BROUSSON PREDICATEUR
Vouss ne trouverez point de lieu, pauvres âmes perdues ! Je vois le diable, l'Enfer, la mort, que tout est prêt pour te prendre ! Oui, oui, tous les démons de l'enfer qui sont à la porte et qu'ils languissent de t'empoigner ton corps et ton ;\me ! Tu n'auras jamais plus de repos, ni jour ni nuit. Non, tu ne verras jamais ni clarté ni lumière, si tu demeures plus dans tes vices et dans tes péchés !
Venez encore, pauvres âmes désolées, je vous veux consoler. Ne restez plus dans la grandeur de vos crimes. Repentez-vous, sachez que Dieu est prêt pour vous recevoir en grâce. Même, les larmes que vous avez versées ici dans cette sainte assemblée, sont montées dans ses vaisseaux. Oui, pour certain. Dieu les vous a entendues. Même les anges se réjouissent dans le Ciel, de voir votre venue ! Oh ! la glorieuse journée, qui est aujourd'hui pour vous. Oh ! le délicieux terroir qui se prépare pour vous, si à ce jourd'hui vous renoncez entièrement à vous-mêmes [et] que vous ne péchez plus !. . .
§ 4. — Claude Brousson.
Nous serons bref relativement à la prédication de Brousson : il est inutile de répéter ce que Douena déjà dit excellemment \ Il a jugé Brousson prédicateur d'après les 21 sermons publiés à La Haye dans les trois volumes de la Manne Mystique (1695), et nous n'avons rien trouvé aux Archives du Languedoc qui nous oblige à modifier sensiblement ses appréciations. Le dossier de Brousson (G. 191) contient o sermons manuscrits antérieurs à 1694. et qui n'ont pas trouvé place dans la Manne Mystique ', 8 sermons manuscrits qu'il a prêches en Hollande, à Lyon, dans le Vivarais ou dans les Cévennes de 1696 à 1698*. et 8 des 12 Lettres Pastorales sur le Cantique des Cantiques, qu'il avait fait imprimer à La Haye en 1697. Il est vain de chercher dans ces pièces inédites *, des considérations nouvelles.
Nous renvoyons donc au IP volume des Premiers Pasteurs du Désert, les lecteurs qui voudraient mieux connaître les apostrophes ardentes, pénétrées d'expressions des Prophètes ou de l'Apocalypse dont Brousson déborde contre Babylone, l'Eglise
1. Douen, II, 3i3. Voir égalemenl : Mourgue, Etude sur la Manne Mystique du Désert. Paris, 1892.
2. Et aussi 8 sermons [manuscrits], déjà imprimés dans la Manne Mystique.
3. En même temps que deux analyses, où Brousson a résumé deux prédications des mmistres Du Viviers et Candomer, prononcés à La Haye le 3 août 1697 (jour de jeûne probablement).
4. Un des sermons qui se retrouve dans le Dossier a été publié Bull. XIV, 30, d'après une copie retrouvée à Nîmes. Sur la sainteté des élus (Psaume XV, 1).
persécutrice, « la communion du Diable et l'empire de l'Antéchrist », ou entendre les menaces terribles qu'il brandit, au nom de la Parole de Dieu contre les infidèles, les lâches, les tièdes ou les timides. On a vu que dès 1684, il était possédé déjà de la conviction (judaïque d'ailleurs) que toute épreuve est un châtiment. La dragonnade était pour lui, religieusement, une manifestation de la justice divine contre une Eglise déchue. Devenu pasteur, il ne devait point épargner cette affirmation à ses auditeurs. Un sermon tout entier, sur un texte d'Ezéchiel (IX, 4-7) leur rappelait que Dieu détruirait « la Jérusalem mystique et idolâtre », et que le jugement devait commencer par la maison de Dieu ^ . Lors donc que Brousson faisait retentir ses appels (dont Douen a également relevé la puissance) à la repentance, à la prière, à la santification (comme il disait et écrivait), ce n'était point seulement parce que la vérité éternelle exigeait que l'homme s'arrachât à la superstition et au mensonge, mais parce que le réveil religieux de l'Eglise de France devait être suivi nécessairement de sa libération extérieure et de son triomphe.
Nous ne retoucherons les conclusions de Douen que sur un point. Ce sera pour insister sur le caractère réaliste que revêtent, dans la prédication de Brousson, ses espérances religieuses.
Après avoir sondé les mystères des prophéties à la suite de Jurieu, Brousson s'était convaincu, dès 1688, que la résurrection des Deux Témoins tués par la Bète (Apoc, XI) marquerait le début de la ruine de Babylone. Quand la Bible serait répandue et obéie à nouveau, que des pasteurs (ou à leur défaut des prédicants) se lèveraient pour vivifier les Eglises mortes, que les vrais fidèles se consacreraient entièrement à Dieu, Dieu à son tour, par des catastrophes mystérieuses, qui pourraient s'échelonner dans le temps, écraserait de ses jugements tous les ennemis de sa gloire. La forme proprement apocalyptique de cette attente domine dès lors toute la pensée religieuse du pasteur.
La conquête de l'Angleterre, arrachée pour toujours au catholicisme par Guillaume, était un de ces rétablissements partiels qu'avait escomptés l'interprète des Ecritures. 11 attendait contre la France idolâtre une sentence pareille. En 1690, il ne déterminait plus « le jour ni l'année» de la délivrance, mais il tenait que la Babylone mystique était à la fin de son règne. En 1691, il voyait le signe « des grandes révolutions qui vont arriver