‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 41 sur 346 · LETTRE UE BROUSSON A 15. IMCTET · texte numérisé non relu

LETTRE UE BROUSSON A 15. IMCTET

mont ma vie'.... C'est pourquoi je supplie très humblement V. Grandeur (le cesser enlin de persécuter mi innocent et un lidèle serviteur de Dieu qui ne peut se dispenser de s'acquitter des devoirs de son ministère, et à qui vous avez pourtant déjà iait soulîrir des misères et des calamités qui n'ont point d'exemple.

L'àuie brûlante et pieuse du prédicant en appelait enfin des ordonnances de l'intendant, « devant le Tribunal de Dieu, Roi des rois, le souverain juge du monde, et un juste juge ».

Quelques jours plus tard (22 juillet), revenu à son oeuvre de missionnaire, il écrivait au professeur Pictet (celui-là même auquel deux ans plus tôt il avait t'ait parvenir l'écrit séditieux destiné à Schoniberg), une lettre de dix pages où il était uniquement question de publications nouvelles, qu'il jugeait utiles à son action. Il envoyait au théologien genevois les deux dernières parties de ses Lettres aux Catholiques Romains, et le priait d'en proposer l'impression à l'éditeur qui avait déjà lait paraître les trois premières. 11 annonçait aussi qu'il avait encore « deux ouvrages fort importants pour l'édification publique et l'avancement du règne de Dieu », les Remarques sur le N. T. (VAmelote, et « une vingtaine de sermons composés au désert, dans des fatigues, des misères et des dangers qui n'avaient pas d'exemple encore, comme on pourrait le voir dans l'Ëpitre qui les précéderait » ''. Avec une simplicité, d'oii toute vanité vulgaire est exclue, Brousson expose de quel intérêt sont ses Remarques, mais il insiste surtout sur les mérites de ses sermons, auxquels il attribue le renouveau religieux des Eglises désolées.

« Une infinité de copies de ces sermons, écrites à la main, ont été répandues de côté et d'autres, et Dieu, qui les a accompagnées de l'eflicace de sa grâce, s'en est servi aussi bien que des soins continuels des autres fidèles serviteurs que son esprit a suscités extraordinairemeiit dans cette province, pour réveiller partout le zèle du peuple, de sorte que ce pauvre peuple soupire continuellement après le rétablissement du service public qui a

1. I/iiil'orm;ition touchant rassemblée de Valence avait révélé cependant qu"ii s'y était trouvé quelques gens armés, en particulier un homme ayant un pistolet à la ceinture. Il est très probable que Brousson, dans la foule, ne les avait pas vus.

2. Brousson dit dans sa lettre à Hàville que depuis longtemps il a achevé d'envoyer à la Cour ses Lettres aux catholiques romains : qu'il a expédié aussi ses Remarques sur le X^ T. d'Amelote^ et aussi dix-sept de ses sermons, «afin que la Cour vît qu'il ne prêche que la pure Parole de Dieu et qu'il exhorte seulement le i)euple à se convertir ». Brousson envoya également à la Cour, en 1C93, sa Ilrjutation des erreurs contenues dans le catéchisme catholique fait par le Jésuite Cavisius. (l)ouen, II, M>0).

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été interdit en France depuis huit ans, y ayant parmi ce même peuple un grand nombre de fidèles dont la constance et la piété nous rcniplissent de consolation » \

Aux sermons de lîrousson, à son activité, au dévouement de ses compagnons, il faut ajouter, comme un facteur important du mouvement nouveau, l'état déplorable où se trouvait alors le royaume. Ecrasée sous les impôts, épuisée par les levées de troupes, ruinée en de certaines régions par le départ des industriels ou des commerçants réformés, la France dut subir encore la famine. La récolte de 1602 avait été mauvaise, celle de 1693 fut pire'. «On périssait de misère au bruit des Te Deuni ». Fénelon, dans la lettre célèbre qu'il écrivit alors poui* soulager sa conscience et celle des « gens de bien » \ peignait la France entière « comme un grand hôpital désolé, et sans provision ». Le pays ne poursuivait qu'avec effort une guerre qui durait depuis cinq ans. Les alliés ligués contre le roi avaient été défaits à Fleurus (KIOO). à Steinkerque (1(592), ils allaient l'être encore en Flantlre, à Nerwinden (29 juillet 1()93) et en Piémont, à la Marsaille, où Scliomberg devait périr (4 octobre), mais les armées ennemies se reformaient toujours. Où étaient les premières campagnes du règne, qui avaient donné à Louis XIV presque sans bataille la Flandre et la Franche-Comté ? La déroute à La Hougue de la Hotte française jusque là maîtresse de la mer, l'invasion du Dauphiné à travers une frontière encore inviolée, étaient des événements graves. Brousson n'était que l'écho de la voix populaire quand il montrait à son prince tous les autres peuples soulevés « afin qu'ils engloutissent ses grandes armées et qu'ils dévorent ses Etats ».

Les protestants français, d'ailleurs, comme l'avait constaté Vauban dans son [)remier Mémoire, <[u'il avait vainement repris en l(i92 avec de nouvelles observations '. appelaient toujours de leurs prières la victoire de Guillaume d'Orange. Bien qu'ils fussent demeurés silencieux devant la proclamation de Scliomberg à Embrun, le maréchal se persuadait que la guerre, qu'il importait de terminer, ne prendrait fui que lors-

1. La lettre a été publiée iiitéjirnilemenl. L. Nè^re. j). 170, d'après les Pap. Court, 17, A.

i. Oi\ a préteiuUi qu'il uiourut à Paris, en ltil)3, 'JG.OOO personnes.

3. ^lais qui semble bien n'avoir jamais élé |)résenlée directement au roi. Voir Bull. XXXIX, 114. La lettre est de 1691 ou 1C'.»5.

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