Il était membre du Consistoire
4. La copie sans les signatures, servit au procès dirigé contre le pasteur Ilomel. Elle est paraphée ne larietur, le 10 oct. 1683 par Homel et d'.\guesseau {Pap- Court, n» 44). Brousson fait allusion à l'acte (Apol., p. 301»). Voir nos P. J.
5. Dossier Quesnot irecueilli par N. Weiss), analysé déjà Lelièvre, p. 74.
28 LES raiiDICANTS PROTESTANTS
l'approbation de leur attitude. Pendant les délibérations, un rassemblement tumultueux et menaçant de zélateurs se forma dans l'allée du temple. Le baron de Saint-Cosme, qui voulut les apaiser, courut risque de la vie, à son dire, et le Consistoire dut lever immédiatement la séance. Huit jours plus tard (13 sept.) une trentaine de ministres et députés de la plaine étaient de nouveau dans la ville, requérant du Consistoire la convocation d'un Colloque. Le Consistoire usa cette fois d'un habile subterfuge. Il déclai'a que les circonstances exigeaient la réunion des trois Colloques du Bas-Languedoc en un Synode provincial. Mais le Synode ne pouvait s'assembler sans l'autorisation du lieutenant du roi, lequel répondit à Tempié, « ancien » de Vauvert, qu'il défendait aux religionnaires de convoquer aucune assemblée sous peine d'être punis comme criminels de lèse majesté. Saint-Cosme reçut de la Cour des félicitations, et quelques jours plus tard suivit Noailles en Yivarais, pour ramener par la persuasion les mutins que les dragons, de leur côté, dissipaient par la force'.
L'audace des zélateurs du Bas-Languedoc ne pouvait demeui-er impunie. Le poids du châtiment tomba sur les villes de Nîmes et d'Uzès, notées dans la province comme « le centre de l'hérésie ». Des compagnies partirent mystérieusenent des Basses-Cévennes.
Le 28 octobre les soldats cherchèrent vainement, à Uzès, le pasteur suspect La Borie (dit La Grange)'. Le lendemain matin 345 dragons venus d'Anduze entrèrent dans Nîmes, fermèrent les portes, et tentèrent de saisir neuf ou dix personnes, entre autres les pasteurs Peirol et Icard, le S' de Fonfrède et Brousson, accusé maintenant d'être « un des boute-feux de la rébellion »\ Un protestant qui sur la route d'Anduze avait surpris, pendant la nuit, la nouvelle de l'arrivée des troupes, eut le temps d'avertir Brousson et ses amis. Tous les suspects
1. Mémoires de Saint-Cosme, Bull. LX., 1-21. Borrel, pp. "2!»i, 2%. Ménard, p. -loi. Borrel place au 2, 3 oct. 1683 (p. 296) et Ménard, au 2, 3 mai 168j (p. 258), une réunion séditieuse où il aurait été question de s'emparer de la ville de Nîmes au moyen de troupes venues des Cévennnes. Certaines erreurs manifestes de ces récits laissent croire qu'il y a eu chez ces auteurs (ou leurs sources) confusion avec le tumulte de mai 1683.
2. Daniel La Borie, né à l'/ès. Pasteur à Vais en Vivarais 16G'.)-75, et à l'zés depuis 1677. Bull. XLIX, 640 (voir De Chambrier, à la taille). Il sii,-ne en 1686 : De la Borie, et en 1690 : Daniel de la Grange.
3. P. Gachon, p. c.xl. Le jour même, des détachements allèrent à Saint-Gilles, Vauvert, .Vujargues, chercher des pasteurs suspects.
JUGEMENTS DE 168i 29
purent quitter leur demeure. Défense fut publiée de leur donner asile. Brousson, après s'être réfui;ié chez des corelif;ionnaires qu'il entendit se demander s'ils ne devaient pas le livrer, erra pendant deux nuits dans les rues, et put enfin s'échapper par un égout qui le conduisit aux fossés. Comme les autres il gagna la frontière de Genève, d'où il poussa rapidement jusqu'à Lausanne.
La résistance du Dauphiné. du Vivarais et des Gévennes, avait été ridiculement faible. Le mouvement de 1G83, où Claude, le ministre de Paris, montrait plus tard « la résignation et l'obéissance de tout le corps des réformés », révéla l'impuissance totale des protestants à se défendre. Par une dernière précaution, les religionnaires d'Uzès et de Nîmes furent désarmés, après des perquisitions que les soldats firent eux-mêmes. Le terrain ainsi déblayé de rebelles et d'armes, on revint à la procédure contre les pasteurs et contre les Eglises.
