‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 101 sur 284 · JURIEU ATTEND DES MIRACLES · texte numérisé non relu

JURIEU ATTEND DES MIRACLES

A l'époque où Jurieu arriva à Rotterdam (1682), après avoir essayé les arguments acérés de sa controverse contre les jansénistes, contre Bossuet, et contre le clergé de France tout entier, les protestants du royaume étaient déjà réduits à un état précaire ; mais ce fut pendant les deux premières années de son séjour que les coups les plus violents se multiplièrent contre eux. Au début de IG80, en portant ses regards sur l'Europe, Jurieu pouvait constater les progrès considérables du catholicisme. Les jours de l'Eglise réformée de France étaient comptés. p]n Hongrie, l'empereur reprenait contre ses sujets calvinistes et luthériens une persécution qui avait déjà sévi pendant dix ans. En Angleterre enfin, en février, mourait le roi Charles II, qui du moins faisait encore profession officielle d'anglicanisme, tandis que son successeur, Jacques II, était ouvertement catholique et ne cachait point ses desseins convertisseurs. « Jamais, depuis plus d'un demi-siècle, la Réforuie ne s'était sentie si menacée »*. Les succès foudroyants des dragonnades, la Révocation, l'exil des pasteurs, portèrent à leur comble les souffrances de Jurieu, et tandis qu'il luttait encore avec ses moyens accoutumés contre les docteurs catholiques et contre les arrêts du roi, il épiait et cataloguait avec une candeur superstitieuse, les prodiges qui lui allirmaient la justice de sa cause. « Je ne voudrais pas assurer absolument, devait-il écrire en 1G88', qu'il revint un siècle dans lequel on verra des hommes et des saints à miracles comme autrefois. Mais certes j'y vois apparence. . . Peut-on se persuader que les historiens de tous les siècles se soient entendus pour nous tromper en nous faisant croire que les grandes révolutions qui sont arrivées dans les sociétés du monde et dans l'Eglise ont été précédées par des événements extraordinaires, des tremblements de terre, des signes au ciel, des prodiges sur la terre! » Aussi, les orages terrifiants, les feux descendant du ciel, d'autres sortant de terre, les signes très parlants qui paraissaient dans les airs, les insectes de figure inconnue qu'on avait cru voir tomber des cieux, « toutes choses que les faiseurs de nouvelles publiques n'avaient pu s'empêcher de remarquer », lui fournissaient-ils des sujets de méditation '.

I. G. Pajfès, Le Grand Electeur et Louis XIV, p. 331. M. Pages dit : m le parti protestant ». Y avait-il déjà un parti protestant? Ce sont les protestants de France, réfugiés à l'étranger, qui semblent l'avoir créé.

'2. io octobre. Let. Past., III, 83.

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