‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 72 sur 346 · BuU.,ibid · texte numérisé non relu

BuU.,ibid

2. Nous ne savons si Bà ville avait proposé cette somme par un nouveau placard. La dernière prime oilerto pour la prise de Pourtal avait été fixée à 3U0 livres (1G<.)2).

138 LES PRKDICANTS PROTESTANTS

s'il lui plaît, à Favenir, parce que j'ai mis en lui toute ma confiance, et nonobstant toutes les menaces du diable et de l'enfer, j'ai continué de travailler à la consolation de mes frères, à l'instruction et à la correction des mauvaises mœurs qui se glissent parmi le peuple de Dieu, dans ce dernier et malheureux temps ».

En plusieurs endroits des Cévennes, en ellet, les mariages ou les baptêmes à l'église sont cérémonies communément acceptées. Les enfants eux-mêmes subissent déjà l'iulluence de l'éducation catholique : « La terre est déjà couverte de petits enfants qui font retentir les rues des villes et des bourgades en chantant l'idolâtrie ; j'ai la douleur de voir des gens (jui ont fait comme le chien qui reprend ce qu'il a vomi, tant de misérables qui avaient commencé par l'esprit, et qui finissent parla chair ».

Toutes ces choses me font gémir continuellement. En vérité. Monsieur, quand je vois la malheureuse conduite de ce peu[)le impénitent, je tremble, et je crains bien que Dieu n'achève de le détruire en sa colère, comme il a commencé de le l'aire à cause de sa révolte, de son impénitence et de l'horrible corruption dans laquelle il est tombé. . . C'est pourquoi, voyant <iu'il n'y a point de ressource pour le ramener de son égaremenl, j'exhorte le peu de fidèles qu'il y a encore dans celte nouvelle Egypte, à sortir promptement du milieu des inlidèles et de ce désert de Sodome. Il y en a qui ont profité de mes avis là dessus, et d'autres qui sont en état d'en profiter au premier jour. Pour moi, si je ne vois de changement, si ce malheureux peuple ne prolite pas mieux de nos remontrances, nous serons contraints de nous retirer après avoir exhorté les bons à suivre l'exhortation du Samt-Esprit : «Sortez de Babylone, mon peuple », car je ne crois pas que Dieu prenne plaisir à voir souffrir toujours ses enfants dans les flammes de la persécution.

On a pris deux de nos frères, un nommé Lacroix [Mounier] et l'autre Gras et envoyés aux galères. M. I^apierre. M. La Jeunesse ne sont plus dans ce pays. . . Maintenant les dangers sont plus grands que jamais, soit parce qu'on ne peut pas tenir la campagne à cause de la rigueur du temps, soit parce que ie pays est rempli de troupes. Outre que les meilleures de nos retraites sont découvertes par la malice de faux frères ou par l'imprudence des mal avisés. De sorte que je ne sais plus où reposer ma tète. . .

C'est ainsi que Pourtal répétait à son maître le langage que celui-ci avait tenu dans sa Lettre aux Elus de Dieu. Les appels

IMirSE DE NAMUR l.'if)

de Brousson, les exhortations des divers prédicants, poussèrent encore quelques familles de réformés hors des frontières', 11 ne restait guère aux prédicants que le suprême recours de la prière pour garder l'espérance. Quel réconfort leur avait apporté pendant l'année écoulée la campagne des Alliés ? Guillaume d'Orange, au prix de sacrifices considérables, avait réussi à reprendre la ville de Namur, et l'Europe avait tressailli de l'événement. Le duc de Savoie, avec les troupes de l'empire et de l'Angleterre, s'était également saisi de la forteresse importante de Casai. La coalition européenne entrevoyait cette fois encore l'écroulement prochain de la puissance de Louis XIV, mais à chaque défaite du roi, le peuple de Dieu ne sentait-il pas s'appuyer sur lui, plus pesante, la main des persécuteurs? <( Je vous dirai, écrivait tristement Pourtal à la fin de sa lettre, que la prise de Namur a fait trembler tout le royaume, mais avec tout cela, les nouveaux Egyptiens sont endurcis de plus en plus ».

1. Dans le post-scriptiim de sa lettre, Pourtal demande un renseignement à Brousson en vue de la sortie de France de « Mademoiselle Marion [Vestieu, de Nîmes] ». Le Dossier Pourtal contient une lettre de Marie Muzoyére, de Nîmes qui vient d'arriver à Genève vers le 20 mai 1G95 (Bull. XXXIV, 472). On trouve dans les cartons G. 17,). 174, 175. quelques informations touchant des fugitifs et des guides, datées des années 1694 à 1696.

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