Transfert des armes enlevées
Nous, Jean-Baptiste de Brunoy, chevalier, seigneur de Beaunay et de Malnaude, etc. Major et Commandant des Ville et Château et Gouvernement d'Alais, ordonnons au Seigneur de Molezon qu'il ait à reporter incessamment dans les magasins du Château d'Alais, toutes les armes comprises dans le procèsverbal du mois d'août 1686, envoyé à M. le Marquis de la Trousse... pour le désarmement du lieu de Molezon. Et en outre ordonnons audit Seigneur de faire une exacte visite des armes qu'il trouvera chez les particuliers, lesquelles il enverra incessamment, et ce, à peine de désobéissance, et auxdits particuliers qui les auront cachées, d'être condamnés aux peines portées parles Ordonnances de M. le Duc de Noailles, de M. le Marquis de la Trousse, et de M. l'intendant.
A Alais, ce 13 septembre 1688. De Brunoy.
[Aux ordonnances de 1688 qui confirment et accentuent les ordonnances de Noailles et de La Trousse (voir plus haut, I, 307), il faut ajouter une ordonnance du roi, du 15 janvier 1691 portant défense de rendre aux N. G. les armes qui leur ont été enlevées en 1688.]
Le pasteur apostat De Bagars réclamant l'arriéré de ses gages de ministre.
[Archives de M« Elle Vidal, notaire à Lasalle, Gard. /. Boiisanquet, notaire, 1688,/" 2^0. Communie. L. Malzac.] (Orth. Orig.)'
Convention et accord fait entre S-^^ Louis de Bagars et Saurin.
L'an mil six cent quatre vingt-huit et le troisième du mois de
septembre apprès midy, devant moy no^« royal et tesmoings
1. Reçue par nous trop tard pour que nous ayons pu ni rutiliser ni la mentionner dans notre texte.
bas nommés, ont esté présents M. M"' Louis de Bagars, docteur ez droits du lieu de Lasalle d'une part, et Théodore Martin Sieur de Saurin, et Jean Sujol jeune, du lieu de Saint Plielix de Pallières députtés des habitants dud. lieu par deslibération prinze par les habitants et communauté dud. lieu, du second du moys d'aoust dernier, d'aultre.
Lesquels sçachant led. S"" de Bagars avoir fait assigner lesd. habitants dud. S. Phellix en la Souveraine Cour des Comptes des Aydes de Montp" pour estre payé de la somme de cent vingt sept livres que lui estoit daube de reste de ses gages de Ministre par l'esglise dud. S. Phélix, à quoy il prethendait les faire condempner avec despens, à quoy estoit répondu par lesd. habitants qu'il estoit véritable qu'il estoit deub. aud. S"" de Bagars la somme par lui demandée, mais que la plus grande partye d'ycelle lui debvoit estre payée par Pierre Bourguet du Mas de la Hourne, comme l'ayant entre ses mains, et destinée pour le payement dud. S"" de Bagars. Sy bien que pour esviter les frais et despens que led. S"" de Bagars pourra faire à desfaut de payement de son deub, les parties, de gré, ont par cest acte réglé et liquidé ce quy est deub aud. S"" de Bagars pour les causes susdites, à la somme de cent soixante six livres. Sçavoir : de capital, cent cinquante sept livres ; et neuf livres, à laquelle les parties ont réglé et admiablement liquidé les fi'ais par luy faits et exposés, moyennant quoy led. S"' de Bagars ne pourra plus rien préthendre contre lesd. habitants et Gom^^ dud. S. Phelix.
