‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 228 sur 284 · LE DUC DE SAVOIE CONTRE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LE DUC DE SAVOIE CONTRE LA FRANCE

au commencement de janvier, puis plus exactement en mars, des projets du marquis de Mireiuont, avait, pour parer au danger, fait marclier vers le Dauphiné quelques troupes, et envoyé Catinat aux Vallées Yaudoises avec la double mission d'exterminer les Barbets et de porter la guerre dans le Milanais, que le duc de Savoie y consentît ou non '.

Les aveux de Bonnemère et de Sautier, les agissements de Dautun et de Durand, que Bàville avait fait connaître sans retard à la Cour, et que Louis XIV mentionna dans un Manifeste qu'il fit bientôt répandre eu Italie, avaient accru les préoccupations de ses ministres'. Le roi prenait l'oflensive sur les terres mêmes du duc de Savoie, dont il soupçonnait la duplicité.

Les Vaudois se défendirent désespérément. Le duc, sommé de prendre parti, se décida enfin contre la France, et les réfugiés crurent arrivée l'heure tant attendue. Le 12 juin, un jeune homme de Sommières envoyait de Berne au Languedoc les dernières nouvelles et se faisait l'écho de l'allégresse de tous\

{. Louvois à Ciitinat, l'J mars 1000 (dans de Rochas, p. 214). « Il parait, par les nouvelles que le Roi reçoit de Flaudre et de Hollande que les ennemis continuent leurs projets de faire une diversion en Daujjhiné par le moyen des Barbets... Ils prétendent ramasser jusqu'à 3,000 Vaudois ou lU-lug^iés, lesquels ils veulent l'aire en sorte d'assembler dans le paj's de ^^'irtemberg■. pour de là par la Savoie ou par le ^Milanais, essayer de les faire joindre à ceux qui sont présentement dans les Vallées. L'on prétend que le frère de M. le Marquis de Malauze est parti d'.Vngrleterre pour se mettre à la tète de ces {jens là, que le nommé Cox qui est en Suisse de la part du prince d'Oranjçe doit faire les fonctions d'intendant dans ce cçrps de rebelles, qui doit agir sous les enseignes du prétendu roi d'Angleterre. Si vous api)renez que le frère du Marquis de Malauze i)assàt en Piémont ou eu Savoie, le roi approuverait fort que sans garder aucune mesure vous essayassiez de le faire prendre ». [Le marquis de Malauze, était dans le diocèse de Castres (Ch. Weiss, II, 397), son frère est le Marquis de Miremont]. Le 19 avril (de Rochas, p. 218) Catinat annonce à son ministre qu'il vient d'intercepter des lettres de Genève qui promettent aux Vaudois la venue prochaine de 5 à 6,(X)0 hommes que le Comte de Schomberg leur amènera du Alilanais.

2. Manifeste du 22 juin, publié à l'occasion de la rupture de la France avec la Savoie : Rousset. IV, 337). « Vers le commencement de janvier, S. M. a commencé à apprendre qu'en Angleterre et en Hollande on projetait de faire une diversion considérable dj côté de la Bresse et du Dauphiné vers le mois d'août de celte année ; que l'on comptait pour cela que les troupes du Milanais, celles du duc de Savoie, tout ce que l'on i)ourrait ramasser de Barbets du côté de Wirlemberg et de Français sortis de France pour la religion, entreraient en Dauphiné, et que l'on essayerait de faire soulever les N. C. par le moyen de ministres que l'on enverrait en France. Ce ([ue le roi savait confusément de ce projet a été confirmé par les dépositions que plusieurs ministres et prèdicants qui ont été pris en Languedoc ont faites. »

3. Le jeune homme, qui ne signe pas sa lettre, était le neveu de M°" de Souvlgnai-gues, c'est à elle qu'il écrivait. File recevait également les lettres du pasteur Davin, que nous avons nommé plus haut (C. 171). Une orthographe rudimentaire rend la lettre illisible. Nous en conservons toutes les tournures patoisesi

Je vous dirai comme les Vaudois qui sont dans les Vallées, comme par un miracle du bon Dieu font des merveilles tous les jours. M. de Gatinat qui commande les troupes du roi de France les a voulu attaquer de quatre coûtés alin de les emporter et les défaire pour en voir la fin. Mais ils se sont si bien défendus qu'ils ont battu M. de Gatinat et toutes ses troupes, car on en a [ceux-ci en ont | laissé de morts plus de deux cents des siens et beaucoup de capitaines et officiers de tués et de prisonniers, entr"autres un lieutenant-colonel qui est bien blessé'. Us sont commandés par un ministre nommé M. Arnaud. Mais comme l'ordre était d'en voir la fin et qu'on savait que le nombre de ces pauvres gens consistait en quatre ou cinq cents hommes, on crut qu'il était impossible qu'ils pussent résister à tant de monde qui les attaquait, de sorte qu'on les réattaqua si vigoureusement que l'on lui [leur] fit quitter leur poste, mais non pas sans grande perte de Français et furent obligés de gagner le haut de la montagne.

