‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 30 sur 346 · Allusion à Luc, XXII · texte numérisé non relu

Allusion à Luc, XXII

2. Pap. Court, 17, B, f° 96 : Notes d'un Anduzien qui s'était trouve dans la ville au moment de l'affaire. Nous lui avons emprunté quelques détails.

3. Fille d'un S"^ Gras. Interrogée le 6 décembre. Elle a quarante ans. G. 172.

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ses voisines, sut que Gay avait été reçu chez elles (mars 1692). C'est chez elles aussi que le prédicant devait être pris.

Le 17 décembre, à six heures du matin, un détachement de neuf soldats de Villevieille, de la p^arnison de Lasalle, entoure le mas de Maliestre. Sur la porte, le lieutenant se heurte à Gay lui-même qu'avaient averti les aboiements du « chien de parc » (le chien de berger). Gay, sans armes, essaye vainement d'écarter l'oHicier qui l'a d'abord saisi par la cravate et lui appuie la pointe de l'épée à l'estomac. Dans diverses chambres sont arrêtés sans résistance : Gompan qui suivait Gay, la femme de Daudé, sa fille, et la femme de Pierre Soulier, le rentier du mas. Deux t( abresacs » trouvés sous le chevet du lit où avaient couché les deux fugitifs, et qui contenaient chacun une écritoire, des livres défendus et des manuscrits, les désignaient assez pour ce qu'ils étaient ; mais, sans attendre de paraître devant un juge, ils déclarèrent au lieutenant qu'ils voulaient mourir de la religion protestante, qu'ils étaient prédicants, et qu'ils faisaient des assemblées « tous les jours, quand ils ne seraient que quatre de leurs frères ».

Les prisonniers furent emmenés à Saint-IIippolyte *. Seule, devant le subdélégué Daudé, la femme Soulier nia obstinément avoir vu les prédicants, allirmant que « si elle avait voulu avoir commerce avec ces sortes de gens, elle ne se serait point mariée ». La femme de François Daudé ne cacha pas ses convictions. Elle avait sans doute « confessé et communié à l'église de Lasalle » mais elle n'était point convertie pour cela. «( Elle ne sait à quoi Dieu l'a décrétée ; tant qu'elle sera en prison elle ne peut s'expliquer, mais pourtant elle ne peut trouver son salut dans la religion catholique, et n'en veut pas être, et prie Dieu de lui faire la grâce de mieux faire à l'avenir qu'elle n'a fait dans le passé ». Sa fille dit de même. «Elle ne veut plus retourner à l'église, Dieu ne veut pas quelle y aille ». En vain le subdélégué lui remontre qu'elle encourt la peine des relaps, et que les assemblées sont convoquées par des scélérats, elle répond « qu'elle ne va pas aux assemblées, qu'elle irait si elle en savait [connaissait], et que Dieu le veut ainsi et non autrement; mais que pour aller à l'église, elle ne veut plus y aller »•

Les deux prédicants nièrent avoir eu part aux meurtres des Cévennes. Gay ne savait plus rien de l'alfaire de Gautier, ni de

1. C. 172. Dossier Gay et Compan. Les interrojyatoires des prédicants sont du 21 décembre.

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l'assassinat de Bagars. Compan ne voulut se reconnaître aucune complicité dans l'attentat dirigé contre le vicaire de Soudorgues '. Il semble bien cependant que Gay avait guidé dans la montagne les assassins de Gautier après la mort de celui-ci, et que Compan, s'il n'était pour rien dans la blessure du vicaire, avait plus tard, de nuit, lâché un coup de pistolet contre sa fenêtre. Mais les deux hommes n'étaient plus occupés que de leur œuvre d'exhortation. Les réponses qu'ils fournirent à cet égard offrent des détails typiques sur le développement progressif des prédicateurs extraordinaires, et nous en transcrirons une partie ailleurs.

Antoine Compan, qui a assisté plusieurs fois à la messe « de quoi il est bien repentant», est fugitif depuis le mois d'octobre 161)0 '. « Ne trouvant pas son salut dans l'Eglise catholique, il l'a cherché avec les prédicants, aux assemblées. C'est obéir à Dieu ».I1 s'est joint successivement aux Plan, à Lapierre, (le fusil, l'épée et le pistolet qu'il portait alors appartenaient à Lapierre lui-même). A la mort de Vivent il est demeuré seul quelques mois et en mai 1G92 a uni son sort à celui de Gay.

Pierre Gay, de Sumène « fugitif [depuis 1686] pour avoir prié Dieu aux assemblées » et qui a assisté à toutes celles où il a pu être, n'a jamais eu, non plus que Compan, d'armes à lui. Celles qu'il a pu porter appartenaient à Vivent, qu'il a suivi de Lasalle au Vigan. Il a accompagné Dauphiné, La Jeunesse, et quelquefois Lapierre, et il a fait la prière devant Brousson et presque tous les autres prédicants \

Compan et lui «ont fait autant d'assemblées qu'ils ont pu, les plus fortes n'étant pas de plus de 40 ou 45 personnes». Compan lisait la Bible, des sermons, des prières. Gay chantait les Psaumes, et prononçait des prières et des exhortations, bien qu'il ne sût ni lire, ni écrire. Les livres et les papiers contenus dans les deux havresacs saisis étaient donc à Compan. Il y avait là des copies de sa main, un sermon de Lapierre écrit par celuici, d'autres manuscrits dont Compan déclara ne pas connaître

1. Le vicaire, interrogé sur les circonstances où il a été blessé « fait sa déposition sans espoir d'aucune réparation ni récompense, à quoi il renonce par exprès, et n'aurait déposé sans l'obéissance qu'il doit à la justice ».

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