‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 117 sur 284 · Dossier Menut, C. 163. (Rouquette, II, .").ï · texte numérisé non relu

Dossier Menut, C. 163. (Rouquette, II, .").ï

:2. Dossier Capdur, C. 165.

3. C. 163. Dossier Soulier. Il prétendit s'appeler Chrétien Cabanis, et être d'Anduze. Outre la lettre de Paris, qui parlait de la Ligue d'Aujrsbourg, Soulier avait sur lui quelques pages manuscrites qu'il avait copiées sur des livres, un Psautier, un livre (Le Devoir de la perséi-erance), une Prière imprimée pour demander à Dieu l'exercice de la R. i?., et une lettre pieuse écrite par le galérien Arnaud, de Gros. (Le tout manque au dossier).

MORT DE BARBUT ET DE MILIIAbSE llU

28 décembre dans le quartier de Mourrefrecli, sur le chemin de Sauve *.

Devant 200 assistants, Serein fait chanter un Psaume et prononce « la première prière ». La sentinelle la plus avancée vient donner avis qu'un gros détachement est sorti de la ville. La foule se disperse au clair de lune, mais bientôt, dans un vallon, le prédicant rassemble quelques croupes. « Messieurs, dit-il, nous avons été troublés à la première assemblée, mais il ne serait pas juste de nous séparer que je ne vous donne une bonne prédication ». Il reprend donc le culte interrompu, l'achève et repart avec un petit garçon qu'on dit son fils (qui a fait la quête), et une dizaine d'hommes, dont l'un porte la Bible dans un sac de selle'. Les dragons, après avoir cherché toute la nuit sans rien trouver, se postent aux avenues de la ville. Au matin, de nombreuses personnes sont prises et conduites devant les juges. Quatre-vingts, au dire de Faucher, sont retenues, quelquesunes dirigées vers le château de Sommières ou les prisons d'Aigues-Mortes en attendant leur déportation, les autres élargies. Enfin six jeunes gens (un cardeur, François Barbut, et cinq compagnons qui travaillaiei^t chez lui) ont leur procès régulièrement instruit.

Au cours de l'œuvre de répression que Bàville poursuit avec tant de persévérance, on ne surprend jamais chez lui un mouvement d'émotion en face de ses victimes. Il travaillait à l'exécution des ordres du roi avec l'application d'un ouvrier consciencieux. Plus tard il considérera comme un « métier » fatigant de condamner les faiseurs d'assemblées. Tout ce qu'il se permet, c'est une vague sollicitation à la modération dans la cruauté, quand il entrevoit l'inutilité des supplices. Devant les accusés de Nîmes, il hésita et demanda des instructions en Cour. Ce fut Louvois qui lui répondit :

« Sa Majesté n'a pas cru qu'il convînt à son service de se dispenser entièrement de rexécutlon de la déclaration qui condamne à mort ceux qui assistent à des assemblées. Elle désire que de ceux

1. Voir pour ce qui suit le Dossier Barbut, C. 105, et aussi Mrm. de Faucher (Bull. XX\, 503) : Jurieu, Let. Pasl., I, 37(i : et Gaultier, II, -210. L'assemblée devait se tenir du coté du mas de Cornon, au delà des Quatre Pillons, à gauche du chemin, dans un endroit enfoncé nommé Pié Martel. Les sentinelles étaient placées sur le chemin du mas des Gardies, qui appartenait à un protestant.

2. L'aubergiste de la Baraque de Fous [outre Gardon], prés de Saint-Mamert, les vit passer. Ils étaient tous du quartier, car il les reconnut, à la réserve de Serein, qu'il dépeint avec sa longue perruque et son long justaucorps.

qui ont été à rassemblée d'auprès de Nîmes, deux des plus coupables soient condamnés à mort, et que tous les autres hommes soient condamnés aux galères. Si les preuves ne vous donnent point lieu de connaître qui sont les plus coupables, le roi désire que vous les fassiez tirer au sort, pour que deux d'iceux soient exécutés à mort »i.

Bâville fit donc « tirer au billet » les six accusés, « pour n'en pendre que deux ». François Barbut et Jean Milliasse marchèrent à la mort (2o janvier) pleins de fermeté, au milieu des tambours, repoussant les jésuites qui les exhortaient. Barbut laissait une femme et des enfants -.

A Mourrefrech, Serein avait pris le texte de son sermon dans le XVP chapitre de l'Apocalypse qui dépeint le monde livré à la fureur divine et à la violence de la Bête. Il est aisé de penser que c'était en vue d'allirmer que la victoire viendrait un jour. Quelles que fussent leurs douleurs, les réformés gai'daient la confiance. Aux premiers jours de janvier, l'ancien pasteur de Vézenobres, François Dumas, demeuré en France au prix d'une apostasie, osait dire qu'il espérait n'être pas encore six mois sans prêcher dans le royaume \ Les prophéties de l'Apocalypse et la Ligue d'Augsbourg s'étayaient mutuellement pour garantir l'avenir.

Aux Basses-Gé venues, les prédicants, dont l'activité devenait singulièrement malaisée et périlleuse ne consentirent cependant pas à se taire. La nuit du 2o au 2G janvier, aux environs d'Alais^un culte d'humiliation et de jeûne fut célébré. Trois exhortations successives, prononcées par trois prédicateurs différents, et coupées par le chant des Psaumes, y retinrent 800 personnes de huit heures du soir à cinq heures du matin.

Bringuier avait pris part à l'assemblée. Il avait maintenant retrouvé son ancien accompagnateur, Salendres, de Soudorgues. Après six mois de captivité dans la Tour de la Reine, à Aigues-Mortes, le jeune Cévenol, que ses compagnons de cachot exhortaient à la résignation, s'était « impatienté ». Il avait arra-

1 Roussel, III, jOI, le 10 janvier 1087.

~2. Les conclusions de Chazel sont du 16 janvier. La peine n'y est pas indiquée: le tirage au soit n'ayant pas encore eu lieu, lîarbul était de Saint-Chaptes, Milhasse [et non Mibiasse comme écrit Jurieu], de Blau/.ac. Lés quatre jeunes S^ens envoyés aux galères étaient Etienne Deleuze, Isaac Codonel, Etienne Cambon et Antoine Moynier.

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