RENTRÉE DES VAUDOIS ÉMEUTE DANS LES CÉVENNES
(Septembre-Octobre 1689)
. Le billet de Brousson remplit d'allégresse ceux des réfugiés de Berne qui s'intéressaient à son entreprise, mais qui regrettaient de l'avoir vu s'engager en France, avec ses compagnons, avant que les mesures nécessaires eussent été prises en Suisse pour soutenir ses efforts et les seconder en Dauphiné. Gabrol avait craint que le zèle des prédicantsne leur permît pas de «se tenir cois » jusqu'aux nouvelles que leur enverrait Mirmand, et il avait demandé à Mirmand lui-même de leur écrire pour modérer leur impatience, « quelque temps de retardement pouvant faire balancer l'espoir avec le danger » '. La sérénité que Brousson avait mise dans ses lignes calma ses appréhensions. Il écrivit à Mirmand pour les lui résumer, et se permit de les compléter en y ajoutant des chiffres que Brousson (dans sa lettre du moins) n'avait pas donnés ". Il certifie que deux mille personnes sont à l'entière dévotion des prédicants, que ceux-ci ont besoin de deux orticiers ayant commandé au moins à un régiment d'infanterie, et quavec un secours d'argent « que Brousson fait aller à 4 ou 3,000 livres )\ « ils se promettent de faire faire mouvement '.
\. Cabrol à Mirmand, -21-31 août lOSl» : Pap. Court, 17, O, f" i:il. Voir nos 1'. J.
2. Peut-être étaient-ce des indications précises que Brousson, ou quelqu'un de sa suite, avait confiées de vive voix au porteur de la lettre, ou notées dans une autre lettre à nous inconnue. Cabrol parle le 1, 10 octobre, de « Mémoires » envoyés par Brousson.
3. Cabrol à Mirmand, 29 août. 8 sept. 1689 (f i;>:î). Cabrol informe Mirmand que M. de la Granjce (La Borie) a répondu aussitôt à Brousson. « Il a fort insisté à ce qu'ils ne parussent pas encore et l'assure de travailler dans la suite à ce qu'il soit aidé ».
Ol'TIMlSME DE CABROL 325
L'arrivée de Dubruc, qui sans conter toute son aventure, disait merveilles de la disposition des Cévenols et aussi des protestants du plat pays, porta Gabrol à de nouvelles afTirmations. ce Je vous assure qu'on lèverait vite G, 000 hommes en peu de temps, et que cela embarrasserait fort nos ennemis. Dieu est tout puissant. Je le prie qu'il rétablisse son Eglise dans notre pati'ie » '.
Gabrol travaillait aux détails de l'entreprise, il cherchait les moyens de faire passer en Vivarais des « outils » (des armes? des officiers? ou simplement des hommes?) et se préoccupait de la couverture (du prétexte) dont il pourrait user à cet égard '. Le projet d'une action combinée des Cévenols et des réfugiés se précisait dans son esprit. « Il est temps, dit-il, qu'on se serve de la bonne volonté de ceux qui sont hors du royaume et de ceux qui sont encore dedans ... Je crois ne pas me tromper en vous assurant que si on envoyait des sommes nécessaires et des chefs accrédités, on pourrait composer un corps de troupe assez fort pour entrer dans le Haut-Dauphiné. J'ai parole de quelques seigneurs de Berne d'aider de tout leur pouvoir ; on aura suflisamment des armes et autres choses. Je ne doute pas que si les puissances savaient la réussite de cette affaire, qu'ils (sic) n'y aidassent. Mais vous jugerez vous-même s'il n'y aurait pas lieu de l'espérer » '.
Quelques jours plus tard, la nouvelle se répand à Lausanne (où était alors Cabrol) que Brousson a levé le masque. Cabrol appréhende encore « qu'on n'accable ces bons personnages, et qu'eux-mêmes par un coup de zèle n'exposent cette populace ». Mais il ne craint pas l'insuccès. « Si on avait un peu d'argent, écrit-il à Mirraand, j'ai ici quatre forgerons qui iraient pour aider à nettoyer les armes; une petite somme môme pourrait leur aider, peu de chose sauve quelquefois un grand corps. . . Au reste, plusieurs personnes du Dauphiné assurent qu'il y a une épouvante générale, que 2,000 hommes s'y établiraient eu certaines montagnes sans rien craindre. Tous nos réfugiés brûlent d'impatience d'agir. Si on pouvait avoir parole qu'à Berne on ne désapprouverait pas nos menées, on vous porterait un état exact du nombre, de la qualité des personnes propres à servir, de ceux qui pourraient se monter, et d'autres s'armer.