‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 202 sur 284 · Cabrol à Mirmand, lli, -22 septembre {i · texte numérisé non relu

Cabrol à Mirmand, lli, -22 septembre {i

•2. Cabrol à Mirmand, 20 août ((' 153).

3. A Mirmand, 3, 13 sept, if" 155). Il résalle de ces mots que le départ avait eu lieu, comme dit Brousson, « sans l'ordre » d'aucune puissance étrang-ére.

32C LES PRKDICANTS PROTESTANTS

On assure que, quoiqu'en hiver, on ferait passer par le Dauphiné sans nul obstacle 2,000 hommes. Infailliblement il s'y en joindrait un tort grand nombre d'autres, et, je vous l'ai écrit, on aurait de Berne nombi'e d'armes. . . Soyez assuré. Monsieur, que les réfugiés pourraient faire encore quelque effort contre la France » ' .

Cabrol, comme on l'a vu, suppliait Mirmand d'intéresser directement au projet l'Angleterre ou les Provinces-Unies. Il savait ses desseins combattus. A Zurich. M. de Convenant, l'agent de la Hollande, était circonvenu par « certains de Berne » qui servaient le parti hostile aux zélateurs, qu'il appelle le «parti de France », et il proposait à Mirmand d'user d'un moyen sûr, fpi'il connaissait, pour les faire taire. Quant au roi d'Angleterre il avait encore à conquérir l'Irlande où le maréchal de Schomberg n'était débarqué que le 22 aoiit, et la valeur militaire des réfugiés de la Suisse ne l'intéressait guère qu'en raison des recrues qu'ils lui avaient fournies pour son armée envahissante'. Avant la iin de la campagne, il ne fallait pas espérer de Londres une intervention ouverte. Cependant le marquis de Venours prenait les informations nécessaires. Ignorant du départ de Vivent et de Brousson, il fit demander en Suisse (milieu de 1G89) s'il était certain, comme on l'avait affirmé au roi Guillaume, qu'à la première apparition des troupes étrangères en France il dût s'y produire un soulèvement considérable qui, des Cévennes et du Dauphiné, se continuerait « en Languedoc, Guyenne, Saintonge, Pays d'Aunis et Poitou ». Il souhaitait de savoir aussi si les Vaudois, comme en courait le bruit, avaient réellement fait un mouvement ■*.

La première de ces assertions était purement gratuite. On n'était qu'en 1689 et cent ans devaient encore s'écouler avant que le peuple de France osât demander des comptes à la monarchie absolue. Quant aux Vaudois, la nouvelle était exacte. Ils avaient fait un mouvement, mais pas celui qu'avait souhaité le marquis de Miremont : ils étaient rentrés dans leurs vallées. Le gouvernement bernois, indisposé par les mesures militaires du duc de Savoie, avait organisé de son côté une flottille sur le Léman. Le duc, qui n'attendait qu'une occasion favo-

) . Cabrol à Mirmand. De Lausanne, 13, 23 sept. 1689 (17, O, f» loJ).

û. Voir Ch. Wciss, I, 30i, 305.

3. Pap. Court, 17, O, l» 167. Mrmoirc pour Miirmand] et Cat'[tera] sans date ; de Venours à Mirmand, 17, O, f° 165. Ce sont les deux pièces où de Venours constate (pie pour les i)rojels nouveaux on trouve peu de pasteurs.

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rable pour rompre avec le roi de France, songea que des montagnards qui s'ofl'raient à revenir, qu'il n'avait chassés d'ailleurs qu'à son corps défendant, donneraient à faire aux soldats du roi qui campaient chez lui. 11 cessa bientôt d'entretenir des troupes au sud du lac et des barques armées sur ses eaux. Les Bernois dès lors, fermèrent les yeux sur les préparatifs d'un départ qui les allégeait d'hôtes onéreux, et les 2o et i2G août 1G89, neuf cents Yaudois s'embarquèrent àNyon sous la direction du pasteur-colonel Arnaud, pour gagner le Col du Mont-Cenis par les Di'anses et Sallanches.

Les hautes vallées du Piémont touchaient au Dauphiné : leur occupation par des protestants révoltés était une première menace contre le Sud-Est du royaume. La « rentrée », de plus, était de nature à pousser le duc de Savoie vers les alliés, qui n'avaient pas encore pu le gagner. L'expédition vaudoise se trouva donc secrètement soutenue à la fois par le Brandebourg et la Hollande — et par les Français de la Suisse'. Trois des compagnies du pasteur-colonel Arnaud, sur les dix-neuf qu'il avait formées, étaient composées de Dauphinois ou de Cévenols. A la tête de ces réfugiés qui sont persuadés qu'ils travaillent à leur propre retour en prêtant leurconcours à leurs frères, se trouvent un certain nombre d"hon)mes que nous connaissons déjà '. Seize ou dix-sept pasteurs français sont là, et parmi eux : « un homme de bonne taille qu'on dit être le ministre de Marsillargues » (c'est Modenx qui lassé d'attendre son départ pour la France se rend aux Vallées); Durand, de Genolhac; JeanFarie deChamborigaud; le ministre de Saint-Jean du Gard, Jean Combes ; un ministre d'Anduze (probablement Jean Malplach); et La Coste, de Saint-Etienne Yalfraucesque, sorti depuis peu du royaume, et qui prouve par son zèle le sérieux de son repentir ^,

