‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 52 sur 346 · Voir Douen, II, :23:2, l'acte dressé à cette occasion · texte numérisé non relu

Voir Douen, II, :23:2, l'acte dressé à cette occasion

LA UELATION l»ES MERVEILLE;-

L'aniinosité de Merlat le poursuivit jusque dans la Hollande, où quelques pasteurs, ennemis des nouveautés mal réglées, nele considéraient pas sans méfiance, et faisaient des enquêtes sur lui. Brousson se défendit vertement, par la plume et par la parole, si bien que l'Académie de Lausanne intervint pour réconcilier les deux adversaires'.

Dans le ministre Merlat se personnifiaient, selon Brousson, toutes les objections des Iiommes qui « depuis quelques années s efforçaient d'anéantir V efficace du Saint-Esprit dans les fidèles ». La meilleure réponse à fournir aux incrédules, était de placer sous leurs veux les résultats de l'activité pratique des prédicants de France. Brousson publia en 1G94 son Interprétation du songe de Louis XIV, sa Requête à Dieu ou Prière générale des fidèles persécutés^ et aussi, nous l'avons dit, sa Confession de Foi raisonnée de ceux qui prêchent en France dans les déserts-. Mais l'ouvrage qu'il lança comme la plus éclatante justification de sa conduite et des travaux de ses compagnons, fut la Relation sommaire des merveilles que Dieu fait en France, dans les Céçennes et dans le Bas-Languedoc, pour l'instruction et la consolation de son Eglise désolée''. Ce petit livre in-18, de 03 pages, dont nous avons déjà rapporté ou discuté tant de fragments, était comme un hymne à l'honneur des humbles serviteurs par lesquels Dieu avait fait son œuvre dans le midi du royaume. A la fois d'une habilité extrême dans ce qu'il cache (Brousson ne voulait point ressusciter la querelle de Y Avis aux Réfugiés) et d'une incomparable puissance dans ce

1. Sur les détails connus du conflit : le sermon de Brousson à Rollerdani (eu août) : la lettre de Merlat du 8 septembre, et la Défense (imprimé) de Claude Brousson, voir Douen, II, -l'i\, 411, 443. Quelques notes de X. Weiss, prises sur les Registres de l'Académie de Lausanne nous apjirennent «pie le i"2 janvier IG'.to on y reçut des lettres de Brousson qui se plaignait de INlerlat. On désapprouve à la fois la virulence de Brousson et les attaques de Merlat. l'ne réconciliaton sera tentée. Le 7 mars, nouvelles letti'es de Brousson à Merlat. Il est décidé que Merlat écrira à Brousson. Le i'i mai, Merlat écrit à Brousson au nom du Sénat académique.

i. Les trois pièces furent réunies, la même année, en un volume intitulé l'iùces Pieuses.

3. . . .oà il est parle de ceux que Dieux a extraordiiiairement suscitez en ce dernier temps pour y prêcher l'Evangile, et du martyre qu'un grand nombre de ces Jidèles serviteurs de Dieu y ont déjà souffert. Par Claude Brousson autrefois Avocat au Parlement de Toulouse et maintenant par la grâce du Seigneur, lidéle Ministre de sa Parole, qui durant plusieurs années a aussi prêché l'Evangile sous la croix dans ces païs là. — ^Sï ceu.x-ci se taisent les pierres mêmes crieront. Luc, 19, 40 [ligure représentant une face d'ange encadrée de ses deux ailes ouvertes]. L'an MDCLXXXXIV.

LES l'KKDICANTS l'UOTESTAXTS

(juil nionlre, il ne donnait point, à vrai dire, de la preniici'e Eglise du désert un tableau absolument iidèle, mais une iuiagc idéalisée, transfigurée par le pinceaud'une ardenteet saine piété. Les plus petits des prédisants y avaient leur place, et Brousson, en chantant leur gloire, allirmait aussi la sienne, sans jactance, mais fièrement. Il ne passait point sous silence le retour piteux de Dubruc. le seul pasteur régulier de l()8i); et en racontant la discussion qu'il avait soutenue contre Guion dans la garrigue de Nimes et la mort de celui-ci, il ti'ansci'ivait le témoignage que le ministi'e prisonnier avait su lui rendre, à lui Brousson, que certains collègues de Guion, moins courageux (jue ce dernier, persistaient toujours à méconnaître.

