‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 118 sur 284 · C. 167. Dossier Dumas · texte numérisé non relu

C. 167. Dossier Dumas

4. Salendres (voir ci-aprés) dit : « A deux lieues de Mandajors », indication intentionnellement très vague.

rilISE DE SALENM)RES, ET DE MEIRUEIS l'.»3

ché les quatre serrures de deux portes successives, descellé deux pierres de taille, et s'était évadé avec deux prisonniers, dont l'un était Nissolles, de Ganges. Tandis que Nissolles, blessé, était laissé à la t^arde d'un religionnaii'e de Marsillargues, Salendres était remonté aux Gévennes avec le troisième évadé, avait avec lui « roulé les bois », pendant un mois, se nourrissant de châtaignes, entre Gangcs et Anduze, jusqu'au jour où il avait rencontré Bringuier '.

La nuit qui suivit la grande assemblée, Salendres, accompagné d'un petit garçon et de deux hommes, venait demander asile à un laboureur de la plaine d'Alais. Glacés par le l'roid, ils obtinrent de lui qu'il leur permît d'entrer dans son /jai/Z/e"/' (grange à paille). Le paysan les y enferma à clef, et les dragons d'Alais qui sans doute les suivaient à la piste, les saisirent tous les quatre. Il y a lieu de croire que le petit garçon pris dans la grange était là avec son père, Antoine Mazel, de Soudorgues, et qu'il était le David Mazel, neveu de Salendres lui-même, dont Brousson est seul à parler, qui « âgé seulement de onze à douze ans, consolait le peuple par de belles prières et récitait même des sermons dans des assemblées » '.

Jacques Salendres, qui portait le surnom de Capitaine « parce que son père l'avait été ' », déclara a qu'il n'avait point fait abjuration, et n'était pas en état de la faire, ne croyant pas trouver son salut dans la religion catholique ». Il confessa avoir assisté à l'assemblée de la veille, raconta son évasion d'Aigues- Mortes, et ne nia point avoir escorté Bringuier.

En même temps que lui fut interrogé à Alais le prédicant Louis Meirueis d' Anduze (25 ans), appréhendé par les soldats le soir du 2(j janvier près de Lédignan, et qui, la nuit précédente, avait prêché dans un bois des environs de Générargues. Meirueis était porteur d'un certificat d'abjuration daté de Besançon. Il est probable, par conséquent, qu'il avait voulu sortir du royaume par la Franche-Comté, n'y avait point réussi, et avait dû revenir dans les Gévennes. Il gardait un remords persistant de sa fuite ou de sa défaillance, car il déclara, au moment de

1. Bull. XI, 45 (l'écit de Xissolles) : .M. Lelièvre, Un déporte..., p. 10 i récit de Serres, un des prisonniers de la Tour) ; et Interroj;-. de Salendres, C. ICi.

2. Dossier Salendres, C. lO'i (incomplet). Le quatrième prisonnier était peutêtre Fesquet, de Soudorgues. Antoine Mazel et son lils furent di'-portés. Brousson, Rel. des Merv., p. 'J.

3. Le surnom, dans la lamille, remontait en fait au xvi' siècle, lui l.'iT'i, un Jcïhan Salendres, de Soudorgues, est dit : Loii capiUmi.

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son arrestation : « Dieu m'a puni, j'ai abandonné mon troupeau dans le désert ». Meirueis prétendit être allé toujours seul d'assemblée en assemblée, « priant Dieu et excitant les autres à prier, en leur disant les passages de l'Ecriture Sainte qu'il savait ». Absolument illettré, « il disait tout ce qui lui tombait dans la pensée ». Quant aux endroits oii s'étaient tenus ses cultes, il eut une réponse ingénue et malicieuse de paysan : « Il levait les yeux au ciel quand il prêchait et il ne pouvait connaître personne ; ni savoir en quels lieux il prêchait, parce que ce n'était pas de jour ». Meirueis et Salendres furent condamnés le 0 mai*s à être pendus à Lédignan, dans la communauté où le premier avait été pris, et qui dut payer l'amende '.

Le même jour, Bâville envoya aux galères l'ancien chantre de Saint-Jean du Gard, Lambert, fugitif depuis le 29 janvier 1G86, qui avait entonné les Psaumes à l'assemblée de la Bèbe ".

Le G mars également, l'intendant condamna à la même peine un personnage singulier, qui se vantait d'être prédicant, mais dont il est difficile d'apprécier la véracité.

Pierre Guitard est, comme Desgroulx, d'origine catholique '. Né en 1641 à Gasy, paroisse de Ghanac, sur le causse de Sauveterre en Gévaudan, il a été élevé au séminaire de Mende où il a reçu la tonsure et les « quatre moindres ». Mais il a pas poussé plus loin, et s'est fait « précepteur de la jeunesse ». 11 a voyagé, et a passé quatre ou cinq ans dans la Guyenne et le Béarn. Il a défendu là la Religion Catholique contre les P. Réformés, se vouant à une sorte d'apostolat de controverse dans les maisons particulières. A Pau, il est même allé attendre, à leur sortie du temple, les ministres Olivier et Daneau pour les solliciter de disputer avec lui. Les missionnaires du Béarn, de la Gascogne, de Périgueux et de Cahors, en récompense de ses bons offices, lui ont fourni les moyens de subsister. Il porte avec lui un petit collet de batiste qu'il a reçu d'un missionnaire à Sarlat. Il a entendu le carême de 1G86 à Béziers où prêchait l'abbé de la Pérouzc. De là il a poussé jusqu'à Montpellier où le chanoine Philippe Goste lui a fait cadeau d'un porte-collet où

1. Dossier de Meirueis, 1res incomplet, C. 164 et 107. Les conclusions contre lui sont du 0 mars, le dernier inlcrrog-atoire du 0. Le jugement manque, comme aussi celui de Salendres. Sur Meirneis et Salendres a oir Jurieu. Let. Past., I, 377, et D. Benoît, Le Huguenot, 1" janvier 18'.t8.

2. Lambert avait été arrêté à Montpellier le lli février 1087. Jugement : C. 164. a. Dossier Uuitard, C. 104.

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