‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 181 sur 284 · Dans Doucn, I, 45i : 5 janvier · texte numérisé non relu

Dans Doucn, I, 45i : 5 janvier

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de quelques anciens ministres dans les Cévennes. Le prédicant Reboul tirait parti à cette époque d'un prétendu retour aux environs de Saint-Ambroix du pasteur Durand, de Genolliac. Des Cévenols allirmaient, en lGi)0, que Durand, et avec lui ses collègues La Porte, du Collet de Dève, et Dautun, de Saint- Privat de Vallongue, étaient apparus vers Genolhac en 1687 et au début de 1G88, « pour tacher d'en faire sortir les Nouveaux Convertis en leur promettant de grands avantages dans les pays étrangers »'. Une liste de Portraits de quelques ministres ou autres personnes mal intentionnées pour la religion, rédigée au début de 1088-, mentionne également Durand, ministre de Générac (sic) à la conversion générale, comme ayant été vu depuis un mois près de Genolliac. En même temps sont signalés deux autres pasteurs : Arnaud, ancien ministre de Fons-outre- Gardon « qu'on a vu à Nîmes quelques jours avant la fin des Etats [du Languedoc] », et Henri Baudan, fils d'un ministre et ministre lui-même, « vu aux environs de lîrignon, qui a prêché à Moussac et à Brignon »^ <( C'est une commune opinion, ajoute l'espion, qu'il a prêché à la dernière assemblée tenue à Nozières », Il se trompe. L'assemblée dont il parle fut présidée par le prédicant Serein.

Si les rapports soumis à Bàville concernent des faits réels, ce dont nous doutons fort, les voyages de ces quelques pasteurs n'étaient que les rapides équipées dont se moquait leur vieux collègue exilé dans la Hollande : après avoir prêché a à l'improviste », ils se retiraient « comme des carabins »,

Une indication autrement grave fut fournie à deux reprises à l'intendant au début de 1088. Une information suivit la découverte d'une assemblée tenue le soir du 21 décembre, à Combemigeyre, près de Générac. Elle révéla que le prédicant, qui de-

l. Mémoire do Tespion des galères Régis (Bibl.Nal. Coll. CiairaïubaultSOS. (2opie X. Weiss). Les galériens interrogés ])ar Kégis sont des environs de Genolliac.

'2. G. 279. La date est donnée par une note linale qui fournit le ])orlrait d'un liomnie « qui a été vu à Sauve le VJ décembre 1G87, qu'on croit être le prédicant I Faucher] qui a prêché à rassemblée près de Sauve le "21 du dit mois ». La pièce, qui dresse le signalement d'iiommes dont le nom a été prononcé, ne prouve pas qu'ils fussent réellement dans le pays.

3. La liste des pasteurs qui en 1685 ont demandé leurs passeports (G. 270) porte trois fois ce nom : Henry de Baudan ci devant min. de Moussac : Henry Baudau ci devant min. de Brignon ; et enfin Jean Henry Baudan ci devant min. de Bagars, mari de Suzanne de Mirmand. Des trois l'un est le père, les deux autres les fils. Mais les prénoms et le nom des Eglises desservies ne correspondent pas à d'autres listes. (Voir Ue Cliambrier, p. 'il et à la table).

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puis un mois séjournait aux environs de Générac et d'Uchaud, n'était autre que Serein, de Tornac, revenu récemment de Genève, où à son dire il avait été « fait pasteur » '.

Le retour de Serein, connu le 16 janvier, fut communiqué aux divers lieux de la province, et le 24, à Sonniiières, le juge de David Berthezène, dont nous venons de parler, lui demande « s'il n'a pas été dans le pays étranger pour se faire imposer les mains, et s'il ne sait que depuis quelque temps il y a eu d'autres gens qui ont prêché dans ce pays? » Berthezène répond qu'il a assisté à ime assemblée de Géré [Serein] six semaines auparavant (ce serait alors au début de décembre) sur une montagne proche de Vabres (près de Lasalle) et il ajoute : « Géré leur dit en préchant qu'il venait de Genève et du pays de Suisse, et qu'il avait l'imposition des mains de Dieu et des hommes. Il leur dit aussi : on me reprochait autrefois que je n'étais pas ministre, et que je ne pouvais pas prêcher; mais maintenant je viens avec ce caractère, parce que les ministres de ce pays-là m'ont fait ministre. Et leur dit encore qu'il y avait dans les pays étrangers des gens qui étaient prêts pour venir prêcher et évangéliser en celui-ci, d'abord qu'il leur donnerait de ses nouvelles. Et quant à lui [Serein] pendant le temps qu'il dormait, il songea qu'un de ses amis lui donnait une pièce [de terre] pour y faire une cloison [clôture], et qu'il ne douta point que l'Esprit de Dieu ne l'avertit par ce songe que cette pièce était l'Eglise de Dieu dépourvue de pasteurs dans ces endroits,

