CHAPITRE V
LE PASTEUR GUION — PAUL COLOGNAC (Mars-Octobre 1693)
Les pasteurs français de la Suisse, informés de IVeuvre des ministres extraordinaires du Bas-Languedoc, continuaient à les apprécier diversement. Un certain nombre d'entre eux persistaient dans leur attitude à demi hostile, et blâmaient les manifestations irrégulières de l'Esprit. Consacrés selon les rites, ils é talent otTusqués de laïques qui se déclaraient, de leur chef, «fidèles ministres de Jésus-Christ». Merlat, s'il était demeuré attaché aux idées qu'il avait exprimées en I680, touchant la légitimité entière du pouvoir absolu, et sil prétendait toujours « qu'on ne saurait se rebeller contre les Puissances sans se rendre coupable, sans offenser Dieu, et sans se rendre digne de la peine qui suit la rébellion »', devait tenir Brousson comme une sorte de séditieux. Il n'en est que plus piquant de rappeler qu'à Lausanne il avait donné à Vivent quelques-uns des sermons qu'il avait prêches autrefois en France. De Vivent ils étaient passés à ses successeurs. En 1693, un de ces cahiers, pris dans le bagage de La Jeunesse au mas de Montredon, dormait déjà dans un dossier judiciaire, tandis que deux autres sermons et deux « analyses » continuaient leurs voyages dans le havresac de Paul Colognac [DauphinéJ.
D'autres pasteurs accordaient aux prédicants une sympathie active et efficace. Laporte fît en 1692 une course rapide à Genève, où il parla à deux ministres'. Nous venons de mentionner la lettre que Brousson écrivit à Pictet, en qui il voyait un soutien ferme de sa cause. Ce fut certainement aussi un pasteur ou un professeur qui fournit aux prédicateurs irréguliers les arguments théologiques dont ils avaient besoin pour