RÉALISME APOCALYPTIQUE DE BROUSSON
sances oublieuses. Aux peuples qui abandonneraient les intérêts de la Jérusalem mystique, il annonçait que Dieu « les priverait de ses bénédictions temporelles, de sa force, de son secours, des Protecteurs et des Libérateurs qu'il leur avait suscités, et du pur et salutaire ministère de sa parole »'.
Mais il n'abandonnait rien de la certitude de ses visions d'avenir. En 1698, quand tout espoir semblait perdu d'une intervention eflicace des alliés en faveur des réformés de France, son espérance en Dieu n'éclatait que plus ardente. Si elle ne conservait plus, désormais, comme dit Douen, « qu'une forme vague et indéterminée », il faut cependant aflirmer qu'elle ne consentait point à se reporter à un temps lointain et problématique, ni à se résoudre (comme dans la prédication de Rocher, de Colognac ou de Gazan), en une simple assurance du triomphe des âmes individuelles dans une vie d'outre-tombe. Elle s'attachait aux moindres apparences, pour se convaincre toujours que le salut était proche. Les prophètes du Yivarais et du Dauphiné, la piété des Cévenols fidèles, la désolation matérielle du royaume, l'état d'esprit de certains catholiques romains « qui se désabusaient des superstitions les plus grossières, et écoutaient les gémissements de ses pauvres frères », la menace imminente d'une nouvelle guerre étrangère, fournissaient à son espérance indéfectible un corps nouveau. « Espérez, disait sa dernière lettre (17 août 1698)', qu'encore une fois on verra la force et la gloire du Seigneur dans son sanctuaire, et au milieu de notre Patrie, car il me paraît que les campagnes y sont déjà blanches pour moissonner». Quelques mois plus tôt, au plus fort de la persécution qui dévastait à nouveau le Bas-Languedoc, le dernier sermon qui nous reste de lui avait encore affirmé à ses auditeurs qu'ils seraient témoins des dispensations miraculeuses de leur Dieu'.
Dieu ne laisse pas toujours ses fidèles dans l'oppression
Après qu'il les a affligés il les console. Après qu'ils ont été abattus, il les relève et les met dans un état renommé sur la terre. . . Alors ceux qui ont été dans la misère pour le service de leur Dieu, seront comblés de ses biens et de ses bénédictions. Mais ceux qui lui ont
1. Considérations sur le rétablissement de la Jérusalem mystique (Opusc, p. -256).