 1689, mais rien absolument ne nous porte à penser que le sermon de Gazan soit une copie de celui de Vivent.
Nous y trouvons, au début, des réminiscences du sermon de Du Moulin sur Jésus dans la tempête ; ailleurs, un mot et quelques expressions qui sont empruntées probablement à une prédication sur l'Arche de Noé, symbole mystique de l'Eglise ; ailleurs encore, sur la femme de Lot, un développement qui provient également de quelque sermonnaire. Mais il ne s'agit plus ici de copies. Les phrases que la mémoire du prédicant met à sa disposition sont agencées dans un ensemble qui n'est qu'à lui. Il n'y faut point chercher un ordre rigoureux. Un semblant de division suit l'exorde, mais la phrase consacrée n'annonce qu'un point (la volonté qii Abraham avait d' obéir à Dieu), lequel d'ailleurs est strictement développé. Le reste esi, une succession d'exemples, de raisonnements de controverse, d'appels vibrants, qui se lisent encore avec un intérêt véritable, tant il est vrai que l'action est la qualité foncière d'un orateur, et qu'une foi débordante transfigure et illumine les paroles les plus incorrectes. On pourra lire plus loin, in extenso, les pages de Gazant Avec celles de Rocher elles nous ont conservé le plus impressif souvenir de la prédication populaire au Désert. Bien qu'il soit vain d'établir une comparaison entre les deux prédicants, on peut dii'e que Gazan manifestait plus de puissance encore et plus d'intimité que son prédécesseur. Qu'on en juge par ces quelques phrases, par lesquelles nous prenons congé de ce La Jeunesse, cardeur de Saint-Marcel de Fonfoulhouse, qui après avoir prêché sept ans dans les Cévennes et la Guyenne, devait, plus heui'eux que tant de ses compagnons, échapper au supplice, pour aller mourir en exil, pasteur dans le Brandebourg.
Hélas ! où passerions-nous, misérables, si Dieu venait à nous abandonner? Sachez que lorsque nous aurions perdu Jésus Christ nous n'aurions plus rien à perdre. Venez doncques, pauvres pécheurs, venez, pauvres âmes désolées, venez en pleurant et en demandant grâce à votre Dieu, venez vous pendre à ses oreilles, venez pleurez à ses pieds. Il est prêt de vous reccA'oir en grâce. Ce sang qui s'est versé sur le grand sacrifice de la croix, il est pour vous les effacer, et pour certain il les vous effacera, pourvu que vous vous abandonniez entièrement à lui.
Mais vous, blasphémateurs et hypocrites, où passerez-vous ? Et vous, libertins, profanes et mondains, ivrognes, gourmands, paillards, larrons, avaricieux, idolâtres, qui avez renoncé entièrement à Dieu et à ses commandements, où passerez-vous ? Où fuirez-vous ?