1. C 168. Iiiforinalions du 2Ci d(''C('ral)re. L'asseml)lée avait été Iriuic le soir du dimanche précédent à Générac au quartier de Sainte-Colonijjc (ailleurs : à Ruard). Elle avait duré jusqu'à deux heures du matin. Des catholiques, envoyés en armes par le vicaire de Générac, y avaient vu quinze à seize cents personnes (un protestant dit : de cinq à six cents), de Générac, Beauvoisiu, Saint-Gilles, Vauvert, Aubord, Milhaud, l'chaud. Huit Psaumes avaient été chantés. « Des enfants au maillot » y avaient été portés par leurs parents. Depuis un mois dix-huit à dixneuf assemblées avaient été célébrées dans les lieux susnommés. Le prédicant avait émerveillé les espions : « Il était infailliblement un ministre, car il prêchait fort bien )>. Son nom fut prononci' par deux des prisonniers arrêtes le l.'i Janvier, qui tous deux déclarèrent (en rapportant une déclaration faite par Serein au début de sa prédication) « qu'il avait été depuis peu reçu ministre à Genève». Le -i février, dix réformés de Générac ou de Beauvoisin étaient condamnés aux galères : Isaac Alcais (accusé d'avoir été le lecteur et le chantre), André Bertrand, Jacques Colorgues, Benj. Sausse, Dav. Coste, Simon Goulard, Jean ^'illaret, Anl. Guiraud, Pierre Sirvcn, Jacques Boudon. Jacques Cazau, de Générac fut pendu à Générac (A. Court, 39, f" :2s, et 28, f* 617, utilisant une source inconnue, nomme l'exécuté: ViUaret, frère du jïalérien). Jean Pinet, de Beauvoisin, qui avait quêté dans un plat d'étain, échap|)a aux poursuites. Serein (le nom est transcrit Cerrel), est dit « de petite taille, mal vêtu d'une casaque gris obscur et d'un haut de chausses plissé par le l>as, de méclianls bas et de méchants souliers, avec une petite perruque tirant sur le roux ».

et que c'était pour cela qu'il y était venu pour l'éclairer par sa parole » ',

Serein, sorti de France, seul, et sans ses trois filles, au début de juillet 1G87, était donc de retour cinq mois après son départ. Il continuait ses fonctions de prédicateur sans craindre la mort plus que par le passé. La superbe métaphore utilisée par Brousson déjà dans une ses lettres : « la cloison de la vigne du Seigneur est rompue, et les bêtes de la forêt la broutent et la ravagent entièrement (Psaume LXXX, v. 13) », qui avait inspiré son rêve, est un pénétrant témoignage de sa ferveur religieuse '.

Nous ignorons quels sont les pasteurs qui ont conféré à Serein une consécration régulière ^ et pareillement qui étaient les gens qui attendaient le récit de ses nouvelles expériences pour s'aventurer dans le royaume. Il nous reste la certitude qu'en 1G87, au moment où Brousson lançait ses Lettres aux pasteurs, des ministres de Suisse avaient commencé d'agir.

Il ne parait pas que Serein ait compris sa mission comme une œuvre qui dût être soutenue par la guerre étrangère. Un de ses auditeurs de Générac (un protestant), rapporta sans doute qu'il aurait encouragé l'assemblée à souffrir la persécution avec patience, car elle finirait bientôt. Mais les espions catholiques furent frappés davantage par ses exhortations à un exil nécessaire. « Suivez-moi, aurait-il crié, prenez vos femmes, vos enfants et vos filles, l'Etei'nel vous attend ! — Mes frères, il faut imiter Abraham, qui quitta son pays, et mena avec lui ses fils et ses filles (sic) pour aller bénir Dieu en un autre endroit. »

Après l'assemblée de Générac, Serein passa du côté de Saint- Gilles, puis revint vers le nord. Peut-être est-ce lui qui prêcha sur les bords du Crieulon le soir du 23 décembre. Il était en février dans le bois de Boucoiran.

Nous avons nommé déjà le facturier de laines Isaac Poujol, de Montdardier, fugitif depuis les dragonnades, qui s'était réfugié avec sa femme et ses quatre enfants dans une hutte construite de ses mains au bois de Golombeirol, près de Saint-Théodorit *. Melet, de Bragassargues, se chargeait d'ache-

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