‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 272 sur 346 · Opusc, p · texte numérisé non relu

Opusc, p

3. Sermon prêché près de Saint-Hippolyte, le 17 mars 1698. (Jérémie, XVII, 5, 8) (inédit). C. 191.

4ii LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

été infidèles pour jouir des biens et des vanités de ce siècle, ne s'aperçoivent point du bien que Dieu fait alors, [ils] sont au contraire dans la misère et portent des marques de [la] colère [et] de la malédiction de Dieu.

.... Dieu achève maintenant de repurger son Eglise, et il paraîtra maintenant qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Mais après que Dieu aura repurgé son Eglise, le germe de l'Eternel, comme dit Esaïe IV, sera plein de noblesse et de gloire, et le fruit de la terre pleinde hautesse et d' excellence pour ceux qui seront réchappes d'Israël. . . Quand le Seigneur aura lavé Vordure des filles de Sion et aura essuyé le sang- de Jérusalem du milieu d'elle, en esprit de jugement et en esprit de consomption por feu, c'est-à-dire après que Dieu aura fait passer son peuple par un feu d'épreuve, qui consumera les profanes et qui épurera les fidèles, toute son Eglise sera sainte, précieuse à ses yeux, et couronnée de gloire. . .

Alors [le Seigneur] fera voir la différence qu'il y aura entre celui qui le sert et celui qui ne l'aura point servi, entre les fidèles et les déloyaux. Alors les fidèles mangeront, mais les déserteurs de l'Eternel auront faim, alors les fidèles boiront [et les infidèles auront soif], alors les fidèles se réjouiront [et les infidèles ? seront honteux], alors les fidèles se réjouiront avec chant de triomphe pour la joie qu'ils auront au cœur, mais les profanes et les déloyaux crieront par la douleur, et hurleront à cause de la froissure de leur esprit, et laisseront leur nom aux fidèles pour s'en servir dans les exécrations. [Esaïe, LXV, 13].

Et après que Dieu nous aura bénis sur la terre, après qu'il nous aura fait goûter ses consolations, qu'il nous aura fait voir sa délivrance, et comblés de ses biens, il nous élèvera dans le séjour de la gloire et de l'immortalité, où nous lui rendrons éternellement nos actions de grâce, et où nous célébreront éternellement son nom.

Brousson n'a jamais douté que les âmes pieuses ne dussent voir, des yeux de la chair, sur le sol de la patrie, la puissance de Dieu rétablissant l'Eglise, et confondant les impies. Tout imprégné du réalisme des anciens Prophètes et de l'Apocalypse, de ce réalisme que la critique du Nouveau Testament a retrouvé d'abord dans rKglise chrétienne primitive, et qu'elle retrouve maintenant dans la prédication de Jésus lui-même, il n'a point consenti à renvoyer au monde à venir, la réalisation de la Justice. S'il a parlé aux fidèles, et constamment, de la possession du Ciel, il a salué par avance, comme le Christ, « le Royaume de Dieu » sur la terre, et en a attendu, sans une défaillance, l'avènement certain. Pas plus que le visionnaire Jurieu, il n'a voulu être de ceux qui prétendent « qu'il n'y a

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Altoguaphe de Cl. Buousson

Fin (lu dernier sermon qu'on possède de lui

(Arch. Lang-u. C. IDI. Voir pp. -223, 'M)

LA CONTROVERSE DE lîROUSSON t45

point d'autre règne de Jésus-Christ, que celui de gloire dans les Cieux » '.

Cette assurance absolue du triomphe temporel de la vérité, qui revient dans toute sa prédication, en constitue proprement la puissance et la foncière originalité. C'est par là que dans la « monotonie » de ses appels, comme l'a dit Douen en un mot que nous nous approprions entièrement, « elle touche au sublime ».

Il faut reconnaître assurément, ceci dit, que le contenu des Sermons de Brousson, aussi bien que les arguments dont il use, ont singulièrement vieilli. Mais les courts extraits que nous avons donnés de Merlat n'ont-ils pas appris déjà aux lecteurs qui l'auraient ignoré, combien la prédication protestante au xvii^ siècle demeure étrangère à nos habitudes d'esprit ? Brousson, s'il n'aimait point qu'un pasteur introduisît dans ses discours ni la philosophie ni des ornements empruntés aux Lettres mondaines et profanes, reste de son temps par l'abondance de ses citations bibliques, et par la prédominance qu'il accorde aux discussions dogmatiques. Il prêche les « matières du salut», et ne redoute point d'engager devant son auditoire des controverses subtiles.

