‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 166 sur 284 · Ch. Weiss, II, 22V, et Douen, II, 91 (d'après Lamberty · texte numérisé non relu

Ch. Weiss, II, 22V, et Douen, II, 91 (d'après Lamberty

PROJET d'LNE invasion DU DAUPIUNÉ 275

Miremont, fort attaché au protestantisme. Le marquis avait quitté la France quelques mois avant la Révocation. Il aurait proposé d'abord à l'Espagne de s'emparer du port de Cette et d'y débarquer ties troupes, puis en 1689, aurait fait soumettre au prince d'Orange un nouveau plan d'invasion, accueilli favorablement par le Maréchal de Schomberg et l'ambassadeur d'Espagne. A y regarder de près, le marquis de Miremont, si l'on en juge par son projet tel qu'il nous a été conservé, n'a fourni « qu'une ébauche générale et faite à la hâte ». 11 semble même que par suite d'une confusion de noms certaines démarches de M. de Mirmand aient été attribuées à M. de Miremont '. A. Court concluait des pièces qu'il avait sous les yeux (les papiers de Mirmand) que le dessein avait ét« soumis au maréchal de Schomberg par le marquis de Yenours et le ministre Gaultier dès le printemps de 1089 -. Il est constant que la première impulsion vint de Londres, et à cette date.

Le 2 avril, M. de Venours, sans dévoiler encore tout le projet, informa Mirmand que les Yaudois du Brandebourg^, formés en compagnie franche, avaient déclaré qu'ils étaient assez forts pour rentrer dans leurs Vallées, et pour s'y maintenir « pourvu que leurs amis leur fussent favorables ». 11 lui demandait en même temps si les Yaudois de Suisse n'étaient point encore dans le dessein de revoir leur pays, et le priait enfin de linformer sûrement « si l'on pouvait compter de faire considérablement des troupes en ce pays-là [la Suisse] et si on ny trouverait point quelques réfugiés dans la disposition d'aller en Dauphiné j' faire un tourh). Un mois plus tard, il désapprouvait Mirmand de vouloir remplir l'Irlande des hommes que la Suisse ne pouvait plus nourrir, et conseillait de les garder dans les lieux les plus proches de France « et de tâcher même de former quelque petit corps pour être en état d'y entrer dans la première occasion qui s'offrirait »*.

Quel accueil ces vagues projets d'une invasion du royaume à main armée allaient-ils trouver auprès des réfugiés?

Le Prince d'Orange était devenu sans elToi't Guillaume III, roi d'Angleterre et roi d'Ecosse. Jacques II avait fui devant lui.

1. Voir Ch. Wciss, II, l'.U, où l'erreur semble parvenir d'une source ancienne.

2. Pap. Court, n' 28, II, f' 996. Gaultier ne partit de Berlin pour Londres avec des instructions secrètes qu'en mai 1089. De Chambrier, pp. 1-2-2, 13-2.

3. De Venours à Mirmand. De Londi-es, -2, 1-2 avril 1089. Pap. Court, 17, O, f» 110. '). Id. mai 1089, 17, O, I" i-2'.. De Chambrier. p. 117.

276 LES PRKniCANTS PROTESTANTS

Il ne trouvait plus qu'en Irlande une résistance sérieuse à sa nouvelle autorité. En détrônant un prince catholique, il avait gardé TAngletei're à la Réforme \ En déclarant la guerre à la France (21 mai) il allait joindre les armées et la flotte d'Angleterre aux forces des nations coalisées contre Louis XIV. La primauté que l'Electeur de Brandebourg s'attribuait en IG80 parmi les princes évangéliques lui revenait maintenant sans conteste. Jurieu publia que le succès donné par Dieu aux entreprises du prince devait assurer les réformés de France qu'il était celui dont Dieu se voulait servir pour l'accomplissement de ses grands desseins-. Il écrivit au prince lui-même : « Je suis persuadé que V. M. répondra aux intentions de la Providence, qui est de le mettre pour Signe et pour Miracle en Israël ». Le prince mit à sa réponse (21 mars) une apostille de sa propre main : « Soyez assuré que je ne négligerai rien de ce qui sera en mon pouvoir pour protéger et avancer la religion protestante, et Dieu, j'espère, m'en donnera les moyens afin que je puisse sacrifier le reste de ma vie à l'avancement de sa gloire » ^ La lettre fut naturellement copiée et répandue. Il n'était plus douteux que Guillaume ne fût un nouveau Zorobabel, choisi par la Providence pour rétablir Jérusalem '. Des prières s'élevèrent en France pour le succès définitif de son entreprise '. Des bataillons de réfugiés combattaient avec lui. Les protestants qui voyaient dans la chute du papisme en Angleterre le début glorieux de la résurrection annoncée pour l'année 1689, pouvaient-ils hésiter à travailler au succès d'une ligue européenne dont il était l'âme et à se faire ses auxiliaires fidèles contre un roi impie?

Jurieu examina publiquement dans sa Lettre Pastorale du 1" janvier 1689 « la question s'il est permis de défendre sa religion par les armes », et il conclut sans ambages : « Si les lois de la nature autoinsent tout homme à défendre par les armes sa vie, son honneur, sa femme et ses enfants, ses biens, sa patrie, qui doivent être sacrifiés à la religion quand elle l'exige, à plus

1. Voir une note des (•diteurs des Mémoires de Bostaquet, p. 2-27, citant la lettre d'un Jésuite de Londres : « Pour nous il n'y a i)lus ni loi ni esi)érance. Nous sommes f pour celte fois (Siano futti per qiiesta voUa) ».

Page 1