1. Après avoii- traversé lo lac, « tout le monde fut mis en Ijataillc^ par deux grenadiers de S. A. Electorale de Hrandeljourg- dans un pré. Les {îreuadiers repartirent pour Zurich i)our aller rendre compte à rElecteiir ». Le 17 (27l septeml)re, l'ambassadeur de France, à la diète de Bade, se plaint de l'entreprise aux cantons et déclare avoir su que les réluj;iés ont été « armés et payés par les soins d'un nommé Convenant que les Hollandais entretiennent à Zurich >>. (Pap. Court, 17, L. i'" 299, 31H). Les instructions que le Vaudois Josué Janavel avait rédij;ées pour les lieutenants de l'expédition, i)riaient ceux-ci « de conserver chèrement leurs oflficiers, ceux que MINI. d'Angleterre ou de Hollande leur enverraient » (de Rochas, op. cit., p. 182) (11 semble cependant que les Vaudois soient i)artis sans les avoir reçus). Sur la rentrée des Vaudois. voir De Chambrier, op. cit., pp. lOd el suiv.

2. Témoignage du soldat et guide Saulier (voir plus loin). C. i7i».

3. La Coste assurait les vivres au bateau dans lequel était Sautier (C. 170). II « commandait une troupe >> dont le lieutenant était le Cadet Dussault, des envi-

La marche des Vaudois fut, comme on sait, si inopinée et si rapide, qu'elle réussit à merveille. Le 23 août, la petite troupe, bien qu'elle ne fût même pas au complet, forçait le passage du pont de Salabertrand, les milices commandées par un officier du roi, le marquis de Larrey, ayant lâché pied devant des adversaires moins nombreux et moins expérimentés. Néanmoins, tandis que les Vaudois poursuivaient leurs avantages, un certain nombre de leurs auxiliaires finançais, lassés déjà, rebroussaient chemin, et sans plus songer à entrer dans le Dauphiné, comme l'avait craint un instant l'intendant de Grenoble, allaient frapper aux portes de Genève. La ville d'ailleurs leur refusa l'hospitalité, par crainte des représailles du roi, et ils durent retourner dans le canton de Berne.

Il ne fallait cependant pas qu'une si vigoureux effort fût perdu par la défection des réfugiés. Le colonel Arnaud venait de se cantonner pour riiiver sur un coteau, au pied de la montagne du Clapié. nommé les Quatre Dents et demandait des renforts. Le capitaine Bourgeois, s'offrit à soutenir la tentative commencée '. Il réunit et arma dans le canton de Neuchàtel, non seulement d'autres Vaudois, mais treize nouvelles compagnies de français. Nous ne savons rien de la participation directe des pasteurs à cette seconde expédition. Cabrol lui procura à Berne « environ soixante outils f?] », que M. de Convenant paya sur les avis officieux de Mirmand ' .

Le 10, 20 septembre, Mirmand transmettait à Jurieu le récit des prouesses de la première troupe. Il expliquait son intervention en faveur de la seconde, et conjurait son correspondant d'user de son influence auprès du roi d'Angleterre pour que les Vaudois fussent secourus plus eflicacement^

Je dois vous dire que quelques secours qu'ils puissent recevoir dans leur montague, soit par cette seconde tioupe ou par nos français du Prajala [Pragelas] et du Dauphiné, cela n'empêche pas qu'ils

rons de Saint-Julien dWrpaon (lequel mourut sur la montagne des Quatre Dents d'une esquinancie), et dans laquelle se trouvaient Mazoyer et Lafont, tous deux de Saint-Julien. La Coste était depuis peu en Suisse, car à la lin de 1688 ou au début de 10S9 il avait été rélégué des Cévennes à Carcassonne. C. 274.

I. Il était d'Yverdon et avait servi en France (de Chambricr, j). 1G2).

-2. 17, O, f° 153. 29 août, 8 sept. Cabrol à Mirmand.

3. La lettre a été retrouvée en ettet à Londres. Record Office. State papers foreign. General corresp. Switzerland, ii' 7. De Zurich, 10, 20 sept. 1689. (Voir la lettre entière : de Chambrier, p. 167).

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