LETTRE AUX KLUS DE DIEU
1G91, au nom de ses compagnons d'omvre. Merlat, qui le traitait sous le manteau, de visionnaire anabaptiste, eut beau s'abstenir avec ostentation d'assister à son exapien, à son sermon, à sa consécration et tenter l'impossible a pour faire au moins suspendre sa réception au ministère », il n'en put venir à bout, « l'éclat de sa résolution à prêcher en France ayant ébloui tout le monde ». Les Merlat, plus soucieux des règlements de l'Eglise et de la police des Etats que de la folie de l'Evangile, supportaient dillicilement chez Brousson son biblicisme outré et ses pratiques ascétiques \ Surtout, ils ne lui pardonnaient pas de s'être montré plus qu'eux obéissant à la loi chrétienne du sacrifice.
Investi d'une autorité nouvelle, et tout entier maintenant aux souvenirs douloureux des derniers temps de son séjour en France, Brousson écrivit de Lausanne, mais sans la signer, une lettre d'objurgations pour ses frères demeurés dans le royaume. Cette fois, revenant à ses premières conceptions de 1688, il ne voit plus de salut pour les Elus de Dieu que dans leur exil volontaire, et il leur écrit sur la nécessité qu'il y a de soiHir de la communion de l'impure Bahjdone et des pays où elle exerce sa tyrannie - .
Sortez, mes chers IVères, sortez d'un malheureux pays où vous n"avez pas la Hberté de servir Dieu selon ses commandements, de chanter ses saintes louanges, de vous repaître de sa Parole et de participer au sacrement de son alliance ; où vous ne pouvez pas même vous marier ni marier vos enfants sans être infidèles à votre Dieu, où vous êtes contraints de sacrifier vos fils et vos filles aux diables en les sacrifiant aux idoles... (l*s.GVI,87, 38) et où par conséquent vous êtes dans le danger d'être consumés par les iléaux épouvantables dont Dieu va accabler cette cruelle Babylone, cette Sodonie et cette Egypte spirituelle, et dont il a déjà commencé de la frapper.
Le pasteur donc, n'a pas perdu l'espoir d'un triomphe temporel de l'Eglise. Au contraire : les jugements de Dieu approchent. De nouvelles méditations sur les prophéties l'en ont con-
1. Brousson ne se contenlait pas d'obscrviîr certaines coiituiues, il entendait les i)ropagei'. Le Registre de la Vénérable Compagnie des Pasteurs de Genève, porte au vendredi 4 mai 1G'.»4. «M. l^iclet le reeli-ur, avant communitjué à la Com- [>agnie une lettre de M. Brousson pour la Compagnie, touchant la génullexion dans les temples lorsqu'on lait la prière, ladite lettre a été remise à M.Tronchiu pour l'examiner, et après l'avoir examinée, la communi(iaer aox frères.» ^Notes N. W'eiss.)
2. Douen, II, 230, A la lin : « Au désert (sic), le ii avril 1694 ». In exemplaire imprimé de la lettre est au Dossier Brousson, C. 10t.
\m LUS l'KKDICANTS PROTESTANTS
vaincu plus que jamais. L'impénilence persistante de l'Eglise de Rome aura sa fin. «Désormais Dieu fera en faveur de ses vrais fidèles et pour sa propre gloire, des merveilles si éclatantes, qu'on en fera mention de génération en génération jusques à la fin des siècles ». Et l'Ecriture révèle nettement de quel bout de l'horizon viendra l'exécuteur. Le Saint-Esprit a déterminé que la France serait vaincue par les peuples du Nord.
II est dit que ce serait de l'Aciuilon que viendraient ceux qui doivent détruire cette nouvelle Babylone (Jérémie, L, 8, 0, 10, 11). Gela arriva autrefois à l'égard de l'ancienne Babylone, mais il y a bien apparences que celle prophétie s'accomplira aussi et dans un sens spirituel el mystique à l'égard de la nouvelle lial)ylone... C'est-à-dire que d'entre ceux (pie la persécution a dispersés vers l'Aquilon, il y en a et il y en aura qui combattront cette Babylone mystique avec l'épée de l'esprit qui est la Parole de Dieu pour la détruire entièrement', et que ce sera aussi entre les mains des peuples de fAquilon que Dieu mettra l'épée de la vengeance, pour rendre à celle cruelle Babylone le double selon ses œuvres.
Les couronnés de Babylone (les prêtres et les jésuites, tonsurés), ses cap/^at/ies (les prélats), disparaîtront comme des sauterelles, quand le soleil (mystique, qui est la Parole de Dieu) sera levé (Nahum, III, 17). Déjà la mer est montée contre Babylone (Jérémie, LI, 42), à la Hougue, et Brousson voit de grandes dispositions à raccomplissement de nombreuses et terribles prophéties. La délivrance, d'ailleurs, ne viendra à sa perfection que successivement et peu à peu, les prophéties ne se réalisant pas en un seul jour ni en une seule année.
C'est vers ces pays du Nord, d'où devait venir le secours, que Brousson, en quittant la France, avait eu l'intention d'aller. Ses amis du royaume le savaient-. Le 30 mai Brousson était à Zurich, présentant un rapport à Messieurs du Chapitre' ; en août il arrivait dans les Provinces Unies, et le Synode des Eglises Wallonnes (10 août), auquel il présenta l'acte dressé pour lui à Lausanne, «l'agrégea », après une seconde imposition des mains*.
1. Il semble que Brousson se conlcnle ici d'iinalogios plus superlicielles que d'IuibiUule. Ue la Hollande étaienl revenus en France quelques pasteurs, sans doute, mais la Suisse eu avait fourni davantaj^e au Lana^uedoc 11 est probable que Brousson jx'use ici surtout à l'œuvre de Jurieu.
2. Dossier l'orlal,C.173. Interr. du 'à juin 10%. Henri tlit que Brousson a quitté le Languedoc pour aller en Hollande.
3. Môrikofcr. Histoire des réfugiés de la Réforme en Suisse, 1878, p. 27'.>.