BROUSSON RKNTUE EX FRANCE
pars et solides principes de V Evangile, il portait, soigneusement recopiées de sa main, trois Lettres Pastorales sur la restauration de l'Eglise. Nous les étudierons ailleurs. Qu'il suffise de dire ici qu'il y préconisait la création régulière, dans chaque Eglise, d'assemblées mutuelles d'édification, puis la formation d'un corps d'Anciens, enfin l'établissement de prédicateurs qui administreraient les sacrements. Une consultation à la fois ecclésiastique et juridique sur les baptêmes et les mariages, couronnait le tout.
Brousson apportait maintenant à un peuple auquel les défenseurs politiques menaçaient de faire défaut, des procédés raisonnes de résistance et de rétablissement. Huit ans aupai'avant, il avait laissé se débattre dans des discussions didactiques les pasteurs réfugiés, pour accourir au secours des âmes qui se mouraient. En 1697, abandonnant Comités rivaux, diplomates subtils, princes oublieux et égoïstes, il quitta les Pays-Bas, pour aller poursuivre au Poitou une œuvre religieuse qui lui importait plus que tout le reste. « La piété seule du peuple, avait-il écrit, peut toucher la miséricorde de Dieu. Il faut donc continuer comme les premiers chrétiens à l'invoquer de nuit, dans les cavernes et dans les déserts, pour émouvoir sa pitié par un culte vraiment pur» \
Une de. ces intuitions irrésistibles qui saisissent l'être tout entier, où riioinme religieux reconnaît sans hésiter la main de Dieu, qui tout à la fois entraîne et rassure, le lançait dans la fournaise, l'arrachant à nouveau à son fils et à sa femme. Le 20 août, il écrivait à celle-ci, qui n'avait pas vu son troisième départ sans une déchirante angoisse, une lettre analogue à celle qu'il lui avait adressée lors de sa première arrivée aux Cévennes, aux côtés de Vivent :
Je suis fort en peine de vous, ma chère femme, sachant que vous avez si peu de force d'esprit pour supporter les épreuves par lesquelles il plaît à Dieu de vous faire passer. Vous n'avez pas considéré comme vous deviez les grâces qu'il m'a faites et celles qu'il vous a faites en même temps. . . Vous résistez toujours en quelque manière à la vocation de Dieu, et par là vous vous opposez en quelque sorte aux intérêts de sa gloire, à favancement de son règne, au salut et à la consolation de son peuple désolé, à mon devoir, et à mon propre salut. . .
\. L. Xègre, 91. (Lettre Pastorale sur les anciens).
. . .Il faut que je suive [la] vocation [de Dieu] et le mouvement de ma conscience, et il faut que vous fassiez à Dieu un sacrifice de toutes les considérations de la chair et du sang pour acquiescer à sa volonté. Vous devez avoir reconnu que j'ai la crainte de Dieu, et les grâces que ce bon Dieu m'a accordées par le passé, vous doivent donner cette sainte coniiance... qu'il me donnera toujours des témoignages de sa miséricorde, de son amour et de son soin paternel.
...Ne vous inquiétez de rien ; mais souvenez-vous toujours que Dieu conduit toutes choses avec une sagesse admirable... Dieu veuille vous conserver, vous fortifier par sa grâce, vous faire goûter les consolations de son Saint-Esprit, vous combler de toutes ses bénédictions, rétablir bientôt sa pauvre Jérusalem, mettre lin par là à nos misères, et nous faire un jour participants de sa gloire •.
La mallieureusc femme ne devait pas revoir son mari.
Brousson remonta le Rhin, parvint en Suisse, et entra dans le royaume par la Franche-Comté. Il était à Lyon vers le milieu d'octobre (1G97). La colonie suisse protestante de la ville, que le roi avait autorisée, en 1692, à posséder un cimetière" et autour de laquelle se groupaient, malgré une surveillance constante, les Nouveaux Convertis notables, olTrit au pasteur un refuge momentané. Il avait vu sur sa route les réjouissances publiques anticipées qui saluaient une paix que l'on pensait assurée ; il avait recueilli les soupirs des réformés qui en attendaient un sérieux soulagement. Il apprit à Lyon, mais sans beaucoup de détails, les dernières démarches des Comités de Hollande.
La signature de la paix générale, en raison des diflicultés soulevées par les princes d'Allemagne et l'empereur, avait été renvoyée encore du 30 août au 20 septembre. Les réfugiés virent dans ce nouveau délai une faveur de Dieu. Le 15 septembre, le Mémoire des Alliés Protestants, dont les termes avaient été discutés avec le Comité zélateur des Huit, fut remis par M. de Pembrock, chef de l'ambassade d'Angleterre, au médiateur, M. de Lilienroth, lequel le présenta immédiatement aux plénipotentiaires français. La discussion fut vive. Les Français, prétextant les ordres formels de Louis XIV, réinsèrent d'abord de recevoir une pièce qui concernait les affaires religieuses du royaume. Sur les instances du médiateur, M. de Caillières consentit enfin , le 18 septembre, à prendre le Mémoire,