De laquelle somme de cent soixante six livres il en sera payé audit S' de Bagars par led. Bourguet la somme de cent douze livres, qui fust remise entre les mains d'iceluy par les anciens du Consistoire de l'Esglise dud. lieu, pendant le temps que le S"" de Bagars servoit ladite Esglise [en renvoi : Pour ce premier payement de laquelle somme lesd. S" depputtés seront tenus de faire deslivrer aud. S"" de Bagars l'obligation consentie par led. Bourguet dans trois jours d'ycy, en conséquence de laquelle led. S"" de Bagars sera tenu d'agir contre luy incessamment, luy faisant (payer) lad. somme de cent doutze livres deube et non payée, sans qu'à raison d'ycelle lesd. habitants luy soient d'aultre garantye que seulement d'icelle l'ayant du debte (?), à laquelle garantye led. S'" de Bagars renonce par ce présent acte et par exprès], et le restant, qu'est cinquante-quatre livres, sera payé aud. S"" de Bagars par les habitants et Com^é de S. Phelix
suivant la suscl. délibération dud. jour deuxième aoust dernier, au jour et feste Magdeleine prochaine à peyne de tous despcns.
Ce que le S"" de Bagars accepte soubz la réserve que fait par exprès, en cas il ne sera payé dud. Bourguet et Com^^ de la susd. somme de cent soixante six livres, de pouvoir reprendre ses poursuites contre les habitants et Coint^' ainsy et comme bon luy semblera, à quoy il ne pourra estre empêché par le présent acte. Et au contraire, lesd. habitants et Conif' payant au S"" de Bagars lad. somme de cent soixante six livres aux termes susdits, elle sera quitte envers icelluy. . .
Fait et récité audit Lasalle maison et logis de Jean Triaire, présents à ce S'" Louis Fabre, Pol Bousanquet, Jean VignoUes et David Guion dud. Lasalle, signés avec les parties, et de moy Jean Bousanquet notaire royal dud. Lasalle soubsigné
De Bagars. Saurin. Fabre.
SUJOL. VlGXOLES. GuiOX.
Documents relatifs à la Lettre de Brousson du 26 août 168 g.
[Gabrol (de Lausanne?) à M. de Mirmand (Zurich), 21 (31) août 1689. Pap. Court, 17, O, f° loi.]
... Nous n'avons autres nouvelles des Gévennes que de l'arrivée de nos gens. Dieu veuille les conserver. S'ils suivent ce qu'ils ont promis, de se tenir cois jusqu'à vos nouvelles, cela pourrait aller en bien. Mais leur zèle me fait peur. Si par vos lettres a^ous pouviez le régler, je ne doute pas que ce ne soit votre sentiment. Quelque temps de retardement pourrait faire balancer l'espoir avec le danger. J'ai prié un homme de considération en eux (?) de leur écrire.
[Lettre des Cévennes {de Brousson) du 26 août 168 g. Voir plus haut, I, 320.]
[Cabrol (de Berne) à Mirmand (Zurich), 29 août (8 sept.) 1689. Pap. Court, 17, O, f"' 153. Quelques fragments de la lettre analysés dans De Ghambrier, op. cit., p. 1G6.]
... J'ai lettre de M. Brousson. En substance il dit que depuis son arrivée il a demeuré caché, qu'il ne put pourtant éviter de se trouver trois cents personnes pour la célébration du jeûne, qu'il y eut quatre prédications, que cette journée se passa sans être découverts quoique les troupes envoient très souvent des détachements, au reste que le peuple y est d'un grand zèle, qu'ils comptent avoir à leur entière dévotion environ 2,000 personnes, qu'ils ne feront aucun éclat sans au préalable avoir des nouvelles de par deçà, qu'ils ne craignent pas même d'être opprimés par ce qu'il y a de troupes à présent sur les lieux, mais que son sentiment irait à avoir recours à la voie de la remontrance, mais que cependant il ne peut subsister si on l'abandonne, qu'il a besoin d'argent et de deux ofiiciers qui eussent commandé au moins à un régiment d'infanterie, et qu'avec ce secours, qu'il fait aller en argent à quatre ou cinq mille livres, il se promet de faire faire mouvement. Enfin il presse pour ce secours, et c'est la fin de sa lettre.