Les procès contre les ministres suspects d'avoir participé aux troubles commencèrent en novembre. Deux jugements des ^0 juin et 3 juillet 1G84, et des informations qui suivirent, atteignirent 42 pasteurs du Bas-Languedoc ou des Cévennes. IG des plus compromis avaient déjà quitté le royaume : Icard, Peirol, La Borie, Josué Rossel père (du Vigan), d'Olimpies, La Roquette. A'ial, Gally de Gaujacïeissier, Dautun, Grongnet, Mazel, Courdil, Boyer, Astruc et Charles Rossel fils (d'Avèze). Un article exprès du Projet de Toulouse avait d'avance exhorté les ministres à ne pas franchir la frontière, et à se retirer, en cas de poursuites, dans les provinces voisines de la leur. Mais ils ne se sentaient plus soutenus par leurs troupeaux. Les juges prononcèrent contre les exilés la peine de la roue ou de la potence, et il faut se représenter que quelques-uns, tout au moins, sils avaient pu être saisis, auraient payé leur zèle de leur vie. car le vieillard Homel de Soyons avait été rompu vif à Tournon le 20 octobre 1083. Les 20 autres ministres furent interdits pour toujours des fonctions de leur ministère, on interdits pour trois ans (les uns et les autres avec défense de résider à moins de six lieues de leurs Eglises), ou décrétés de prise de corps, ce qui impliquait pour eux l'impossibilité d'exercer leur charge '.
La moitié des Eglises de la région se trouvèrent donc privées de pasteurs. L'espoir leur fut bientôt ôté de s'en choisir de nouveaux. Le temple du Vigan avait été démoli sans jugement par
!. Le 4*' novembre IGSi, Alquier, pasleur de Clarensac, se coupa la j^orge avec un canif, dans un cachot de la citadelle de Montpellier. Les Mi-moires de Xoailles le noniment Ilojfiiiei' (.Viiquieri.
l'autorité militaire pendant le séjour des dragons dans la ville. Deux décisions de justice (3 et 4 juillet 1684 1 en fermèrent trois autres aux environs iSumène, Molières et Avèze) et quatre aux portes de Saint-Hippolyte (Lasalle, Gros, Colognac, Monoblet) '. Les circonstances délictueuses, entraînant la suppression de l'exercice public dans une communauté avaient été si habilement multipliées, il était si facile à un catholique mal intentionné de les découvrir ou de les faire naître, que les procès s'accumulèrent. Du 10 février au 7 septembre lG8o, 47 temples du Bas-Languedoc ou des Cévennes (celui d'Lzès était du nombre), furent condamnés, malgré les tentatives désespérées que firent parfois les protestants pour les conserver". Puis ceux de Nîmes (23 sept.) d'Alais(2o sept.) de Yillevieille(prèsSomnnères) furent fermés à leur tour \ Le 30 septembre. Saint-Félix de Pallières était interdit, te on y communia encore cejourlàx>,etle4 octobre Durfort a qui fut le dernier du pied des Cévennes ». Mais à cette date, la dragonnade oflicielle appliquée au Bas-Languedoc avait déjà produit ses scandaleux résultats dans les grandes Eglises de la plaine.
Les premiers soldats cantonnés en 1G83 dans les Cévennes, à Saint-Hippolyte, le Vigan, Suniène, et jusqu'à Barre, n'y avaient point été employés à la conversion des huguenots suivant le système inauguré dans le Poitou deux ans plus tôt. Les troupes se contentaient, selon la terrible expression du temps, de <s. fouler » la population protestante, que leur logement ruinait. Seuls quelques détachements isolés s'essayaient au métier qu'avaient pratiqué dans le Yivarais les militaires de Saint- Rhue. La marquise de Portes, zélée convertisseuse * avait obtenu pour son château de Portes une garnison de cent hommes, et le sieur de Saint-Hihiire qui commandait la petite
1. Le jugement interdit l'exercice «à Monoblet et à Valestalières». Il n"y avait ci-pendant pas de temple a Valestalières. En juillet 1684 à la suite de ce jugement, une assemblée <?i des Kgliscs des Cévennes délégua à Paris le bailli de Lasalle, Pierre de Bagars, pour demander au roi de conserver les temples de la montagne (Ribard, p. -258).
2. Voir Bail. LIV, 193 le récit de l'extraordinaire séquestration de deux témoins catholiques pendant six mois, par les protestants du Pompidou (d'après un dossier conservé C. 163). Sur lu suppression de ces temples, voir Bull. XXVI, i97, 5i5.
3. Sur Nîmes, voir E. Benoit, Bist. de l'Édit..., V., 813 : sur Alais. ibid., V, 817 et Bail. XXVIII, 31-2.
4. C'est dans son château de Teyrargues. près de Saint-Ambroix, qu'aurait été obtenue la prétendue conversion d'Isabeau Paulet. qui provoqua la démolition du temple de Montpellier.
