‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 174 sur 284 · G LES PRÉDICANTS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

G LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

Le départ avait été fixé d'abord au mois de mai, date assignée à la résurrection des Deux Témoins. Puis « pour des raisons qui sentaient trop la prudence humaine » raconta Brousson, le voyage fut différé. M. de Mirmand, Cabrol, d'autres encore qui encourageaient la mission et en préparaient le succès, trouvaient qu'il était inutile à la petite troupe d'aller aux Gévennes, au risque de s'y faire découvrir, avant que l'expédition qui devait suivre fût préparée. Ils craignaient « féclat », et tremblaient que trop d'ardeur ne gâtât tout. Dubruc aussi, sans doute, conseillait d'attendre encore. D'autres compagnons, au contraire, avides de s'exposer au danger et de consommer le sacrifice, s'impatientaient de ces délais. Bauzon se lamentait. « Je n'ai pas de temps à perdre, disait-il, car je sais que lorsque je serai en France j'y souffrirai bientôt le martyre » '.

Lafoux, au début de juillet, fit en France un court voyage '. Arrivé à une demi-lieue d'Uzès, il manda près de lui un ancien proposant, Moïse Ventalhac, de Sauve, apostat pensionné, qui venait d'épouser sa sœur, et lui annonça « que dans les pays étrangers d'où il venait, il y avait grande misère, et que plusieurs prédicants avaient résolu de venir en Languedoc ». Il était venu préparer la prochaine arrivée de ceux-ci. Il décida Ventalhac à le suivre à Genève, et le guide Morin, qui les conduisit, raconta plus tard avoir entendu Lafoux, sur la route, réciter sermons sur sermons, et affirmer « qu'il [re]viendrait se placer [en France] de bonne heure, pour prêcher ».

Brousson se préparait au départ par des jeûnes et des prières. Poursuivi par les paroles vengeresses de la Bible qu'il avait déjà lancées contre les pasteurs infidèles, méditant sans cesse le sort misérable de ceux qui ne sont pas venus an secours de l'Eternel, et qui nont point réparé les cloisons de la maison d'Israël, il tomba dans une consomption profonde. Par une brusque décision il leva les derniers obstacles. « Comme je vis bien, écrit-il, que Dieu ne manquerait pas de me faire mourir si je résistais plus longtemps au mouvement de son Esprit qui m'appelait à venir consoler son peuple, je me mis en chemin au milieu de ma maladie, et Dieu me rétablit la santé dans mon voyage ï> '.

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