M. de la Grange Borie lui a répondu dans le moment, a fort insisté à ce qu'ils ne parussent pas encore, et l'assure de travailler dans la suite à ce qu'il soit aidé. Je lui ai écrit, et prié de demeurer coi jusqu'à votre avis, sur lequel nous attendons avec impatience ce que vous trouverez à propos.
J'espérerais de trouver les moyens de faire passer en Vivarais des outils de ce pays, mais je ne puis vous dire pour encore nos moyens qu'à l'égard d'ici [Berne], d'où je suis assuré qu'on aidera ; et pour la manière et pour la chose, je pourrais examiner pour la route si la couverture serait suflisante. Dieu se sert des choses faibles de ce monde pour confondre les fortes...
... Je crois qu'il serait absolument nécessaire d'envoyer aux [Gévennes ?] une petite somme pour faire subsister cette troupe qui sei'a d'une nécessité absolue dans la suite. Vous êtes prudent. Monsieur, pour prendre le parti le plus juste pour parvenir à nos vues.
PIKCES JUSTIFICATIVES. XI. 491
fCabrol (de Lausanne) à Mirrnand (Zurich), 3 (13) septembre \QS9 (Ibid., ï° 153). Analysée en partie dans de Chambrier. op. cit., p. lOG.]
. . . Pour M. Brousson, j'attendrai encore vos ordres pour lui envoyer celui [le billet] que j'ai reçu, ou celui que vous aurez la bonté de m'envoyer sur celui que je vous envoie ci joint et sur lequel vous aurez la bonté de me faire réponse. [Sans doute, il envoie à Mirrnand la lettre même de Brousson.]
Je ne sais, Monsieur, si nos affaires ne sont pas dans un si mauvais état que nous ne devons rien négliger, mais au contraire tout hasarder pour tâcher de parvenir à notre but. Vous verrez que M. Brousson ne demande qu'une petite somme, et cependant cela pourrait produire, dans la suite, du mouvement à toutes nos Cévennes. Je ne sais encore s'il n'est pas temps qu'on se serve de la bonne volonté de ceux qui sont hors du royaume et de ceux qui sont encore dedans. Pour peu qu'on puisse aider ces derniers, ils pourront faire encore quelque effort. Je vois en ces questions une si générale disposition, que je crois ne pas me tromper en vous assurant que si on envoyait des sommes nécessaires et des chefs accrédités, on pourrait composer un corps de troupes assez fort pour entrer dans le Haut-Dauphiné. J'ai parole de quelques Seigneurs de Berne d'aider en tout de leur pouvoir. On aura suffisamment des armes et autres choses. Je ne doute point que si les Puissances savaient la réussite de cette affaire, qu'ils n'y aidassent, mais vous jugerez vous-même s'il n'y aurait pas lieu de l'espérer.
[Gabrol (de Lausanne) à Mirmand (Zurich), 13 (23) septembre 1689. Ibid., f^ lo9.]
M. de Bruq [Dubruc] est arrivé depuis deux jours, il me fait une idée si avantageuse pour la disposition de nos peuples aux Cévennes et même plat pays, qu'il y a apparence qu'on réussirait si on prenait quelques résolutions. Il doit parler ce soir à M. de Vernon [?] et avec M. de la Grange. Nous verrons ce qui se résoudra. Je vous en ferai part. Je vous assure qu'on lèverait vite 6,000 hommes en peu de temps, et que cela embarrasserait fort nos ennemis. Dieu est tout puissant. Je le prie qu'il rétablisse son Eglise en notre patrie.
[Cabrol (Lausanne) à Mirmand (Zurich). Lausanne ce 1" (10) Octobre 1G89. Ibid., î" 1G8.]
