DE L'AUTEUR
Le présent travail a été commencé il y a plus dix ans dans une paroisse protestante des Basses-Cé venues. Je pensais me borner à quelques recherches, en vue de préciser ou de rectifier les pages du livre de O. Douen qui concernent le midi de la France. Les archives du Languedoc m'avaient fait envisager déjà sous un jour nouveau l'activité des premiers prédicants, lorsque M. Fonbrune-Berbinau, en me révélant les richesses des Papiers Courte a élargi mes ambitions jusqu'à la mesuï'e qu'elles ont prises. Après avoir mis à ma disposition, avec la plus généreuse libéralité, ses dossiers inépuisables, il a bien voulu encore présenter au public cet ouvrage, qui lui doit en somme d'èti'e ce qu'il est. C'est à lui, d'abord, que j'exprime ici ma reconnaissance profonde.
Ma gratitude va aussi à tous les chercheurs qui l'avaient enrichi lui-même, et particulièrement à M"»^ A. de Chambrier et à M. N. Weiss, secrétaire de la Société de V Histoire du Protestantisme français. Ce dernier, de plus, m'a très obligeamment guidé dans la Bibliothèque dont il a la garde, et m"a cordialement ouvert aussi sa Bibliothèque particulière et ses dossiers.
M"'« Teissier du Gros (de Valleraugue), M. Louis Fuzier (de Lavoulte-sur-Rliône), le docteur L. Malzac (de Lasalle), mon frère le Capitaine E. Bost, MM. les Pasteurs A. Heilmann (de Gottingen) et E. Fuchs (de Wâchtersbach), le personnel des Archives de la Préfecture de l'Hérault, m'ont communiqué d'importants documents, ou procuré de précieuses copies. Je remercie ces collaborateurs, jamais impatients, et avec eux bien d'autres encore, dont j'ai mis également la complaisance à l'épreuve, soit pour vérifier un texte, soit pour dresser ma carte, soit pour illustrer mes deux volumes.
Grâce à ces bonnes volontés, qui jusqu'à la fin ont soutenu la mienne, j'achève ma tâche dans l'atmosphère où je l'avais entreprise. J'ai vécu dans une région dont chaque sonnnet, chaque vallon, chaque mas rappelle les douleurs et les espérances des religionnaires de jadis, où les hommes portent encore, parfois, les noms des galériens ou des martyrs. D'innombrables détails, à mesure qu'ils sortaient des archives, ont évoqué à mes yeux la vision concrète d'un paysage ou d'une figure. Je ne songe jamais sans émotion à la lumière éclatante où vibre, l'été, dans les garrigues, la pâle verdure des chênes-verts, ni aux longues ombres violettes dont le velours s'étend, les soirs d'automne, sur les pentes des Gévennes, moutonnantes de châtaigniers. J'ai aimé le patois pittoresque et vif. Je me suis recueilli devant de rudes visages d'aïeules, encadrés de la sévère coiffe noire. La dure franchise, les mœurs fortes et saines, la piété tenace, un peu sèche, mais sérieuse et essentiellement morale des meilleurs, m'ont à jamais conquis le cœur. Attaché aujourd'hui à une grande ville, et agissant sous d'autres cieux, j'ai plaisir à penser, en posant la plume, que ce livre, qui par endroits touche à l'histoire générale de l'Europe, reste avant tout languedocien, et même cévenol.
Ch. B.
Lasalle (Gard), 1896-1904.
Firminy (Loire), 1901-1906.
Le Havre, 1906-novembre 1911.