‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 40 sur 346 · EXPLICATION DU SONGE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU SONGE DE LOUIS XIV

rêve du roi, qui lui avait été suggéré par ses préoccupations relatives à la guerre étrangère (une fumée sortant de la terre, qui se transforme en une armée d'hommes semblables à des forgerons, décidés à la bataille et que la terre engloutit) et par les distractions de la Cour (une forêt pleine de cerfs, devant lesquels le roi crie : Tue! tue ! car la chasse est belle!) fournissait à Brousson une occasion d accorder ses souvenirs bibliques (la fumée du puits de l'abîme) avec ses douloureuses expériences de prédicateur traqué*.

Le prédicant comptait fermement sur la défaite des armées royales. La désolation du Bas-Languedoc l'ancrait dans ses espérances. 11 voyait entraîner à l'armée, sous menace de mort, les recrues désignées par les autorités. Des provinces, disait-il, au roi, étaient même entièrement dépourvues déjeunes hommes. « En quelques endroits même, on ne trouve plus de bergers ni de gens pour cultiver la terre... On fait déjà marcher par force les hommes mariés, même ceux qui sont chargés de plusieurs enfants. C'est aussi par ce moyen que les milices et le prodigieux nombre de vos recrues, ajoute-t-il, ne sont presque composés que de gens qui vont à la guerre en pleurant et en gémissant ; au lieu que vos ennemis n'ont que de bons hommes, qui les servent avec une ardeur extrême ».

Au lendemain du jour où il achevait son Interprétation du songe, il mettait au net une Lettre de consolation et dinstruction aux fidèles persécutés, dont bien des phrases rappellent la Lettre sur Viinpénitence, mais qui, adressée aux fidèles, et non pas dirigée contre les tièdes, est pleine d'onction et de foi'.

1. P. 18. «V. M. ,1 été informée que dans votre Roj^aumc les fidèles s'asseui" blaient avec un jyrand zèle dans les bois et dans les dési-rts pour s'y repaître de la Parole de Uieu... et au lieu d'être touchée de leur misère et de leur piété, Elle a crié aux chasseurs qui entouraient la forêt : Tue, tue, car la chasse est belle, c"est-à-dire elle a plusieurs l'ois donné ordre à ses troupes, ou dans le Poitou, ou dans le Vivarais, ou dans les Cevennes, ou dans le Bas-Languedoc ou ailleurs, de tirer sur le Troupeau des désolés dont il est parlé dans le Psaume 10, v. 8 et suivants... Et maintenant les chasseurs courent continuellement les bois avec une fureur inconcevable. Ils désolent même les villes et les villages... C'est pour cela, Sire, que le Ciel est tout en feu contre V. M. C'est pour cela que vos troupes qui ont été employées pour désoler l'héritage du Seigneur, qui sont souillées du sang des fidèles, et qui avec des blasphèmes horribles leur ont fait soutïrir une infinité de maux et de misères, sont noires devant Dieu comme des forgerons. Et c'est pour cela que Dieu commande maintenant à la terre d'ouvrir la bouche pour les engloutir ».

± Signée : du Désert i5 avril. Opusc, p. 8i. (Douen, II, 199). l'ne copie datée du « 20 de juillet 1993 (sic) », et qui n'est pas de la main de Brousson.se trouve C. 181 avec quelques pièces analogues. Nous ne savons d'où elle provient.

(58 LES niKniCANTSj PROTESTANTS

nettement apocalyptique. Il parle des châtiments qui menacent la France infidèle dans les tei'mes- où les prophètes clamaient dans Jérusalem la venue << du jour de la vengeance».

Permettez-moi, Monseigneur, déclarait-il d"emi>lée, de représenter à Votre Grandeur avec une humilité profonde, et dans la nécessité d'une légitime défense, que je ne puis pas vous reconnaître pour mon juge, parce que depuis l'abolition des Kdits. . . nous sonuues privés de nos juges légitimes, et traités non en personnes libres mais en esclaves. Et en ellet, on dispose de nos biens, de nos enfants, et de nos vies comme si nous étions tels, quoi ([u'on ne paie pas les tailles et les impôts {)our être traité de la sorte.

Brousson énumère alors les crimes qui ont accompagné et suivi la Révocation, et tire de l'excès même du mal ses raisons d'espérer.

On nous fait soulfrir tous les maux, toutes les calamités, tous les tourments et tous les martyres dont les nations qui ne connaissent pas Dieu pourraient jamais nous accabler. Or par toutes ces choses on olfense si visiblement la justice de Dieu. (;t on fait si évidemment la guerre à ce grand Dieu lui-même, (jui est jaloux de sa gloire, qui est un Dieu {)uissant et terrible, et qui du palais de sa sainteté entend les cris et les gémissements de ceux qui souffrent pour son saint nom, qu'il est impossible de douter qu'il n'accable de tous ses lléaux ceux (pii oj)piiment ainsi son peuple et i{ui font de si grands outrages à sa majesté souveraine. . . On veut abolir la Héformation, et on ne considère pas que c'est l'ouvrage de Dieu (pie tous les hommes du monde ne sauraient détruire. . . "Je l'ai dit plusieurs fois, Monseigneur, et je le dis encore. Que la Cour cherche tous les expédients que la plus line politique saurait inventer ; elle n'en trouvera point de plus assuré pour le salut, le repos et la prospérité de tout le peuple, connue aussi pour le salut, la gloire et la puissance du roi, que d'achever la Ré formation que Dieu a commencée dans ce royaume. Plus on s'y roidira contre Dieu, plus on y verra de funestes marques de sa colère. Plus le mal y sera long, plus se trouveront eilroyables les jugements que Dieu y aura déployés et les brèches qu'il y aura faites. Et après tout cela encore on ouvrira les yeux, on achèvera de secouer le joug de Rome et du grand oppresseur de la liberté chrétienne ; on abolira les idoles et on se réformera entièrement selon la Parole de Dieu . . .

Mon dessein n'est pas, continuait-il, de causer des troubles. Votre Grandeur est assez informée que je ne fais de mal à personne, que je fais mes assemblées sans armes et comme un agneau, au milieu d'une inlinité d'ennemis armés et furieux qui cherchent continuelle-

Page 1