. . .M. de Bruc nous a dit qu'il était député de la part de M. Brousson et autres. Cependant, par le guide que M. Brousson a envoyé, jai appins le contraire, c'est que ces Messieurs ayant délibéré de faire une assemblée dans certain lieu des Cévennes pendant la nuit et y solenniser un jeûne, firent savoir aux personnes qu'ils crurent de bonne volonté, le jour marqué, ou plutôt la nuit. A la veille, une terreur panique leur fit à d'aucuns craindre les suites ou le danger même de l'assemblée. Ils délibérèrent s'ils iraient ou non au rendez-vous. L'admirable zèle de M. Brousson y mena le plus grand nombre, mais M. de Bruc et quelques autres avec lui se séparèrent dès alors. Et depuis, M. Brousson nous ayant envoyé ce guide avec les mémoires pour nous demander ce que nous avons déjà marqué, il [ce guide] fit rencontre à Valence de M. de Bruc. Dans la suite, il [Dubruc] retira dudit guide la lettre, et s'en sert ici pour s'autoriser. J'ai prié cet homme de n'en rien dire, cependant j'ai cru vous en devoir avertir, ne croyant pas bien, que M. de Bruc nous cache de la sorte les choses.
Il me semble que pour une si bonne œuvre, vu le danger qu'il y a en France, nous avons besoin de personnes zélées et intéressées. On nous fait trembler, par la nouvelle qu'on nous dit qu'enfin M. Brousson a levé le masque ; soit que la chose soit, ou non, il me semble. Monsieur, qu'on ne presse pas assez au moins quelque petit secours. Si on avait un peu d'argent, j'ai ici quatre forgerons qui iraient pour aider à nettoyer les armes, une petite somme même pourrait leur aider ; peu de chose sauve quelquefois un grand corps. J'appréhende qu'on n'accable ces bons personnages, et qu'eux-mêmes, par un coup de zèle, n'exposent cette populace. Si vous le trouviez bon, on y enverrait le guide qui est ici ; mais en ce cas vous aurez la bonté d'envoyer votre lettre, pour suivre par eux ce que vous trouverez à propos. Je crois qu'ils déféreront à vos sentiments, s'ils ne se sont pas déclarés hautement.
Au reste, que (?) plusieurs personnes du Dauphiné assurent qu'il y a une épouvante générale, que 2,000 hommes s'y établiraient en certaines montagnes sans rien craindre. Tous nos réfugiés brûlent d'impatience d'agir. Si on pouvait avoir parole
qu'à Berne on ne désapprouverait pas nos menées, on vous porterait un état exact du nombre, de la qualité des personnes prêtes à servir, de ceux qui pourraient se montrer [monter ?] et d'autres s'armer. On assure que quoique en hiver, on ferait passer par le Dauphiné sans nul obstacle 2,000 honniies. Infailliblement il s'y en joindrait un fort grand nombre d'autres, et, je vous l'ai écrit, on aurait de Berne nombre d'armes. Mais il faut s'y prendre à l'avance. Les personnes que j'y crois le mieux intentionnées, et qui peuvent servir, sont MM. Emmanuel Imofif, le capitaine Steiguer, le major Sturler. Ces trois Messieurs assurément agiront de bon pied, je l'ai déjà écrit. M. de Convenant se fie à certains de Berne qui desservent le parti. On m'a assuré aussi qu'on a un moyen sûr de faire taire le parti de France. Comme je crois que dans les plus grandes affaires on ne doit rien mépriser, j'espère que vous n'aurez pas égard que ce n'est que moi qui vous l'écris. Soyez assuré. Monsieur, que les réfugiés pourraient faire encore quelque effort contre la France. La misère, le manque de travail par tout ce pays, en met un très grand nombre dans un pitoyable état. De plus le zèle et l'affection d'un fort grand nombre, peuvent faire faire quelque considération. Si vous le trouvez bon, M. de la Grange pourrait bien vous aller voir.
[Cabrol (Lausanne) à Mirmand (Zurich), 16 (2G) octobre 1689. Ibid.,^ 110.]