.... Comment pourrions-nous manger sa chair [de J.-C] de la bouche du corps ? J.-G. n'est-il pas maintenant dans le Ciel, à la droite de Dieu son Père, et ne faut-il pas que le Ciel le contienne jusqu'au rétablissement de toutes choses ? Nous ne pouvons donc nous unir à lui que par la foi, et c'est par son esprit qu'il s'unit lui-même à nous, pour nous rendre participants de la vie et de l'immortalité.

Comment pourrions-nous boire son sang de la bouche du corps ? Le sang de J. C. est-il encore séparé de sa chair, comme il l'était sur la croix et comme il nous est représenté dans la Sainte-Cène qui est le sacrement [...] le signe sacré, la représentation et le mémorial de sa mort ? Son corps n'est-il pas maintenant entier et vivant dans le Ciel, et l'Ecriture ne dit-elle pas que J.-C. ne meurt plus et que la mort n'a plus de pouvoir sur lui ?

Il est vrai que l'Eglise romaine dit que lorsque le pain est changé, le corps de J.-C. n'est pas sans son sang, et que son sang n'est pas sans son corps. Mais J.-C. ne parle pas ainsi. Il ne dit pas que le pain soit son corps et son sang tout ensemble, ni que le vin de la coupe soit son sang et son corps tout ensemble. Mais il dit que le pain rompu est son corps rompu, et que le vin de la coupe est son

l. Voir plus haut, 1, 222.

LES PREDICANTS IMIOTESTANTS

sang répandu. Il ne nous dit pas non plus que pour avoir la vie éternelle il faille manger sa chair avec son sang tout ensemble, et boire son sang avec sa chair conjointement. Mais il dit qu'il faut manger sa chair et boire son sang. S'il fallait donc prendre les paroles de J.-G. et de Saint Paul dans un sens littéral et grossier, il faudrait que son corps fût aujourd'hui rompu et que son sang fût répandu dans la Sainte-Cène et réellement séparé de son corps, et en même temps il faudrait réellement manger et briser la chair de la bouche du corps, la briser avec [les] dents et boire son sang séparément. Toutes lesquelles choses ne se pourraient faire sans le faire de nouveau mourir tous les jours, ce qui pourtant n'est pas selon l'Ecriture 1.

C'était là le langage familier aux pasteurs du temps, et Brousson avait entendu des argumentations pareilles dans les chaires de Castres ou de Castelnaudary.

Un autre caractère de sa prédication, le premier même qui frappe un lecteur moderne, et qu'on pourrait penser, par suite, lui appartenir en propre, c'est un extraordinaire abus d'images ou de paroles de l'Ancien Testament prises en un sens symbolique, ou comme il dit, « mystique » ^ Non seulement les versets du Cantique des Cantiques mais les cris des Prophètes, la description des cérémonies juives, lui fournissent autant de «types», dont il retrouve le vrai sens dans l'Evangile ou dans la vie de l'Eglise. Ici encore, cependant. Brousson est l'héritier de la tradition. Les pasteurs de Hollande lui reprochaient « des explications mystiques trop poussées et exagérées », mais ceux des ministres réguliers qui lui ressemblaient le moins, usaient de la même méthode que lui. Merlat, dans le sermon qu'avait essayé d'abréger Colognac, engageait ses auditeurs « à combattre les Philistins spirituels qui sont les démons », et montrait « le vrai David mystique déjà en campagne avec sa fronde, prêt à briser la tête au géant. Je veux dire J.-G. avec sa nature humaine, écrasant par ses travaux et par ses souffrances la tête du serpent ancien ». En 1670, le professeur Girard des Bergeries avait publié à Genève un volume intitulé : Moïse sans voiles, ou

i. N» 19 de la Manne Mystique, I. Cor., X, 16, 1" : La communion au sang de Christ. La minute est conservée dans le Dossier Brousson. Le sermon a été prêché en particulier aux Sognes le 1" octobre 1691, devant le jeune Louis de Bagars.

2. Voir Douen, II, 359. Voici un exemple saillant : « L'ordre de manger Tagneau pascal tout entier, tête, jambes et entrailles, marque que pour avoir part au salut de J.-C, il faut être participant de ses lumières (la tête), suivre ses traces (les jambes) et être animé d'e son esprit (les entrailles) ».

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