Le duc de Savoie, à la suite d'une dernière sommation du roi de France s'est enfin déclaré nettement contre lui. 11 a reçu de l'Espagne dix mille hommes de secours, venus de Naples et de Milan. Il a fait alliance et ligue défensive avec le roi d'Espagne, [3 juinj, l'empereur [4 juin], et tous les princes protestants. Et voici que déjà f Evangile triomphe dans les Vallées.

Il fit sortir en même temps trois ministres français qu'il avait en prison depuis le commencement de nos malheurs, ensemble quatre cents hommes quil avait pris, ou de français réfugiés, ou de pauvres Vaudois, lesquels il a envoyés dans les Vallées pour soutenir leurs frères et les a fait tous habiller et une mestie [amnistie] générale et permission de prêcher comme anciennement ils ont fait. Il lui [leur] envoie des vivres et des munitions de guerre avec un régiment d'infanterie, pour se bien défendre contre les Français. Il a établi l'étape [la solde] dans tous ses Etats pour défrayer tous ceux qui voudraient venir dans son service, de sorte que tous les Français réfugiés ils y accourent à foule, de sorte que Ton dit que son armée sera de soixante-dix mille hommes. Voilà la porte ouverte pour entrer en France. Un régiment nommé le régiment du Fifre Suisses s'est jeté tout entier dans l'armée du duc de Savoie, qu'il [qui] était dans l'armée de M. de Gatinat. L'armée de l'Empereur avance tout autant qu'elle peut. Tous les princes protestants et autres sont en marche pour se rendre au rendez-vous, si bien qu'au premier jour nous entendrons dire comme les armées sont campées pour exécuter quelque grand dessein.

1. M. de Parate, lieutenant-colonel du régiment d'Artois. Il s'affit de l'attaque d'un poste Vaudois habilement fortifié dans la vallée de la Luzerne (2 mai). (Roussel, IV, 309).

GUILLAUME VAINuUEUR A LA lîOYNE 387

La situation des armées protestantes dans le reste de l'Europe paraît tout aussi favorable :

Quant à l'Irlande, les alVaires y vont fort bien. M. le marécbal de Schomberg assiège Cbarlemon qui est une des plus fortes places de ce royaume. Le roi Guillaume, qui est le prince d'Orange, doit partir au premier jour', car tout son éciuipage est parti et on croit qu'à même temps qu'il paraîtra à la tète de son armée, tout se jettera de son parti, car déjà ils ont commencé. Sept ou huit grands mylords avec le secrétaire du roi Jacques se sont jetés du côté de M. de Schomberg. Les Hollandais font des prises sur mer tous les jours, et leur armée sur terre est plus forte de vingt mille hommes qu'à la campagne dernière. Enfin on a plus d"espérance qu'on a jamais eu.

Le mois d'août cependant, ne vit pas les Yaudois pénétrer dans le Dauphiné, et il apporta d'abord la triste nouvelle de la double défaite des armées et de la flotte des alliés à Fleurus (1^'^ juillet) et à Beacliy Head (10 juillet). Mais un événement décisif eftaça brusquement tous les deuils. Le 9 juillet, le long de la Boyne, l'armée de Jacques 11 s'elTondrait devant les bataillons de réfugiés du maréchal de Schomberg. Jacques II s'enfuyait à Dublin, abandonnant l'Irlande au roi Guillaume.

Hélas ! A peine les Gévennes s'étaient-elles laisser aller à leur enthousiasme, que le bruit se répandait de la mort du prince d'Orange. L'efl'ervescence extraordinaire et la folle joie que cette nouvelle fausse avaient excitées dans Paris, gagnèrent les provinces les plus éloignées. Montpellier eût sa part des manifestations ridicules qui l'accueillirent '. Les protestants, après avoir tremblé, se sentirent forts de toute la terreur qu'inspirait le nom de leur protecteur. Son triomphe en Irlande leur permit de supporter vaillamment la défaite de leurs amis du Piémont, battus par Catinat à Staftarde (18 août) \

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