‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 107 sur 284 · Ace. den Proph., Avis préliminaire · texte numérisé non relu

Ace. den Proph., Avis préliminaire

2. Voir pour ce qui suit G. Pag:ès, p. j;î3 et A. Wacldinjjton, II, 533.

3. Sur Gaultier, voir Corbière. Egl. réf. de il/on«pe»îer (en particulier, p. 276), et Do Chambrier, H. de Mirmand (surtout p. 60 où sont les références).

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gnent, mettent à son service l'influence qu'ils ont sur Guillaume d'Oi'ange et le Grand Pensionnaire Fagel. L'entente est enlin signée le 23 août. La révocation de l'édit de Nantes, qui rendit irréparable la rupture de l'Electeur avec Louis XIV, devait l'esserrer les liens qui l'unissaient à la Hollande et naturellement exciter le zèle que les pasteurs apportaient aux négociations. Le ministre Claude, dans ses célèbres Plaintes, parues en avril 1686' parle à mots couverts de la nécessité qui s'impose désormais aux pi'inces protestants de « diminuer les forces » de la France, puisque son évident dessein est « de les ruiner tous et de ne s'arrêter point qu'elle ne les ait dévorés ». « Il faut espérer,ajoute-il,qu' [ils] tireront de là leurs justes conclusions». Au débutde 1080, Frédéric Guillaunieaccueille Claude Brousson, qui poursuit à cette heure la même œuvre de concentration évangélique que les pasteurs de Hollande, et l'Electeur négocie bientôt un accord avec la Suède (23 avril).

Mais la question a déjà été agitée d'élargir le cercle des alliés. Le sourd mécontentement des puissances catholiques contre l'hégémonie que s'attribue le roi de France va s'allirmer à l'occasion des premières ententes que nouent les peuples du Nord. Jurieu le sait encore, et de cette coalition générale il consent à prendre publiquement la responsabilité. Les «Deux Témoins», dit-il sans aucune réticence dans son ouvrage « sont ceux qui réveilleront l'Europe tant catholique que protestante pour V obliger à penser à elle et à sa sûreté»-. Le congrès d'Augsbourg s'ouvre enfin (9 juillet), où s'esquisse une ligue qui réunira contre Louis XIV non seulement les protestants d'Allemagne, la Suède et la Hollande, mais aussi l'empereur et le roi d'Espagne. Bien que des considci'ations politiques y soient seules agitées, les réfugiés voient dans l'action qui s'organise, une promesse de Dieu. Le 4 août, à Glèves, l'Electeur et le Stathouder scellent définitivement leur entente. Claude est là, venu de la Hollande en même temps que beaucoup d'autres ministres réfugiés. « Toute la Houguenotterie y raisonne sur la religion. »

Comme tous les protestants du royaume, Jurieu avait été un sujet fidèle. En 1082, dans ses Derniers efforts de V innocence affligée, il avait déclaré ne pas vouloir se départir vc du respect qu'on doit à un roi, à un grand roi, à son roi ». La rupture d'un

1. Les Plaintes des pj-otestan^'<... cruellement opprimés dans le royaume de France. (Réédité en 1883 par F. Puaux), v. p. 99 (Ed. de 1885).

i. Ace. des Proph., Avis préliminaire.

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édit irrévocable et perpétuel, solennellement donné et solennellement maintenu, après laquelle il n'y avait plus rien désormais de stable en France', les cruautés de la dragonnade et de l'exil, avaient détruit en lui, comme en bien d'autres cœurs, un loyalisme jusque là irréprochable.

On ne pouvait attendre des protestants Cévenols, à l'égard d'un roi qui punissait de mort l'assistance au culte évangélique, des sentiments difTérents de ceux de Gaultier, de Claude ou de Jurieu. La coalition des peuples étrangers contre la France, que le prophète de Rotterdam légitimait par l'Apocalypse, et dont il parlait avec une sérénité entière, fut accueillie dans le Languedoc avec une parfaite joie.

A' ers le 20 septembre. Soulier, qui vient de quitter Bringuier, rencontre entre Anduze et Saint- Jean le S'^ Dumas, originaire de Lasalle, marchand de cadis à Anduze, et dans cette dernière ville avertisseur des prédicants. Ils s'entretiennent «des affaires delà religion et du temps ». Dumas affirme que « les affaires changeront bientôt, que leur religion fleurira plus que jamais, que les princes d'Allemagne ont fait une ligue contre le roi pour faire remettre l'édit de Nantes et rétablir la R. R. dans le royaume; qu'il faut avoir bon courage, et que les choses ne demeureront pas longtemps en l'état qu'elles sont ». Et pour preuve de ses affirmations, Dumas montre à son interlocuteur une lettre. La communication avait paru de si joyeuse augure à Soulier, qu'il avait gardé la feuille pour en recopier une partie. Six semaines plus tard, devant ses juges, il devait affirmer spontanément que a c'était une chose sûre, et qu'on avait envoyé la nouvelle de Paris » '.

Le jour même de la dernière assemblée de Chapus au Plan de Las B'ourques (27 octobre) l'ancien pasteur de La Coste, devenu baillifde Saint-Etienne Valfrancesque, est accusé parle curé du lieu d'avoir depuis quelque temps répandu à Saint-Germain le bruit que les princes d'Allemagne, luthériens ou calvinistes, se sont unis et ont fait une ligue contre la France ^

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