D'après Brousson lui-même. Corbière, p
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dant que l'Eglise de France agonisait, privée de secours spirituels. Ses collaborateurs au Comité des Huit, ses correspondants d'Angleterre, d'Allemagne ou de Suisse, parlaient des réfugiés, du roi, de ses Conseils, des Alliés. L'ancien pasteur du désert pensait à « la pauvre Jérusalem » éparse dans le royaume. Les fausses nouvelles que colportaient les agents de Louis XIV, et qui affirmaient la soumission définitive des Nouveaux Convertis, l'indignaient. L'écho qu'elles trouvaient parmi les réfugiés de Hollande lui perçait le cœur. « N'alléguons pas que Jérusalem est ruinée, qu'elle n'est plus, qu'il n'y a plus de peuple de Dieu sous la domination de Babylone. Ha! ce langage nous paraît suspect ! C'est le langage des oppresseurs du peuple de Dieu ! ».
Bien plus, pouvait-il affii-mer, ce langage est faux. Il se rappelait les résultats inattendus de son dernier voyage missionnaire. Dans le nord de la France, en Normandie, sur les bords de la Loire, des âmes protestantes vivaient encore, avides de recevoir la a manne mystique ». Il connaissait déjà le Bas-Languedoc et les Cévennes. Qu'en était-il du Poitou, de la Saintonge, de la Guyenne, du Montalbanais, du Béarn ? Le vaste mouvement de résistance, qu'il avait voulu organiser en 1683 dans la France entière, lui était-il donc interdit de le souhaiter à nouveau ? Une protestation générale des âmes réformées ne serait-elle pas l'argument décisif à opposer aux audacieuses allégations du roi? Lors de son premier retour en France, en 1080, Brousson, on s'en souvient, en était encore à chercher sa voie. En 1697, à la veille de sa troisième tournée apostolique, sa ferveur, au contraire, était au service d'un plan de campagne nettement tracé. Non seulement il s'était enquis auprès des pasteurs des Pays- Bas, du nom des réfoi-més fidèles que ceux-ci pouvaient lui signaler dans les provinces de l'Ouest et du Sud-Ouest, et en avait dressé des Mémoires méthodiques, mais il était résolu à entreprendre pai^tout sur son passage, une organisation réglée des Eglises du dései't. Ses séjours en Hollande, son second voyage en France, avaient définitivement mûri la conception qu'il s'était faite du ministère extraordinaire. L'institution des prédicants lui apparaissait comme la dispensation providentielle qui sauverait de la mort le peuple opprimé. Dans le modeste bagage dont il se chargea, en même temps qu'une trentaine de sermons manuscrits, dont dix avaient été composés ou analysés par lui au cours des derniers mois, en même temps que YInstruction Chrétienne dont il était l'auteur, contenant les