novembre, G. 17'i. Gras avait 23 ans
4. Il dit « les avoir portés chez lav... [? lar ?] de Calvisson où il a été pris ».
rOURTAL A ALAIS 135
que prédicant, Fesquet, pas plus que Mounier, ne fut envoyé à la potence. Il partit pour les galères quelques semaines plus tard ' .
Il nous reste à parler de Pourtal. celui des prédicants dont l'activité nous est le mieux connue pendant cette année 1695, qui deux fois faillit lui être fatale.
Le jour de la Fête-Dieu, à Alais, il eut une terrible alerte. Il était dans la ville depuis une quinzaine de jours, s'y transportant dans les maisons sûres, et y faisant, comme il dit, de « petits exercices », priant, lisant des sermons ou des Psaumes, s'essayant même à quelques familières « remontrances ». Le 2 juin, pendant la procession sans doute, quarante personnes se réunirent chez la veuve Valmalette '. Un passant soupçonneux attendit, heureusement pour elles, qu'elles se fussent séparées, pour aller avertir le gouverneur. Il ne restait plus alors dans le logis que les deux femmes et la fille qui l'habitaient, et Pourtal, qui pensait sortir à la nuit. Lui-même racontait son aventui'e six mois plus tard à Brousson.
Eaviron quatre heures du soir, le gouverneur, le major, et plusieurs autres olïiciers, avec presque toute la garnison, s'élant mis sous les armes, commencèrent de courir à l'endroit où j'étais, et n'étant pas à plus de 30 ou 40 pieds de la maison dans laquelle j'étais, le bon Dieu... me fît entendre la voix d'un homme qui semblait être la voix d'un ange, qui me disait: « Sauvez-vous de devant vos ennemis si vous pouvez ! » Alors je commença de prendre le long des degrés et de monter au plus liaut de la maison. L'une de ces femmes s'étant emparée de mes livres mont.'», avec moi, nous passâmes tous deux sur le couvert et entrâmes dans une autre maison.
D'abord tout le quartier fut investi, les soldats furent dans un moment sur les tuiles et dans les maisons, et je n'eus point d'autres asiles pour me mettre à couvert de l'orage épouvantable qui me poursuivait avec tant de fureur, que celui de descendre dans un puits et de crier à mon Dieu de ce lieu profond, comme Jonas. Mais il était bien difticile de descendre si bas, outre que je n'avais personne pour me secourir [m'aider] ; d'autre côté, la crainte que j'avais de me
1. Aux galères. Gras disait avoir été condamné « pour avoir suivi les assemblées pieuses, lu l'Ecriture Sainte, fait des prières, et exhorté le peuple ». (Coinm. Fonb. Berbinau).
•2. Lettre du 1 ■ janvier IG'JG, de Pourtal à Brousson (extraite du IJossier Pourtal, C, 173) (Ihill. XXXIV^ 458), confirmée et complétée (pour les noms propres) par d'autres pièces du dossier. Parmi les assistants se trouvaient la femme de Guiraudet, notaire, «et la demoiselle Daudé, de Lasalle» [sans doute Marg. Jalaguiére, de Maliestre].
136 LES l'RÉUICANTS PROTESTANTS
perdre dans l'eau, ne sachant pas la quantité qu'il y en avait, m'avait épouvanté. Mais comme je vis que mes ennemis me pressaient de Ions côtés et que je n'avais pas d'autre ressource, je jetai mes souliers dans le puits • et je descendis après. Mais par la miséricorde de Dieu, ce fut un asile assuré, il n y eut deau que jusqu'au cou, mais il fallut y demeurer trois heures, de sorte que le froid m'avait pris d'une telle manière que je n'en pouvais plus supporter la rif^ueur ; aussi j'entendais toujours un grand bruit que mes ennemis faisaient en reniant le saint nom de Dieu connue impies.