KCIIEC DES MISSIONNAIRES 31
troupe, arracha par ses cruautés inventives quelques abjurations à des prisonniers de Sainte-Cécile et du Collet de Dèze. Mais le clergé en était encore, au Languedoc, à compter sur la prédication. Il fit à cet égard de déconcertantes et d'humiliantes expériences. Noailles renonça à organiser des conférences contradictoires avec les réformés « parce qu'on ne trouvait pas, dit-il, de docteurs catholiques assez savants pour soutenir la cause de de Dieu ». Les missionnaires « venus de Paris » insullisants pour Mont{)ellier furent envoyés à Saint-Ilippolyte, accompagnés des évoques de Montpellier, de Nîmes et Lodéve et aussi des Dames de la Miséricorde, qui faisaient valoir, devant les malheureux abîmes de taxes militaires, des arguments sonnants'. Le résultat fut maigre. Ni la menace de nouveaux dragons à loger, ni la promesse d'un remboursement des amendes et d'un déchargement de la taille pour dix ans n'eurent raison de l'opiniâtreté huguenote. Le S"^ Durand, ci-devant cornette de cavalerie répondit au nom de tous les habitants qu'ils ne voulaient point abandonner leur religion. Montanègre, lieutenant du roi, les envoya par ordre, aux sermons des missionnaires'. 118 abjurations, de grandes personnes ou d'enfants, payèrent en 1G84 ces efforts considérables. A Lasalle, trois seulement eurent lieu pendant les annés 1G83 et 1G84. Les protestants s'imposèrent de longues marches pour assister au culte dans les Eglises qui subsistaient encore. Gei"tains temples reçurent une telle alUuence d'auditeurs qu'à l'époque des fêtes, il y fallut distribuer la Cène pendant de nombreux dimanches. Le Consistoire d'Aulas, qui restait le seul abri des réformés du Vigan, de Mandagout, de Molières et d'Avèze prit une délibération (^4 mars) par laquelle il exhortait le peuple « de vouloir donner par charité le tem{)le pour un jour aux étrangers » en vue de la communion de Pâques.
Les Eglises prièrent et s'amendèrent^ Le même Consistoire d'Aulas, au moment oii il allait être supprimé à son tour, rédigea un appel à la conversion sincère de tout le peuple, « sentant plus sensiblement les maux dont Dieu alllige son Eglise en général et surtout celle-ci en particulier, reconnaissant d'ailleurs la
1. Voir Ribard, pp. 45, 46. Achat des consciences à Saint-Roman de <Jodières. L'évèque de .Montpellier était le seigneur de Saint-Roman et de Saint-Hippoljle, qui se trouvaient a[)partcnir cependant au diocèse de Nîmes.
•2. Sur Durand dit La Cornette, voir Jiiill. XWII, :>ii7.
3. L'Eglise de Nîmes décide de célébrer un jeûne le 18 mars, celle dWlais le 30. Bull. XXXIV, pp. SS, 131.
'Si LES l'RKDICANTS PROTESTANTS
grandeur de son amour et de sa miséricorde qui empêcherait quil ne nous battît avec tant de désolation si notre vie profane et désordonnée ne lui faisait violence et ne le forçait à cela, et sachant qu'il nest pas moyen de recevoir consolation dans l'amertume de nos souffrances ni d'éviter les autres maux qui nous menacent (qui suivent de bien près ceux qui déjà nous pressent si rudement) que par notre repentance qui est un saint retour du monde et du diable et de nous-mêmes, jusqu'à Dieu. » Dubruc, pasteur de l'Eglise, rédigea pour lui-même un « Vœu de sainteté » oîi il s'engageait à des dévotions régulières et spéciales : prières six fois le jour, lecture de la Bible deux fois, chant des psaumes le soir, jeûne pai'ticulier un jour par mois'. Les dernières persécutions n'avaient presque rien gagné contre l'entêtement des religionnaires.
Une méthode différente allait avoir raison de ces obstinés. En mars 1683, Louvois annonça à Lamoignon de Bàville, le jeune intendant de Poitiers, l'envoi prochain d'un régiment de dragons. 11 le laissa maître d'en faire « ce qu'il jugerait utile pour le service de Sa Majesté ». Bàville comprit, reprit la tradition de son prédécesseur Marillac. apporta aux dragonnades une application plus soutenue, ensanglanta à nouveau le Poitou et dressa des listes triomphantes d'abjurations. En juillet, Foucault, intendant du Béarn, usant à son tour d'une armée qui se trouvait inoccupée sur ses terres, fit mieux encore. Il imagina la catholicisation collective, a la conversion par délibération » d'une ville ou d'un village entier. Le résultat fut stupéfiant. Il annonça que sur les 22,000 réformés du Béarn, 21,000 étaient rentrés dans le giron de l'Eglise. Jaloux de ses succès, l'intendant de la Guyenne et celui de Montauban demandèrent des soldats. Louvois leur donna ceux-là même qui venaient d'opérer dans le Béarn. Le miracle se renouvela. Au milieu de septembre l'Eglise romaine comptait 130,000 fidèles de plus. La conversion de Montauban et de la Guyenne fut connue à Montpellier, et « sourdement » jusqu'au fond des Cévennes, en même temps que a les horreurs et les persécutions infernales ï> qui l'avaient provoquée. « L^s relations venues de Montauban faisaient dresser les cheveux d hoi'reur. On y avait agi comme si on y était entré d'assaut »".