‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 58 sur 346 · GHA.PITRE VII · texte numérisé non relu

GHA.PITRE VII

LE PASTEUR CLARION — PIERRE PARUS (Juillet 1694 — Mars 1695)

Papus (et aussi Henri Pourtal, si celui-ci a suivi Brousson jusqu'en SuisseJ, avait reçu à Lausanne la bien modeste hospitalité de Clarion. L'ancien ministre de Graissessac était d'autant plus porté à s'intéresser aux travaux des prédicants, qu'il avait davantage à se plaindre de l'Eglise romaine. Après avoir perdu à Lausanne les deux enfants qu'il avait amenés de Finance, il était tombé malade. Membre en 1G81) de la « Direction des pauvres réfugiés d, il avait dû, en 1093, se faire inscrire lui-même sur la liste des assistés. Le fils qui lui restait en France, était enfermé dans un séminaire, et les jésuites relevaient dans l'horreur de la religion paternelle'. Clarion se lia d'une vive amitié avec l'ancien compagnon de Vivent, et s'offrit, quand il rentra courageusement, à le servir dans la mesure de ses moyens. Quelques lettres de lui à La Bouvière, qui subsistent davis le dossier de celui-ci, nous permettent de suivre l'existence difficile que mènent désormais les prédicants, privés par le départ de Brousson, de leur puissant inspirateur.

A leur retour, Papus se tint avec Pourtal entre Nîmes et Montpellier. Clarion leur adressait ses lettres à Nîmes ; celles «pour M. Bouvière», tantôt chez le marchand facturier Pasti'e, tantôt «chez M. Olivier, marchand, pour rendre à M"^ deVestieu ou au S"" Sydran)>, tantôt « chez M. Gély, chez M. Viala procureur» ; celles « pour le frère H(enri)», chez le boulanger Boissonnade. Mais les prédicants ne pouvaient pas prendre régulièrement leurs correspondances dans la ville, et Clarion qui

1. Voir Fr. Prot., II» éd., au mot Clarion, et Bull. XXXVI, 258. Ce fut la considération de ce fils (Daniel), qui retint Clarion à Lausanne en 1G99, quand beaucoup de ses collègues partirent pour le Brandebourg. Daniel Clarion s'échappa enfin du séminaire, « fut reçu à la paix de l'Eglise >>, et admis à Bàle comme pasteur en 1705.

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recevait leurs envois, demandait constamment si les siens leur étaient parvenus '.

La Lettre aux Elus de Dieu, composée par Brousson en avril, ne fut imprimée qu'en juillet. Papus ne l'avait pas vue avant de quitter la Suisse. Clarion, dès qu'il l'eut en main, en envoya des exemplaires «à tous ». Au début de septembre, il reçut de Copenhague la lettre du père de Papus, que nous avons transcrite, et la fit aussitôt parvenir au jeune homme, après avoir pi'is la précaution de la recopier. Papus. peu après, l'informa de la situation religieuse lauientable où il avait trouvé les protestants du Languedoc.

Pendant les premières années qui avaient suivi la Révocation, les Nouveaux ConA'ertis avaient, sans trop de répugnance, porté leurs enfants à l'église pour qu'ils y reçussent le baptême. Ils avaient tardé davantage à accepter la bénédiction nuptiale du prêtre. Ils cédaient enfin à la dureté des temps. Vainement Brousson, en 16132 déjà, avait protesté avec violence- ; vainement il avait conjuré ses coreligionnaires de tout souffrir plutôt que de céder ; il s'était heurté à des hommes sensibles à des considérations charnelles. Il n'avait pas suscité un peuple entier de mai'tyrs. Encore pouvait-il dire alors aux lecteurs de son Epitre, s'ils n'étaient pas « ardents et bouillonnants » comme Dieu voulait qu'ils le fussent, qu'ils n'étaient pas non plus <( entièrement froids ». Mais depuis lors le mal avait empiré. Le nombre des baptêmes^ et des mariages enregistrés par le clergé allait croissant, et par la dernière lettre que le prédicant avait fait imprimer à Lausanne, il semblait qu'il eiit secoué la poussière de ses pieds sur le seuil d'une Eglise dont l'apostasie était sans remède.

Papus et Pourtal furent bouleversés par le spectacle que leur offrirent, à leur i*etour,les paroisses où ils avaient compté quelques années auparavant tant de fidèles complicités. Les protestants ne se faisaient plus de scrupule d'entrer dans les églises, délaissaient les assemblées et. peine plus amère, décriaient les prédicants. Les docteurs catholiques avaient appris déjà à Bàville à contester la vocation de Paul Plan ou de Golognac ; ils ne manquaient pas de représenter à leurs nouvelles ouailles que ces pauvres gens, rustiques, illettrés, qui prétendaient leur prê-

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