Toute apparence. Monsieur, de me pouvoir garantir me fut ôtée, de sorte que je demandais à Dieu qu'il lui plût de me fortifier dans mon martyre, croyant bien d'être à la (in de ma course, et que Dieu m'appelait à soutlrir pour sa gloire. Le l)on Dieu, sous les enseignes duquel je marche, m'avait tout disposé, par les consolations du Saint- Esprit qu'il me faisait goûter dans ce lieu profond, à la vue de la couronne de vie <pi'il me prépare dans le ciel sous la condition de la persévérance dans ses voies ; aussi j'avais déjà pris congé du monde. Mais enfm la nuit étant venue, ces cruels persécuteurs se retirèrent au Fort, et le bon Dieu que j'adore me fit la grâce de sortir de ce profond bourbier et de m accorder encore la force nécessaire pour sortir tout à fait de la ville. Plusieurs fidèles étant survenus à mon secours pour m'aider à sortir du puits, ayant pi'éparé des cordes pour me davaler par la muraille de la ville, croyant que les portes étaient fermées ; mais en ayant trouvé une ouverte ils m'accompagnèrent dehors. Et m'étant transporté dans une maison de cam[)agne, le lendemain je fus tout désolé par les grands efforts que j'avais faits, ou par un coup fâcheux que j'avais reçu en une jambe en descendant d'une maison à l'autre, en telle manière que j'aidemeuréun mois et demi sans pouvoir marcher, étant d'obligation de me faire porter d'un endroit à l'autre.
Pourtal avait été ti\insporté en efl'et, sur une mule, à Vermeil (au sud d'Alais), chez la veuve Deleuze-. La maison était un refuge connu des prédicants. Gras, Laporte, La Rouvière, et Pourtal lui-même, étaient déjà venus s'y abriter. Laporte connaissait là un « camarade », plus âgé que lui d'une quinzaine d'années, un certain Jacques ïribes, précepteur des enfants Deleuze, qui avait, paraît-il, eu sa part dans les préparatifs de la tentative de meurtre dirigée en 1691 contre le capitaine de bourgeoi-sie Brès. Dans le logis, Pourtal reçut les soins d'un apothicaire d'Alais, qui, le soir même de son arrivée, vint le
1. Obliaré de descendre pieds nus pour pouvoir saisir toutes les aspérités du mur. il ne veut pas que ses souliers le trahissent. s"il les laisse sur le bord.
i. Originaire de Vézenobrcs, 40 ans en 1696.
POURTAL ÉCRIT A BROUSSOX 137
panser et le saigner. Il demeura là quelques jours, couchant, la nuit, dans un enclos voisin, sous les arbres, avec le valet de ferme, qui le gardait des détachements d'Alais. Il prêta à Tribes, pour les copier, les sermons de Brousson qu'il portait avec lui. Quand il fallut quitter le mas, le valet le conduisit, sur une mule, du côté de Boisset et d'Anduze. Mandajors, qui arrêta six personnes, ne put connaître le nom du prédicant que les soldats avaient manqué.
Avant la fin de l'année, Pourtal courut un nouveau danger*. Une petite réunion pieuse, qu'il présidait, fut surprise dans une maison. Les gens de guerre passèrent plusieurs fois à l'endroit où il avait pu se cacher, n'y ayant d'eux à lui que l'épaisseur d'une simple planche de bois (|u'on avait mis sur sa tête. « Ces maudits persécuteurs, dit-il, ont fait un procès à ces pauvres gens-là pour les avoir trouvés assemblés au nom du Seigneur. On les a condamnés à 500 livres d'amende, et on en a exilé une partie. Mais bien loin de prendre le chemin de l'exil, ils ont pris celui de Genève. »
Le premier jour de l'année 169G, Henry, las de tant d'épreu- A^es, se tournait vers l'homme qui l'avait formé au ministère, et dont la piété avait réchaufié et éclairé la sienne. Il écrivait à Brousson, sans savoir que celui-ci était venu reprendre, au nord de la France, sa vie agitée d'autrefois :
Monsieur et très honoré frère. Je ne sais si vous m'avez oublié ou si vos lettres se sont perdues ; quoiqu'il en soit, il y a longtemps que je n'ai point de vos nouvelles, ce qui m'oblige à ne différer plus de vous écrire pour vous donner des miennes..., pour vous demander aussi la continuation de votre amitié et le secours de vos bonnes prières, comme en ayant plus de besoin que jamais, vu que les dangers dans lesquels je me trouve depuis longtemps sont effroyables.
Après avoir fait le récit de ses deux grandes émotions de l'été : « L'intendant, poursuit-il, a dit que je serais capable de soulever toute la province, qu'il fallait m'avoir mort ou vif, ajoutant qu'il donnerait 1,000 livres à celui qui me livrerait entre ses mains". Mais le bon Dieu qui connaît le fond de mon cœur. . . m'a fait justice jusques à cette heure, et le fera encore,