... Ce que je vous ai écrit de M. du Bruc s'est à plein vérifié. On peut pourtant se servir de lui pour rentrer en France si on le trouve à propos ; mais, pour lui donner connaissance ni administration d'aucune affaire, je ne le pense pas.
[Mirmand (Zurich) à Jurieu. De Zurich, 20.10 de septembre 1689; Record Office à Londres. State-Papers-Foi^eign. Switzerland, n'^ 7. La lettre a été publiée dans De Chambrier, p. 167, sauf nos dix dernières lignes. Elle est consacrée à la Rentrée des Vaudois dans leurs vallées.]
. . . On ne saurait concevoir la mauvaise humeur des Cantons papistes dans la conjoncture présente des affaires. Elle aura
sans doute encore augmenté par la résolution qu'a pris le conseil de cette ville de rappeler les troupes de leur Canton qui sont au service du roi de France ; il y a apparence que les autres en feront de même, et qu'on commencera de régaler par là Monsieur l'envoyé d'Angleterre qui doit arriver ici dans peu de jours, s'il est vrai, comme on l'assure, qu'il soit parti de Hollande.
Vous verrez. Monsieur, parla copie que je vous envoie, d'une lettre éczùte des Gévennes [Lettre de Brousson du 20 août], dans quelles dispositions on est en ce pays là. 11 est important à mon avis, qu'on y demeure encore paisible. . .
Lettre de Brousson à sa Jemme.
[Bibl. du Prot. Pap. Vielles. Autographe.] (Orlli. orig.)
Le ^ d'octobre 1689.
Je souhaiterois bien, ma chère femme, de pouvoir vous donner plus souvent de mes nouvelles, mais je suis dans un païs où l'on n'a guère la commodité d'écrire. Cependant je puis vous dire que je jouis grâce à Dieu d'une santé et d'un en bon point extraordinaire. Après avoir fatigué beaucoup nous sommes maintenant un peu en repos, et j'espère que Dieu me fei'a la grâce de me donner l'accomplissement de mes désirs, quoique j'y voye encore de grands obstacles selon le monde. Lorsque je considère de quelle manière Dieu m'a forcé de venir en ce païs et dans quelle disposition j'y suis venu^ je suis persuadé que Dieu ne m'y a pas fait venir en vain. J'avoue que je ne vois pas encore la lin que Dieu s'est proposé en me conduisant ici et en m'y conservant d'une manière miraculeuse ; mais la suite me l'apprendra. Je ne comprenois rien non plus dans la conduite de Dieu lorsqu'il me fit sortir du royaume mais la suite me fit bien voir que c'étoit pour sa gloire et pour mon bien. Je ne doute point qu'il n'en soit de même à présent. C'est pourquoi je me repose sur sa sage Providence et j'espère qu'il dissipera toutes ces ténèbres, qu'il me fera voir la lumière de son salut
et de sa délivrance et qu'il confondra tous ceux qui entreprennent de me blâmer. Servons le comme il faut et mettons en lui notre confiance et ne doutons point qu'il ne nous fasse ressentir les effets de son amour et de son soin paternel.
Je vous recommande toujours mon fils, je prie aussi mon oncle d'en avoir un soin particulier. Je vous prie l'un et l'autre de considérer que ce que vous faites pour lui, vous le faites pour moi-même. Dieu veuille lui faire la grâce, et à moi aussi, de vous en témoigner notre reconnaissance. A Dieu, nia chère femme, attachez vous bien à Dieu, servez-le mieux que vous n'avez fait par le passé, et espérons de sa bonté et de sa miséricorde qu'après avoif exercé longtemps notre foi et notre patience il nous consolera enfin comme il consola son serviteur Job et comme il a consolé les autres fidèles qu'il a fait passer par de rudes épreuves et dont nous avons les Histoires dans sa Parole.