Les dernières pages de la Relalinn des Merveilles (où Brousson donnait les raisons de son départ du Languedoc), et sa Lettre oaix Elus de Dieu, indiquaient nettement <|u il était sorti du royaume idolâtre, bien lésolu à n"y rentrer (juaprcs la terrible chute de la puissance catholi(iue. La Bouvière au contraire, qui l'avait accompagné à Lausanne, ne le suivit pas en Hollande, et ne tarda pas à repasser la frontière.

A peine arrivé en Suisse, le jeune homme s'était hâté d'écrire à ses anciens pasteurs d'Arnheim, Gabriel Mathurin et de Vernejoul', en leur envoyant à tout hasard une lettre pour ses parents. Il pensait que ceux-ci auraient pu, depuis son départ de la Hollande, passer de lîergerac à Arnheim. pour y rejoindre la sœur et le frère qu'il y avait laissés trois ans auparavant. De Vernejoul était parti pour Handjourg, et ce fut la femme de Mathurin qui répondit pour son mari, en adressant sa lettre au pasteur Clarion « pour remettre s'il lui plaît à M. Papeus (sic) de la Verdaugie }>.

A Arnlieiin ce "^jauvicr, vieux style [l* janvier 1004].

Je souhaiterais bien. Monsieur, que mon pauvre mari put répondre à votre bonne et obligeante lettre, mais la divine Providence l'ayant appelé à retourner en France pour prêcher sous la croix, elle a permis qu'il y ait été pris. 11 partit d'ici le 20 d'août 1089 et fut pris prisonnier à Paris le 10 avril lOlK), où il est encore sans que j'aie jamais eu la consolation de recevoir un de ses billets. Je bénis Dieu, Monsieur, de ce que vous ave/, eu un meilleur sort et que vous n'avez point été enveloppé dans la triste destinée du bon M. Vivens. Sa mort nous aurait beaucoup plus allligés si nous ne savions bien que toute mort des bien aimés de l'Eternel est précieuse à ses yeux.

1. Sur Mallimin, voir DoiUMi, I. '2i9. et dopiiis. Bull. XXXI. "237. Sur l);iuiol de Vernejoul, voir 1). Benoit, />"/iVa/i^('//.s<<'. j;iiivier-iuars 1883.

l'Al'US A LAUSANNE 90

Il me semble, Monsieur, que je vous fais trop attendre ces bonnes nouvelles que je puis vous donner de votre pieuse lamille. M. votre père et M"^ votre mère sont hors de France depuis près de deux ans, à la sollicitaliou de la reine de Daneniarck. Ils sont aussi demeurés à Copenhague où l'on les envoya, et de là, ils ont mandé à votre Irèrc et à votre sœur de les aller joindre, ce qui a été fait, et ils sont présentement tous ensemble à Copenhague, où la reine de Daneniarck fait avoir soin d'eux. Pour votre frère qui était prisonnier, Dieu l'avait pris à lui i~> mois avant que M. votre père et M"^ votre mère sortissent de France. \'ous devez vous réjouir de ce que Dieu l'avait choisi pour son glorieux martyr, car Ton peut dire qu'il est mort du grand froid que l'on lui lit souHrir en le conduisant de Blaye à Bordeaux presque tout nu. et ne voulant pas souffrir que l'on lui donnât des habits. Aussi mourut-il dès que l'on lui lit voir du feu.

Je vous écris ces particularités, croyant vous faire plaisir, comme vous m'en ferez beaucoup si vous m'écrivez, de me mander tout ce qu'il y a de particulier dans la mort de M. Vivens et dans ce qui vous est arrivé en France. Je ne manquerai pas d'envoyer par la première poste votre lettre à vos parents '.

Le père de celui qui était devenu La Rouvière, ne tarda pas, dans sa joie, à répondre de Copenhague à son fils.

Pour M. Papus de la Verdaugie, chez Monsieur Clarion, ministre réfugié à Lausanne'-.

Vous pourrez juger, mon cher fils, de la grande joie que nous avons eue d'apprendre de vos nouvelles, quand vous saurez que nous n'en attendions plus, croyant fermement que vous fussiez mort, après avoir demeuré cinq ou six ans sans rien apprendre de vous. Loué soit Dieu, de ce qu'il vous a conservé dans de si grands dangers, en vous employant heureusement à sou œuvre.

1. Dossier l'apus. C. 17'i. L;i lettre est publiée déjà en partie dans 1). Benoît. UËgUsc sous la CroLw '2' édition, |>. 61. Nous l'avons divisée en paragraphes en rajeunissant lorlhographe. I.a lettre se termine ainsi : « Je fais vos compliments à M. Rivasson cl aux autres réfugiés, qui vous en font aussi beaucoup. M. Verucjoul u"cst plus ici, il est ministre à Hambourg. M. de Piratel est en Irlande avec sa famille et mon fils aîné. Jai les autres trois avec moi et ma mère aussi qui vous embrassent tous, et ma cousine De Pichot qui esl aussi votre parente, qui vous embrasse. Nous vous souhaitons tous mille bénédictions, et moi ((ui suis véritablement. Monsieur, votre très humble et très obéissante servante. R[achel| «U- (ïarrigue JMaturin (sic). Vous m'obligerez de faire bien des compliments de ma pari à yi. Merlal, ministre à Lausanne : j'espère qu'il n'aura pas tout a fait oubhé M. Maturin ni sa liachel ».

2. Dossier Papus. C. 17't. (D. Benoît, p. 63, en a publié un fragment). La lettre devait être remise à Pa|)us par M" Dabyac, réfugiée à Lausanne, comme le disent les dernières lignes.

100 LES PRlÔniCANTS TROTESTÀXTS

Il le faul bénir de votre délivrance aussi bien que de la nuire, y ayant près de deux ans que nous sommes hors de prison et envoyés en ce pays ci par ordre du roi pour avoir voulu demeurer fidèles à notre Dieu. Quand nous avons été ici, votre mère et moi (car pour votre frère Lalbn, il est mort confesseur dans la maison de ville de Bordeaux, avant ([ue nous en partissions), nous avons eu la consolation de faire venir votre frère et votre sœur qui étaient en Hollande, cl nous sonnnes ensemble. Votre frère tâche de subsister par le moyen de la perruque, et Ton nous donne à nous de (juoi sulisisler doucement. 11 ne nous manque que vous pour être tous réunis. J'espère donc (jue vous ne nous refuserez pas cette satisfaction, car nous le désirons l)eaucoup, surtout votre mère et moi, qui étant vieux et incommodés comme nous sommes, serions fort consolés de vous avoir auprès de nous. Et nous voudrions ])ien être en état de vous pouvoir envoyer de quoi faire le voyage, mais cela surpasse nos forces. Les lieux par où l'on passe en venant, fournissent dordinaire à cela. Pour ici, nous espérons qu'avec l'aide de Dieu vous pourrez y subsister avec nous pendant un temps assez considéiable pour donner le loisir à trouver d'autres moyens. Dieu qui est maj^nilique en moyens, ne manquera pas de nous en susciter (pieUpiun. Ainsi ne nous refusez pas cette consolation.

Mademoiselle Dabyac, qui est Sd'ur de Mons' de les Junie (sic) qui loge ici avec nous, vous fera tenir notre lettre, et vous donnera le moyen de nous faire tenir votre réponse, que je vous prie de nous faire au plus tôt, et de nous avertir du temps de votre déjiart pour nous venir joindre, priant Dieu (pi'il vous conduise et qu'il vous comble, mon très cher [lils] de ses plus précieuses bénédictions, ^'otre mère, votre frère et votre sœur vous font les mêmes souhaits, en vous assurant de leurs amitiés, et moi qui suis votre bon père,

La Veudaugik ' qui te prie d'assurer cette demoiselle qui te donnera la présente, qui est la sœur de Monsieur les Junies, de nos obéissances.

A Copenhague en Danemark ce 18, :;8 janvier IGOi.

Cette touchante lettre ne l'ut |)as remise à son destinataire en temps voulu. (Peut-être Mademoiselle. Dabyae, à qui elle était adressée, avait-elle quitté Lausanne). Le 3 avril, le jeune Papus écrivit de Copenhague à Clarion lui-même, pour lui demander ce qu'était devenu son frère et si la lettre l'avait atteint -. La Rouvière, de son côté, A^ers la même date, étonné, lui aussi, de ne rien recevoir, écrivit une seconde fois à son père, et par la

1 Les mots qui siiiveiil. jusqu'à ohéisfiance, comme aussi la suscriplion placée .lu haut de la lettre, sont de la main du jeune IVére de Papus.

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