Je baise très humblement les mains à mon oncle * et à ma tante ^ et à Mademoiselle Ester et à tous nos autres parens et amis. Je ne crois pas que les Puissances sachent encore que je sois dans ce païs, du moins ne parle-t-on point de moi en aucune manière.
Quand vous voudrez m'écrire il faut donner votre lettre à celui qui aous rendra celle-ci.
Projet du Marquis de Miremont.
[Mémoires pour seiH'ir à l Histoire du XVI 11^ siècle par M. de Lamberty, Amsterdam.. Pierre Mortier, 1735, in-4°, vol. III, p. 237.]
Le dessein qu'on forme étant solide, puisqu'il est fondé sur le desespoir où sont réduits les Protestans en France, qui ne soupirent qu'après une occasion de délivrer leur Conscience du
1 et 2. — Au-dessous de ces mois Brousson avait écrit, puis effacé : Monsieur et Mad"" de Paradez.
Le dos de la lettre porte seulement les mots : Pour Mademoiselle, qui sont de la même écriture que la lettre. Le cachet de cire roug^e n'a pas d'autre empreinte que celle du doigt de Brousson. La lettre, qui fut montrée à Brousson lors de sou pi-ocès, est parajikée par lui : Brousson, min. de l'Evangile.
496 PIÈCES JUSTIFICATIVES. XlII.
cruel Joug sous lequel ils gémissent ; sur l'espérance de leur délivrance par les bénédictions dont Dieu a béni les Entreprises de Sa Majesté Britannique; sur le mécontentement universel de tous les sujets de l'une et de l'autre Religion ; sur ce que les Provinces de Dauphiné, Languedoc, Gévennes, Yivarez, et Albigeois, sont dépourvues de Gens de guerre ; sur les Engagemens accablans où se trouve la France avec les Etrangers, et sur ce que la France craint l'Angleterre sur les Cotes de l'Océan, etc., il ne s'agit que d'en faciliter l'exécution. Aïant un Chef* dont la naissance et le nom lui donne du crédit, et étant assuré d'un secours étranger, l'Affaire se peut exécuter avec assez de facilité à peu près de la sorte.
Il faut avoir environ deux mille hommes choisis, avec de bons Officiers dispersez en divers endroits du Canton de Berne en Suisse, où l'on est accoutumé de voir beaucoup de François et Vaudois Réfugiez, ce qui empêchera le soupçon de quelque dessein. Il faut avoir dans quelque maison du Ressort de Genève, ou du Chapitre qu'on apelle de S^ Victor au delà du Rhône, des Armes et des Munitions pour les armer, ce qui est facile ; car il y a un homme ■ à Genève qui a trois mille bons Mousquets à vendre, et qui a quantité de Poudre qu'il tire de quelques Moulins qu'il a sur le Rhône. On peut transporter ces Armes et ces Munitions au lieu du Rendez-vous par le Rhône, sans que le Résident de France ni d'autres s'aperçoivent {sic), et par des moiens qu'on indiquera.
Le Gouverneur de Milan doit, au tems qu'on conviendra, faire camper une Armée au voisinage de Novara pour donner de la jalousie au duc de Savoie pour A^erceil. Le Vice Roi de Catalogne doit agir fortement et ne pas éloigner ses Troupes. Il faut convenir d'un temps pour faire assembler les Protestans dans quelqu'une de ces Provinces, et en divers endroits, sous prétexte de prier Dieu, pour lequel effet il faut y envoler des Ministres, et faire que Ton se trouve au Rendez- vous de chaque Assemblée, armé sous prétexte de défendre les Ministres : ils ont la phipart des Armes cachées. Sachant le tems de ces Assemblées, il faut prendre jour pour entrer en Dauphiné et faire défiler les hommes choisis qu'on aura en Suisse pour se trouver au
1. Note de Lamberty : «Le Marquis de Miremont, Louis Armand de Bourbon.» La note est erronée. Il n'est pas sûr le moins du monde que le marquis se proposât lui-même.